Une trêve avant un sommet

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	La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a débuté sa campagne électorale en sillonnant les rues et les marchés publics de Montréal pour y rencontrer des citoyens.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a débuté sa campagne électorale en sillonnant les rues et les marchés publics de Montréal pour y rencontrer des citoyens.
Le conflit étudiant est cœur de ce début de campagne et le Parti québécois espère bien se présenter comme LE parti apte à résoudre une crise qui perdure depuis des mois. Pauline Marois a d’ailleurs pris l’engagement hier d’organiser un sommet sur le financement et la gestion des universités pour tenter de dénouer l’impasse. Mais d’ici au scrutin du 4 septembre, la chef péquiste et son candidat Léo Bureau-Blouin invitent les étudiants à respecter une « trêve » et à marquer une pause dans leur mouvement de contestation.
 
S’il est élu, le Parti québécois promet donc de jeter à la poubelle la loi 78 imposée par les libéraux pour tenter de freiner le mouvement de contestation sociale du printemps dernier. Même chose pour la hausse de 82 % des droits de scolarité décrétée par le gouvernement Charest. Le tout dans les 100 premiers jours d’un éventuel mandat.
 
Mais un gouvernement dirigé par Mme Marois tiendrait aussi un sommet afin de trouver une solution à cette épineuse question. Les étudiants, le gouvernement et la société civile — syndicats et patronat — seraient tous assis à la table. Selon la chef péquiste, cette rencontre de tous les intervenants du milieu permettrait d’offrir une « véritable écoute » à toutes les parties prenantes. La Fédération étudiante universitaire s’est d’ailleurs dite prête à y participer. Le PQ entend y défendre l’idée d’une simple indexation des droits de scolarité en fonction de la hausse du coût de la vie. Mais Pauline Marois a soutenu hier qu’aucune option ne serait écartée, y compris la question de « la gratuité ».
 
Questionné à plusieurs reprises sur la question des droits de scolarité dans son local électoral de la circonscription de Laval-des-Rapides, Léo Bureau-Blouin s’est défendu d’avoir renié la position en faveur du gel qu’il défendait lorsqu’il était président de la Fédération étudiante collégiale du Québec. « J’ai des convictions, que j’ai portées en tant que représentant étudiant et je continue de les porter en tant que candidat et, je l’espère, en tant que député. Mais d’abord et avant tout, je suis un homme de consensus. Et je pense que ce sommet va non seulement permettre de dégager un consensus sur la question des droits de scolarité, mais également de sortir du simple débat gel-dégel. »

Selon lui, il faut aussi s’attaquer aux enjeux comme le logement, l’aide financière et le remboursement des dettes d’études. Il n’a toutefois pas précisé s’il jugeait que l’indexation constituerait un obstacle à l’accessibilité.
 
La leader péquiste estime en outre que le « sous-financement des universités » mis de l’avant par le Parti libéral pour justifier la hausse des droits de 1625 $ ne tient tout simplement pas la route. Elle a ainsi rappelé que le Québec investit plus pour chaque étudiant que la moyenne canadienne. 
 
Mme Marois juge plutôt qu’il faudrait plutôt regarder du côté de la gestion des universités, notamment pour éviter une répétition du fiasco de l’îlot Voyageur et mettre fin aux indemnités de départ généreuses accordées à certains hauts dirigeants. Elle estime aussi que les campus délocalisés qui se multiplient un peu partout au Québec sont trop coûteux et produisent une concurrence inutile entre les universités. Elle a chiffré le manque à gagner en raison de ces campus à 56 millions de dollars.
 
Sortie des recteurs

Les propos de la chef souverainiste risquent de faire bondir la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec. Le regroupement vient d’envoyer une lettre à tous les partis provinciaux pour leur signifier que leurs établissements souffrent d’un sous-financement chronique. Selon eux, le manque à gagner se chiffre annuellement en centaines de millions de dollars.
 
