Apparence de conflit d’intérêts - Le procureur-chef de la Commission Charbonneau fait encore les manchettes

Le procureur-chef de la commission Charbonneau, Sylvain Lussier
Photo: - Le Devoir Le procureur-chef de la commission Charbonneau, Sylvain Lussier

Les chefs des trois principaux partis politiques ont été fort prudents, hier, lorsqu’ils ont été questionnés sur la possibilité que le procureur-chef de la commission Charbonneau, Sylvain Lussier, soit en apparence de conflit d’intérêts dans l’exercice de ses fonctions, s’en remettant tous au bon jugement de la présidente de cette même commission, la juge France Charbonneau.


La Presse a révélé hier que M. Lussier a représenté en 2008, dans sa pratique privée, les intérêts d’une compagnie d’asphaltage qui est citée dans les documents que Jacques Duchesneau a déposés devant cette commission.


Le quotidien montréalais explique qu’Asphalte Desjardins et l’une de ses sociétés soeurs, Campeau, font partie de firmes de construction ayant réclamé pendant quelques années au gouvernement du Québec d’importantes sommes supplémentaires à celles prévues dans les contrats initiaux.


De plus, jusqu’à mercredi soir dernier, Sylvain Lussier apparaissait toujours comme membre de l’« équipe Plan Nord » sur le site Web de son cabinet d’avocats, Osler, Hoskin et Harcourt, dans le but d’aider des professionnels à obtenir des contrats.


De passage à Val-d’Or hier, le chef libéral Jean Charest a souligné le caractère autonome de la commission, lui laissant ainsi le soin de commenter la situation.


Au Parti québécois, la chef Pauline Marois y est allée d’éloges pour Mme Charbonneau, une femme intègre et fort compétente, à ses dires. Mme Marois a indiqué ne pas douter du fait que la juge ait pris « toutes les précautions nécessaires » pour éviter les conflits d’intérêts, lui réitérant du même élan « sa pleine confiance ».


Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, s’en est lui aussi remis au bon jugement de la juge, ne ratant toutefois pas l’occasion de dénoncer l’intervention de Me Lussier dans la campagne électorale, lui qui aurait ainsi failli à son devoir de réserve, selon le caquiste.


Mercredi, La Presse a demandé à la Commission Charbonneau comment Sylvain Lussier allait gérer les dossiers sur l’asphaltage et le Plan Nord pendant les audiences publiques, où il sera question de l’octroi des contrats dans l’industrie de la construction. Me Lussier n’a pas répondu et peu après, il n’apparaissait plus au sein de l’« équipe Plan Nord » de son cabinet d’avocats.


Quant à Jacques Duchesneau, qui a témoigné à la commission Charbonneau en tant que dirigeant de l’Unité anticollusion, il a été mêlé cette semaine à une guerre de mots avec Sylvain Lussier.


Récemment, M. Duchesneau, devenu candidat de la CAQ, a déclaré au Devoir que la Commission avait « tout en main » au sujet d’un « réseau libéral » du « Québec inc. » qui se bousculerait aux portes du Plan Nord.


Rejoint par La Presse canadienne hier, le directeur des communications de la commission Charbonneau, Richard Bourdon, a indiqué que l’organisation ne formulerait aucun commentaire sur cette affaire.

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