Le baptême de feu de la CAQ

Selon les derniers sondages, l’appui aux libéraux est anémique chez les francophones.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Selon les derniers sondages, l’appui aux libéraux est anémique chez les francophones.

On doit le lui concéder : Jean Charest a mené jusqu’ici une campagne sans faille. Les libéraux sont restés rivés à leur plan de match. Le message libéral a eu le mérite d’être clair, ses annonces clientélistes sont accrocheuses. L’irruption de Jacques Duchesneau dans la bataille a été accueillie avec calme par les libéraux alors que les péquistes ont semblé paniquer. Or deux sondages publiés hier, malgré leurs divergences sur la montée de la Coalition avenir Québec, s’accordent sur un point : ça va mal pour les troupes libérales.


Dans le sondage Léger Marketing publié hier dans Le Devoir, le Parti libéral du Québec, avec 31 % des intentions de vote, est au coude à coude avec le Parti québécois, qui en recueille 32 %. Mais chez les francophones, l’appui aux libéraux est famélique : 18%. S’ils maintiennent leur score d’avant les élections, c’est grâce à une consolidation de leurs votes anglophones. Le sondage CROP publié dans La Presse place à 22 % les intentions de vote des francophones en faveur du PLQ, ce qui n’est guère mieux.


Autre préoccupation pour les stratèges libéraux, le sondage Léger Marketing montre que ce sont surtout les électeurs libéraux francophones qui alimentent la progression des caquistes.


En ce début de campagne, les libéraux avaient pour objectif de bien lancer leur campagne, ce qu’ils ont fait dans les premiers jours, le chef profitant de l’avantage que lui confère le privilège de décider du début des hostilités. D’entrée de jeu, c’est lui qui a monopolisé les ondes en multipliant les entrevues dans les médias électroniques.


Mais avec l’arrivée en scène de Jacques Duchesneau, malgré l’aberrante déclaration du candidat-vedette voulant qu’il nommerait les ministres caquistes et en dépit du crêpage de chignons avec le procureur en chef de la commission Charbonneau, Me Sylvain Lussier, François Legault a pris l’initiative pour remporter la première manche.


Les sondages réservent une autre mauvaise nouvelle pour Jean Charest : à ce jour, il n’a pas réussi à imposer ses thèmes : l’économie, la stabilité, la loi et l’ordre. Le sondage CROP montre que, pour 37 % des Québécois, c’est l’intégrité qui doit être la principale qualité du prochain gouvernement, alors que maintenir la stabilité économique n’emporte la faveur que de 20 % des répondants. Qui plus est, un gouvernement péquiste est choisi par un plus grand nombre pour régler la crise étudiante.


Jean Charest y est allé d’engagements relativement modestes mais très ciblés et faciles à comprendre, à la Harper, comme le versement de 100 $ par enfant pour la rentrée scolaire ou encore la gratuité des soins dentaires pour les 10 à 16 ans. Ce sont des mesures destinées à séduire les familles banlieusardes, un terrain fertile pour la CAQ. Mais ces annonces sont tombées dans le vide. Dans la première semaine d’une campagne, les électeurs sont très peu attentifs, surtout en plein été, se rassure-t-on chez les libéraux.

 

Le PQ


Quant à la campagne de Pauline Marois, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a connu un mauvais départ. Les premiers jours, son message était brouillé par la multiplicité des sujets abordés. Les autobus péquistes ont éprouvé une ribambelle de problèmes techniques. Dans un point de presse, la chef péquiste a mal paru en refusant de commenter l’arrivée de Jacques Duchesneau alors que son personnel avait prévenu les journalistes qu’elle allait le faire, un « cafouilllage » d’ordre logistique, au dire de son entourage.