Si les péquistes disent vouloir résoudre le conflit initié par la hausse des droits de scolarité, Mme Marois et M. Bureau-Blouin ont du même souffle dit hier qu’ils souhaitent que les étudiants observent une « trêve électorale ». « Il faut prendre toutes les précautions pour ne pas favoriser les libéraux », a dit la jeune recrue péquiste. Cela veut dire que les associations étudiantes qui doivent se prononcer bientôt sur la poursuite de la grève mettraient un frein à leur mouvement.
 
« Nous avons toujours un malaise lorsque des gens de l’extérieur s’invitent dans nos délibérations. La décision de reprendre la grève ou non n’appartient qu’aux étudiants et aux étudiantes », a répliqué un porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois. Québec solidaire a aussi dénoncé cette prise de position de l’ancien leader étudiant.
 
Mme Marois a consacré une bonne partie de sa journée à des bains de foule. Elle a notamment fait un long trajet en métro, accompagnée de plusieurs candidats et députés de la région montréalaise. Un pied de nez évident à Jean Charest, qui doit taire le lieu et l’heure de ses activités jusqu’à la toute dernière minute, de peur de rencontrer des étudiants.
 
Le Parti québécois s’est par ailleurs engagé à lutter contre le décrochage scolaire. Les mesures annoncées hier comprennent l’embauche de 600 « professionnels » et la possibilité d’implanter dans les milieux défavorisés la maternelle à temps plein dès l’âge de quatre ans. Mme Marois a fait ces annonces au moment de présenter la candidate péquiste dans Crémazie, Diane De Courcy, présidente de la Commission scolaire de Montréal.

***

Lisée confirmé dans Rosemont

Jean-François Lisée a confirmé sur le réseau social Twitter mercredi soir que sa décision était prise concernant sa candidature dans Rosemont. Il a écrit qu’il devait « encore traverser l’Atlantique et souhaiter l’accord final des militants » de la circonscription, tout en invitant les gens à être patients. M. Lisée écrivait jusqu’à tout récemment pour L’actualité. Ses billets n’étaient toutefois plus accessibles sur le site du magazine. Rappelons que le 6 juillet dernier, l’ancien conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard avait dit au Devoir qu’il avait décidé de se porter candidat pour le PQ dans Rosemont. Il tentera de succéder à la députée sortante de Rosemont, Louise Beaudoin.
 
Avec La Presse canadienne
23 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 3 août 2012 06 h 27

    Une politique traditionnelle... Remettre la décision à plus tard.

    Pauline Marois propose de tenir un "Sommet" sur les frais de scolarité. Rien de nouveau. Face à un problème, tout bon politicien faiblard met sur pieds un comité d'étude, une revue interne, une commission d'enquête. Tout ce qui est bon pour remettre la décision à plus tard, ou pour faire prendre la décision par d'autres.
    Ainsi avec le PQ on verrait des "Sommets" sur les garderies, sur les commissions scolaires, sur la voirie, sur l'énergie, sur l'agriculture, sur la santé...
    Avec des "Sommets" comme méthode de gestion, pouquoi les citoyens iraient-ils voter

    • Jacques Beaudry - Inscrit 3 août 2012 09 h 26

      Vous ne trouvez pas sage que les gens débattent des tenants et aboutissants d'une décision à prendre avant qu'elle ne le soit. N'est-ce pas démocratique et rigoureux avant de s'engager dans n'importe quoi ?

    • Charles Beauchesne Armstrong - Inscrit 3 août 2012 13 h 45

      Ce qui n'est pas sage, c'est de se contenter d,en débattre et de mettre le résultat dans un coin.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 3 août 2012 19 h 34

      De multiples raisons militent en faveur de la mise sur pied d’États généraux sur la fréquentation et le financement de l’enseignement supérieur.

      Les raisons idéologiques ou politiques de ce conflit sur les droits de scolarité sont les plus fondamentales. C’est pour cela que ce ne sont pas seulement les étudiants qui y participent, mais tous ceux qui pensent à l’avenir de notre société.

