Libman dit de voter pour la CAQ, Marois fait un appel aux fédéralistes

Deux surprenants appels aux électeurs ont marqué la matinée du huitième jour de campagne au Québec. Robert Libman, qui a mené la dernière révolte anglophone contre les libéraux québécois, affirme qu'il est à nouveau temps pour cette minorité de repenser ses options électorales et d'envisager de voter pour un autre nouveau parti: la Coalition avenir Québec (CAQ). Pauline Marois a pour sa part appelé les fédéralistes à voter en faveur de son parti.

Le Parti égalité de Robert Libman a effectué une percée aussi courte qu'historique en 1989 en volant quatre circonscriptions sûres aux libéraux tout en défendant les droits linguistiques des anglophones.
 
Depuis, les anglophones ont soutenu fidèlement les libéraux fédéralistes. Mais ils l'ont fait avec un enthousiasme incertain; les circonscriptions anglophones ont eu certains des pires taux de participation lors des dernières élections générales québécoises. Ainsi, Westmount-Saint-Louis (37 %), ainsi D'Arcy-McGee (39 %), ainsi Mont-Royal (39 %), ainsi Saint-Laurent (41 %) ou encore Robert-Baldwin (42 %).
 
Le premier ministre Jean Charest s'est inquiété de cette tendance alors qu'il faisait campagne. La semaine dernière, il a passé plusieurs jours à dire aux médias anglophones que les électeurs qui demeuraient à la maison le jour du scrutin — ou qui votaient pour la CAQ — appuyaient un autre référendum sur l'indépendance du Québec.
 
Envoyer un message

Pour M. Libman, il s'agissait de la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Déjà frustré par l'«à-plat-ventrisme» des libéraux sur la question linguistique, il a dénoncé la «condescendance» de Jean Charest et espère que les anglophones voteront désormais de façon stratégique.
 
Il propose ainsi d'envoyer un message clair au Parti libéral, mais pas dans des circonscriptions où les formations souverainistes pourraient en profiter.
 
«Les anglophones devraient peut-être, pour envoyer un message aux libéraux, considérer de voter pour la CAQ, a dit M. Libman. Mais seulement dans les régions où il n'y a pas de risque de diviser le vote au profit du Parti québécois.»
 
Le tiers des sièges

Lors de la dernière élection, le Parti libéral a remporté les 24 circonscriptions où la population est anglophone à plus de 10 %, soit plus du tiers des sièges requis pour former un gouvernement majoritaire. Le Parti libéral du Québec (PLQ) peut ainsi entrer en campagne en estimant que le tiers de son objectif est accompli.
 
En retour, les anglophones du Québec ont reçu trois sièges au sein du cabinet de 26 ministres. Le gouvernement Charest a également résisté aux demandes des partis d'opposition réclamant un durcissement des lois sur la langue et de les étendre au niveau collégial.
 
M. Libman encourage ses compatriotes à voter pour le parti de François Legault qui, s'il a beau être un ancien souverainiste, n'en a pas moins promis de ne jamais rouvrir le dossier de l'indépendance.
 
M. Legault a ajouté que son parti regrouperait diverses personnes d'horizons politiques différents dans l'espoir de s'attaquer à d'autres priorités.
 
Le chef de la CAQ a même commencé à courtiser le vote anglophone, en encourageant ceux qui se sentent pris pour acquis par les libéraux ou qui sont agacés par les scandales éthiques de se joindre plutôt à lui.
 
La Coalition n'a pas fait de promesses en matière de langue, et n'envisage pas des changements majeurs au statu quo.

Appel de Marois aux fédéralistes

Pauline Marois a pour sa part appelé les fédéralistes à voter en faveur de son parti. La chef péquiste a rappelé que le vote du 4 septembre n'est pas un référendum sur l'avenir du Québec, mais une élection générale, et qu'ils pourront faire valoir leur position constitutionnelle à d'autres moments.

Puis, elle a corrigé le tir, en indiquant que le 4 septembre était en quelque sorte un référendum sur un «mauvais gouvernement corrompu».
17 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 8 août 2012 09 h 57

    Comme en 1976!

