Appui syndical stratégique au PQ?

Après une année de relations exécrables entre plusieurs grands syndicats et le Parti québécois, ceux-là s’apprêtent à donner un appui stratégique, « indirect » et « par défaut » à la formation de Pauline Marois.

«“Indirect” dans le sens où il sera suggéré aux membres d’appuyer, dans chaque comté, le candidat progressiste le plus à même de l’emporter contre les caquistes et les libéraux », explique une source.


Selon plusieurs informations colligées par Le Devoir, c’est ce qui ressortira du Conseil général spécial de la FTQ qui réunira quelque 250 délégués ce midi au Sheraton de Laval. Il n’y aura donc pas d’appui formel et explicite au PQ comme dans le passé.


Le dernier remonte à 2007. Malgré certains propos grinçants du chef de l’époque, André Boisclair, sur les syndicats, la FTQ, dirigée alors par Henri Massé, avait choisi de l’appuyer.

 

Inquiétude


En 2003, la FTQ s’était abstenue, malgré l’inquiétude que suscitait à l’époque un Jean Charest passionné de « réingénierie ». Mais en 2012, l’inquiétude atteint des sommets dans la gauche syndicale ; notamment en raison de l’actuelle montée de la Coalition avenir Québec. Sa possible accession au pouvoir - ou celle d’un retour des libéraux au gouvernement, minoritaires mais aiguillonnés par la CAQ - suscite des cauchemars chez plus d’un, raconte-t-on dans les arcanes syndicaux. D’où la volonté de susciter un vote stratégique pour le PQ, qui demeure « progressiste » malgré tout.


Mais les réticences sont nombreuses. « C’est très tiède », admet une source. En janvier, rappelons-le, le torchon brûlait entre les syndicats et le PQ de Pauline Marois, sur fond de crise du leadership de cette dernière. « Au cours de l’histoire, nous avons eu nos différends, voire d’importants affrontements avec le Parti québécois. Mais un tel déni du mouvement syndical, du monde du travail, c’est du jamais vu ! », s’était exclamé Réjean Parent, alors qu’il dirigeait encore la CSQ (il a pris sa retraite depuis). La phrase était apparue dans L’Aut’journal, piloté par Pierre Dubuc, secrétaire du SPQ-libre. À l’époque, il participait à une offensive de militants syndicaux comme Marc Laviolette (président du SPQ-Libre) pour miner le leadership de Mme Marois et provoquer son remplacement par Gilles Duceppe ; un chef qui aurait été plus favorable aux syndicats.


Après la brusque mise hors jeu de l’ex-chef bloquiste, Pauline Marois a effectué une tournée auprès des grandes centrales. « Le courant s’est mis à mieux circuler », a raconté Réjean Parent au Devoir samedi, entre autres grâce à l’appui du PQ aux étudiants. Le mot « travailleur » est réapparu dans la plateforme électorale. La promesse de resserrer la loi antibriseurs de grève aussi. « Il y a eu un virage progressiste », soutient M. Parent.


Toutefois, à la FTQ et à la FTQ-Construction, plusieurs, dit-on, ne digéreront jamais l’appui péquiste à la loi 33 « éliminant le placement syndical ». « Les péquistes ont fait le tapis devant les libéraux. C’était gênant à écouter et à regarder », dit un haut gradé de la FTQ.

 

Allié gênant ?


Au PQ, en privé, on estime que les appuis formels de syndicat comme la FTQ sont de toute façon « d’une autre époque ». Du bout des lèvres, on admet aussi que les allégations qui ont entaché la réputation des syndicats, et notamment celle de la FTQ et de la FTQ-Construction depuis 2009, en font des « alliés gênants ».


Publiquement, Pauline Marois a déclaré samedi : « Je n’ai demandé aucun appui à aucune organisation syndicale. Et je n’en demande pas plus aujourd’hui. » Ni la CSQ ni la CSN n’ont de toute façon cette tradition d’appui formel aux partis. Mais tout indique qu’ils opteront pour un appui stratégique aux candidats progressistes. La CSQ doit tenir son conseil général spécial le 22 août.


Mme Marois a dit souhaiter « l’appui de tous les travailleurs et de toutes les travailleuses du Québec, syndiqués avec la CSQ, la FTQ, la CSN, la CSD, ou dans les syndicats indépendants ».


Mais l’appui d’un syndicat, « kossa donne » ? Aux élections fédérales de 2011, la FTQ avait formellement donné son appui au Bloc québécois. Cela n’avait pas empêché la débâcle. « Cette année, j’ai presque envie d’offrir notre soutien à Charest pour être sûr qu’il perde », a récemment blagué le président de la FTQ, Michel Arsenault, en privé, raconte son entourage.


Malgré cela, dit une source à la FTQ, « à l’élection où Boisclair était chef, on leur a sauvé bien des comtés ! On représente 600 000 membres quand même ».