      Les récentes solutions de broche à foin de la ministre de l’éducation en sont l’éloquente démonstration. Il y a eu trop d’amateurisme, de laisser-aller, de vision à court terme dans ce secteur si important pour l’avenir de notre peuple : celui du développement optimal de notre jeunesse au niveau post-secondaire.

      Pour moi, la vraie solution à court, moyen et surtout long terme est la gratuité scolaire pour tous les Québécois , ce qui serait un gage de notre développement futur.

      Cependant, des balises doivent être mises en place.
      1.- Les critères d’admission dans les programmes doivent être justes mais non laxistes.
      2.- Le nombre d’années pour terminer un programme doit être raisonnablement limité.
      3.- En entreprenant ses études, l’étudiant s’engage à rembourser à l’État le vrai coût de ses études s’il quitte le Québec avant d’y avoir travaillé un certain nombre d’années, au prorata du nombre d’années.
      4.- Les frais de scolarité devraient être la totalité des coûts réels de cette scolarité pour les non-résidents qui viennent ici profiter de notre système pour s’en aller ailleurs ensuite.

      L’éducation gratuite pour tous les Québécois facilitera l’accès de tous les jeunes à l’éducation et sera la meilleure façon d’augmenter à moyen et long terme notre productivité et le PIB par habitant, ce qui profitera à toute la population, riches et pauvres confondus. Plus de gens auront de meilleurs emplois et de meilleurs salaires, les riches paieront plus d’impôt, et la richesse créée permettra d’améliorer le filet social pour les personnes à faibles revenus.

  • Michel Richard - Inscrit 3 août 2012 07 h 12

    C'est facile à régler

    cette crise: il suffit de donner aux étudiants tout ce qu'ils demandent. Mme Marois l'a compris !

    • Alain Legault - Inscrit 3 août 2012 08 h 44

      Vous preferez laisser trainer le probleme de facon hypocrite pour qu il deviene plus gros,pour ensuite faire une election de facon GROTESQUE sur le conflit,je prefere de loin la facon que M.Paquet propose pour regle les conflits,bonne journee a vous deux

    • Killian Meilleur - Inscrit 3 août 2012 11 h 10

      Lors des dernières dégociations, le gouvernement Charest a offert :

      De réduire, en puisant dans le crédit d'impôt, la hausse de 34$ par année. Cela revient à prendre de l'argent dans sa poche gauche pour en mettre dans la droite.

      La réponse des étudiants:

      Puisqu'on a le droit de puiser dans le crédit d'impôt, utilisons la même méthode, mais pour annuler carrément la hausse des frais.

      Cela revient aussi à changer son argent de poche, mais tout le monde y gagnait:

      Le gouvernement paye moins.

      Les étudiants ne paient pas plus, le crédit d'impôt n'étant de toute façon pas une idée géniale et sa perte étant compensée par l'augmentation des bourses annoncées par le gouvernement.

      La réaction de Courchesne : « c’est un principe impossible à faire passer pour son équipe [...] la population et son gouvernement ne comprendra (sic) pas ce cheminement logique là. »*

      La réaction du gouvernement : fuir la table de négociation sans même prendre le temps d'écouter les dizaines d'autres suggestions préparées par les associations étudiantes.

      L'essence des subséquentes déclarations de Charest :

      « Les étudiants sont bornés et refusent de négocier. »


      Nous aurions accepté beaucoup moins que ce que nous demandions. (la gratuité)

      En fait, tout ce qu'il faut, pour mettre fin à la crise, c'est de donner aux néolibéraux tout ce qu'ils veulent:

      Nous faire payer.

      Et rien d'autre. Utilisateur-payeur. Point barre.


      Ce que nous demandons vraiment, au fond, c'est un véritable débat sur la question.

      Nous voulons une remise en question fondamentale du modèle néolibéral qui s'immisce dans toutes les sphères de notre société. Nous voulons que le gouvernement justifie sa décision d'aller à l'encontre du rapport Parent

      Ce n'est pas rien.