    C'est pour punir les libéraux de la loi 22 que de nombreux anglos avaient voté pour l'Union nationale en 1976. Le résultat: la loi 101 (ou C-11, selon la nouvelle mode, celle qui a fait de la loi 78 la loi 12).

  • Maxime Kitza Joly - Inscrit 8 août 2012 10 h 15

    La droite anglaise

    Ce qui me désole dans tous ces propos, c'est que si les valeurs de gauches touchent une partie des québécois, aucun Parti ne représente la gauche anglophone...

    Je crois que c'est une réalité qui devra être considérée si on veut vraiment dépasser les politiques auxquels on a été habitué depuis près de 10 ans.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 8 août 2012 10 h 32

      Il n'y a qu'un seul parti fédéraliste de centre gauche au Québec et c'est le Parti Vert. Mais comme pour Québec solidaire, il n'a pour ainsi dire aucune chance d'être porté au pouvoir.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 août 2012 10 h 50

      Pourquoi ne voteraient-ils pas PQ? J'ai bien voté pour le Liberal Party of Canada* aux dernières élections!

      *Ils m'ont même appelé pour me demander si je «supportais» mon «membre du Parlement» libéral. Que voulez-vous, je suis bien obligé de le supporter!

    • Gilles Théberge - Abonné 8 août 2012 18 h 28

      Quand lea anglophones deviendront capables de se définir comme Québécois monsieur Kitza Joly, ils seront capables de voter pour n'importe quel parti québécois, incluant le parti Québécois...

      Ce sont eux qui s'excluent. J'espère que vous l'aurez remarqué. Qu'ils assument, et on ne me fera pas pleurer sur leur sort.

  • Rodrigue Guimont - Inscrit 8 août 2012 11 h 06

    Est-ce trop demander aux anglophones de voter cette fois-ci pour l’honnêteté?

    Les allophones (13%) et les anglophones (9%) représentent environ 22% de la population totale québécoise. Le bassin de confinement du PLQ est aujourd'hui restreint aux seuls eaux allo-anglophones et aux habituels francophones âgées captifs, autant dire que le réservoir libéral est à sec...

    Le PLQ a besoin du vote allo-anglophone pour se maintenir au gouvernement. Sans le vote massif de ces communautés le Parti libéral se retrouverait en deuxième opposition officielle, derrière la CAQ.

    D’autre part, les allo-anglophones quoique minoritaires, ne peuvent pas décemment maintenir et imposer à la majorité francophone, un gouvernement qu’ils savent également corrompu à l’os. Ces communautés risquent de passer comme pratiquant le vote ethnique géographique, comme dans les ex-colonies britanniques. Mauvais pour l’image internationale, déjà qu’à Ottawa…

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 août 2012 12 h 00

      Pas si simple. Il y a des francos qui continuent à votre libéral par peur du séparatisme ou par amour de l'ordre. Et, avec la division des votes anti-libéraux, la tâche des stratèges du PLQ est encore plus facile.

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 août 2012 12 h 54


      «Est-ce trop demander aux anglophones de voter cette fois-ci pour l’honnêteté?»-Rodrigue Guimont

      Une question comme ça...

      - Est-ce que vous appelleriez aussi «honnêteté» un parti comme le PQ qui promet le scrutin proportionnel depuis 40 ans et qui ne l'a jamais appliqué ?

      Christian Montmarquette
      Québec Solidaire
      Montréal

      .

  • Michel Gagnon - Inscrit 8 août 2012 11 h 31

    Vote....???

    Est-ce que c'est ça qu'on appelle un vote ethnique?

  • Gilles Bousquet - Abonné 8 août 2012 12 h 01

    Le baiser du diable anglophone

    Est-ce que M. Legault se sent à l'aise avec cet appui anglophile ?

    • Richard Coulombe - Inscrit 8 août 2012 13 h 48

      Je ne comprends pas. Les anglophones font tout même partie de la population du Québec, et leurs votes ont autant d'importance que le vôtre. A moins que vous ne soyez de la race des élus ....