14 commentaires
  • Gaston Langlais - Inscrit 13 août 2012 05 h 11

    Puis après...

    Bonjour,

    Mme. Pauline Marois nous dira encore qu'elle effectuera le grand ménage une fois au pouvoir. Après avoir entendu toutes ces histoires de collusion, de corruption, de fraudes multiples, elle ne sera pas plus libre de faire le grand nettoyage qui s'impose que lorsqu'elle a dirigé les 14 ministères qu'elle a détenus sous des gouvernements du PQ.

    Gaston Langlais - Gaspé.

    • Monique Chartrand - Inscrite 14 août 2012 00 h 00

      Les gens qui partagent votre avis sont légion. Une réforme complète de nos institutions démocratiques tel que définie déjà depuis 2003 ne pourra sans doute se faire qu'en dehors des partis, pour venir à bout des conflits d'intérêt.

  • Gilbert Talbot - Abonné 13 août 2012 08 h 05

    Votre titre est pour le moins ambigüe.

    Lorsqu'on lit l'article, on se rend vite compte que c'est à la FTQ qu'on se demande si on va «encore» appuyer le PQ, alors qu'à la CSN et à la CSQ il n'en n'est pas question. Et madame Marois elle-même n'est pas très chaude à l'idée de recevoir l'appui offciel de la FTQ : ça pourrait lui nuire plus que d'autres choses.

  • Marc-André Loyer - Inscrit 13 août 2012 08 h 44

    Ordre ou obligation?

    Le temps des syndicats n'est-il pas révolu? Si vos membres que vius dites si bien représenter ne votent pas PQ, vous allez leur casser les deux jambes? Voilà ce qu'évoque pour moi la notion de syndicat aujourd'hui...

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 août 2012 13 h 21

      Qui parle d'obligation? Les exécutifs syndicaux ont simplement le temps et l'expertise pour analyser les programmes et les implications de la victoire d'un parti ou d'un autre. D'ici la fin de la campagne, Le Devoir fera sans doute part de son opinion; mais l'équipe éditoriale ne cassera pas les jambes de ceux de leurs lecteurs qui voteraient autrement?

  • Danielle - Inscrit 13 août 2012 09 h 23

    Voter stratégique!

    Tant mieux si les syndicats s'allient au votre stratégique. Si nous voulons être libérés des libéraux, il faut votre PQ contre PLQ. De toute façon c'est le PQ qui a la meileure équipe et un programme réaliste. La CAQ et les libéraux c'est dlu pareil au même. Il faut vraiment encore au père noël pour voter CAQ, Legault fait promesses intenables. QS a de bonnes idées mais il ne peut être élu à ce moment ci. Il faut donc voter Parti québécois parce qu'ils ont plein de bon sens. Danielle Houle

    • Claude Champagne - Inscrit 13 août 2012 15 h 17

      Bravo Danielle Houle, c' est rationnel comme explication, je dirais même lucide. Effectivement, libérons-nous des libéraux et la caq. Libéral=caq=néolibéral=loi78 etc.

    • Jean-Michel Lambert - Inscrit 13 août 2012 18 h 29

      Le PQ est plein de bon sens, a une bonne équipe, mais un chef qui ne se tient pas debout et qui ne sert pas le peuple.

      Revé Lévesque a dit qu'un parti ne devrait durer qu'une génération, après quoi ce parti n'est plus sensibilisé aux besoins du peuple et devient corrompu.

      Encourager le vote stratégique ou évoquer l'argument de la 'division du vote' fait perdurer la succession des vieux partis, soit le PQ et le PLQ. La CAQ parle le même language que ces deux derniers. QS ne semble pas réellement croire au changement même s'il énonce sa nécessité et ses leaders ne sont pas suffisament charismatiques.

      Pour reprendre confiance en la politique, renseignez-vous sur ON.

      Jean-Michel Lambert, Sherbrooke

  • Laurier Francois - Inscrit 13 août 2012 12 h 06

    Les Acquis

    ''D’où la volonté de susciter un vote stratégique pour le PQ, qui demeure « progressiste » malgré tout.''

    Interpréter comme: gardons nos acquis. Legault a une vision très juste de la situation: trop de monde au public, trop d'élus à Montréal, trop d'employés à l'Hydro, trop de Commissions Scolaires.

    Pas difficille de comprendre que tôt ou tard, la question va être abordée. Aussi bien tout de suite.

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 août 2012 13 h 26

      Dans le livre de JF Lisée, on peut lire que le Québec compte moins de fonctionnaires per capita que l'Ontario, et que ces fonctionnaires gèrent plus de programmes.

      Je vois d'ailleurs que vous parlez de «trop de commissions scolaires» (72); pourquoi ne dites-vous pas aussi qu'il y a trop de municipalités (1112, sans compter les arrondissements des grandes villes)? Ces deux paliers électifs sont finalement très comparables: ils prélèvent des taxes foncières, iles gèrent des bâtiments et des employés, ils donnent des services.