      Mais ce n'est pas trop.

      *Pour connaître le point de vue des Étudiants lors des dernières négociations, un document que le Devoir a accepté de diffuser :

      http://www.ledevoir.com/documents/pdf/CLASSEnegopr

  • Huguette Daigle - Inscrite 3 août 2012 07 h 25

    C'est certain que si les étudiants.

    continuent de manifester dans les rues,les libéraux vont TOUS faire pour qu'il y aie de la casse et donner des appuies à Jean Charest.¨Ca va se retourner contre eux et le Québec va être pogné avec les libéraux de Charest encore pour 4 ou 5 ans.Je ne peux imaginer un tel scénario.S.V.P chers jeunes ayez pitié de nous et ne vous tirez pas dans le pied vous même.Vous êtes plus intelligent que Charest.

    • André Michaud - Inscrit 3 août 2012 10 h 55

      Plus il y aura de manifs et plus de citoyens voteront Libéral pour enfin en finir avec les manifs de type anarchistes et les millions en force policières..

    • Charles Beauchesne Armstrong - Inscrit 3 août 2012 13 h 55

      Si les manifs arrêtent complètement, il y a un nombre encore plus grand de gens qui vont voter pour Charest quand il se vantera d'avoir mater la crise étudiante.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 3 août 2012 08 h 18

    Tous d'accord

    Si les universités sont sous-financés, il n'y a pas mieux qu'en faire la démonstration avec une implication des étudiants. Si les étudiants ont raison, il n'y a pas mieux qu'ils en fassent la démonstration au gouvernement.

    Il faut réaliser que ni l'un ni l'autre n'a été fait. Les universités se font demander leur état financier depuis 2009, et il n'y a que le gouvernement qui peut les contraindre à le faire. Ce qui également n'a pas été fait.

    On peut dire que dans le dossier des frais de scolarité, la charrue fut mise avant le bœuf. De ce fait vient tout le conflit. Procédons dans l'ordre, laissons de côté des philosophies de gauche et de droite et choisissons le meilleur pour le Québec. Cela demande de réfléchir avant d'agir. Un sommet!

    Il faut faire un sommet. C'est dans l'intérêt de tous les québécois, payeur de taxes, étudiant, aînés,... C'est une vision rassembleuse!

    • Michel Richard - Inscrit 3 août 2012 10 h 03

      Les états financiers des universités sont disponibles en ligne. Voyez par exemple http://www.fin.umontreal.ca/direction-finances/eta
      La première session de négociation entre le gouvernement et les étudiants a abouti exactement à ce que vous suggérez: une commission devait être instaurée pour examiner les finances des universités etc . . .
      Mais les étudiants ont refusé.

    • Charles Beauchesne Armstrong - Inscrit 3 août 2012 13 h 56

      Ils ont refusé car ils ne représentaient qu'une minorité des membres. Les autres étaient choisis par le gouvernement ou les recteurs.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 3 août 2012 08 h 28

    Moratoires à gogo

    Le PQ va imposer un gel:

    -des frais de scolarité;
    -des frais de garderie;
    -de l'agitation syndicalo-progressiste-étudiante;
    -de l'exploration gazière et pétrolière;
    -sur l'appel à un prochain(?) référendum;
    -de la tarification santé;
    -de la TVQ;

    et même plus, au gré des intentions affichées du parti libéral.

    Seule la dette du Québec ne sera pas gelée.

    • Jacques Beaudry - Inscrit 3 août 2012 09 h 28

      Réveillez-vous ? Aucune nation à travers le monde ne gèle sa dette. En quoi stimuler l'économie va à l'encontre du bon sens actuellement.

    • Michel Richard - Inscrit 3 août 2012 10 h 05

      C'est pas en provoquant de la chicane avec Ottawa qu'on stimule l'économie. C'est ça le bon sens.
      Et puis même si on ne gèle pas la dette, on peut essayer de ne pas lui donner de stéroïdes.