À la décharge de Pauline Marois, on explique que le plan de campagne péquiste prévoyait une tournée des régions - Gaspésie, Îles-de-la-Madeleine, Bas-Saint-Laurent, Saguenay - dès la première semaine, une tournée plus difficile à organiser en fin de campagne quand il faut ajuster le plan de match en fonction des luttes serrées dans certaines circonscriptions. Elle a visité 28 municipalités et parcouru 3000 kilomètres, s’est réjoui Pierre Duchesne dans un communiqué jovialiste. Les stratèges péquistes étaient bien conscients qu’en faisant ce choix, la chef péquiste vivrait une éclipse partielle dans les médias.


Le PQ fait du surplace, mais un élément du sondage du Devoir peut encourager les péquistes : malgré la hausse des appuis à la CAQ, les électeurs péquistes forment un bloc fidèle qui résiste à la poussée caquiste.


En outre, les stratèges péquistes croient que François Legault a fait une erreur en affirmant qu’il voterait non si un référendum sur la souveraineté avait lieu. Il s’aliène ainsi les souverainistes et même certains nationalistes qui voient dans cette possibilité une police d’assurance contre le gouvernement fédéral, avance-t-on. La CAQ est bien molle dans sa défense des Québécois contre les assauts du gouvernement Harper, ajoute-t-on.


François Legault a aussi multiplié les promesses onéreuses - 2,8 milliards, selon ses calculs ; 5 milliards, selon ceux des libéraux - alors qu’il s’est engagé à faire le ménage et à réduire les dépenses. Ses adversaires ont déjà commencé à exploiter cette contradiction apparente. François Legault se dit que personne n’est contre une baisse d’impôt, surtout dans l’électorat encore indécis.

 

Le 450


Jean-Marc Léger, de Léger Marketing, croit que, pour la première fois, au lieu de se décider à Québec ou encore dans les régions, l’élection se jouera dans le 450. Selon son dernier sondage, la CAQ détient l’avance dans la banlieue nord de Montréal tandis que le PQ tient le haut du pavé dans la banlieue sud. Le sondeur note que, bien que ce soit une lutte à trois qui se dessine sur le plan national, dans les circonscriptions chaudement contestées, ce sont en fait des luttes à deux qui se profilent.


Jean-Marc Léger rappelle trois moments forts jalonnant les campagnes électorales : leur lancement, le débat - les quatre débats cette fois-ci, entre le 19 et le 23 août - et la dernière fin de semaine. Au terme de la première semaine, force est de constater que Jean Charest n’a pu imposer ses thèmes, que Pauline Marois a raté sa première impression et que François Legault a réussi son baptême de feu. C’est lui qui avait le plus à perdre : on se souviendra du début de campagne lamentable de Mario Dumont en 2008, quand son autobus s’est enlisé à Lac-à-l’Épaule, et des images à la télé.


Malgré ce départ canon, il y a loin de la coupe aux lèvres pour François Legault s’il aspire à former le prochain gouvernement. La CAQ ne dispose pas d’une organisation solide comme celles du PQ et du PLQ ; la jeune formation aura du mal à inciter ses partisans à aller voter le jour de l’élection. Aussi, la CAQ devra détenir une avance significative dans les sondages pour espérer l’emporter, avance que seule une vague pourrait lui assurer.


Mais une chose est sûre : personne ne peut prédire l’issue de la présente campagne. Et pour bien des électeurs qui voient dans cette joute politique une espèce de match sportif tout comme pour les mordus de politique, l’intérêt n’en sera que plus grand.

1 commentaire
  • France Marcotte - Abonnée 12 août 2012 08 h 21

    La campagne électorale est une performance

    Semblable à celles des jeux olympiques au fond ou bien à la téléréalité «Les chefs» pour la cuisine.

    Qui s'enfargera dans le tapis, qui aura son autobus en panne au mauvais moment, qui se mettra le pied dans la bouche...on surveille comment le chef se sort de ces petits pétrins, rien de bien malin, comme si cela en disait long sur sa conception de la gouvernance.

    «On achève bien les chefs», ce pourrait être le titre de la téléréalité de la campagne, aussi superficielle que «Occupation double» pour occuper ses samedis.

    Tout ça c'est bon pour ceux qui ne suivent pas l'actualité, les autres ont forgé leur idée tout au long de l'année.