La voix de la majorité silencieuse

À des semaines de précampagne officieuse a succédé hier la première vraie journée de campagne électorale. Loin de l’indolence vacancière dont profitent encore bien des Québécois, les chefs se sont lancés dans la bataille avec combativité : du départ matinal en campagne de Pauline Marois — avant même la visite du premier ministre au lieutenant-gouverneur — à l’offre d’assemblées citoyennes lancée par François Legault aux chefs libéral et péquiste — qui l’ont vite rejetée —, en passant par l’opposition entre la rue et la majorité silencieuse soulevée par Jean Charest, la dénonciation des vieux partis par Québec solidaire et les craintes concernant la participation électorale soulevées par Jean-Martin Aussant. Le 4 septembre prochain, 6 455 258 électeurs seront attendus aux urnes, et la lutte s’annonce aussi chaude que l’été.

Québec – C’est à un véritable choix de société auquel Jean Charest a convié les Québécois en amorçant sa campagne électorale, un choix entre la stabilité et l’instabilité, un choix contre ceux qui visent à « contester l’ordre établi ».


Et c’est sur la « majorité silencieuse » et « le gros bon sens » que le chef compte pour remporter la victoire le 4 septembre prochain et obtenir un quatrième mandat.


« La majorité silencieuse […] elle aura l’occasion de s’exprimer, c’est son moment », a déclaré Jean Charest lors de la conférence de presse qui lançait sa campagne électorale dont le slogan, simplissime, est : « Pour le Québec. » « La rue a fait beaucoup de bruit, c’est maintenant aux Québécois de parler. »


En matinée, après une dernière réunion du Conseil des ministres et le passage obligé chez le lieutenant-gouverneur, Pierre Duchesne, pour dissoudre la 39e législature de l’Assemblée nationale, Jean Charest, accompagné de ses ministres et des candidats libéraux de la région de Québec, s’est retrouvé sur le tarmac de l’aéroport de Québec, un lieu hautement sécurisé où aucun manifestant n’aurait pu jouer les trouble-fête.


L’ordre du jour du chef libéral est dévoilé aux journalistes au compte-gouttes de façon à éviter les manifestants. « Nous avons entendu le message de ceux qui veulent perturber notre campagne électorale », a souligné Jean Charest.


Le chef libéral a insisté sur le fait que l’élection du 4 septembre « n’est pas comme les autres ». C’est un choix qui porte sur le « type de société dans laquelle nous voulons vivre ».


« Le choix est clair entre la stabilité et l’instabilité », a renchéri Jean Charest, stigmatisant Pauline Marois parce qu’elle s’est associée, selon lui, à des gens qui, au-delà de l’enjeu de la hausse des droits de scolarité, visent à « contester l’ordre établi et ses institutions démocratiques, incluant l’Assemblée nationale et aussi nos tribunaux ». Il a accusé la chef péquiste d’avoir « fait le choix d’embrasser le mouvement de contestation » et de proposer « un gouvernement qui abdique ses responsabilités face à la rue ». Le recrutement de l’ex-président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, comme candidat est condamnable à ses yeux et confirme que Pauline Marois « propose de céder » aux exigences des étudiants. Ces derniers ont érigé « un mur infranchissable d’intransigeance », a-t-il affirmé.


Sur un ton ironique, Jean Charest a dit que le slogan électoral du PQ - « À nous de choisir » - était « bon » : il est d’accord pour dire que les Québécois ont le droit de choisir.


Sa décision de déclencher les élections en plein été n’est aucunement liée à la reprise des audiences de la commission Charbonneau à la mi-septembre, a soutenu le chef libéral. Il s’est aussi défendu de tirer partie de la crise étudiante à des fins électorales, une manoeuvre qu’il avait qualifiée de « grotesque ». « C’est un enjeu qui s’impose de lui-même. Il est impossible de le contourner. Les Québécois veulent parler, ils veulent s’exprimer. » Pour lui, il s’agit d’un enjeu fondamental de l’élection. Les Québécois devront décider s’ils sont d’accord avec la position du gouvernement libéral, a-t-il dit dans une assemblée partisane en soirée.


Quant aux accusations de corruption que Pauline Marois a lancées contre les libéraux, Jean Charest estime qu’elle répète « la même cassette ad nauseam » et qu’elle n’a pas de leçons à donner à cet égard.


Jean Charest a aussi répliqué à Pauline Marois qui a réitéré, hier, que « le Canada est devenu un risque pour le Québec ». En réponse à une question d’un journaliste du Canada anglais, il a vanté la performance économique du Canada sous le gouvernement Harper. « Je ne connais pas une période où le Canada a eu une réputation économique comme nous avons aujourd’hui. Sortant de la crise économique, le Canada est vu comme une des lumières scintillantes de l’économie mondiale. »


Un peu comme aux dernières élections générales de décembre 2008, Jean Charest a brandi le spectre des turbulences causées par une économie mondiale fragile en présentant le Parti libéral comme celui de l’économie. Il a avancé que la PQ n’a rien à proposer en matière économique.


De François Legault et de la Coalition avenir Québec, Jean Charest a très peu parlé, sinon pour dire que le chef caquiste a « abandonné le droit à l’éducation » quand celui-ci préconise d’abroger les dispositions de la loi spéciale qui limitent le droit de manifester. Le chef libéral a par ailleurs rejeté la proposition de François Legault de tenir des « forums citoyens » auxquels les chefs des trois principaux partis seraient appelés à participer. Il s’est toutefois montré ouvert à la tenue de quatre débats télévisés comme le proposent les grands réseaux.


En soirée, le chef libéral s’est retrouvé dans une assemblée partisane pour présenter ses dix candidats de la région de Québec, dont Clément Gignac, son ministre des Ressources naturelles et de la Faune, qui a abandonné le château fort libéral de Marguerite-Bourgeoys pour se présenter à Québec dans Taschereau, une circonscription représentée par la députée péquiste Agnès Maltais. Une trentaine de personnes, munies de casseroles et arborant le carré rouge, ont manifesté dans le calme, bien surveillées par une dizaine de policiers.

44 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 2 août 2012 01 h 10

    Quel bonheur...

    Quel bonheur que de savoir que dans trente-trois dodos, nous allons pouvoir chasser les libéraux du pouvoir.
    Quel bonheur pour la majorité silencieuse de se faire entendre haut et fort, elle qui n'en finit plus d'indiquer son degré d'insatisfaction de ce gouvernement (qui frise le 70 % continuellement) dans tous les sondages effectués depuis des lustres.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 août 2012 10 h 34

      Ce serait vrai si tous ces gens votaient PQ, mais avec la dispersion actuelle...

    • Gérard Côté - Inscrit 2 août 2012 11 h 56

      Je partage votre bonheur quant à se débarasser ce gouvernement. M. Charest confond minorité qui parle tout bas et majorité silencieuse. Cette minorité de 1% qui parle tout bas est bien écoutée par les libéraux et particulièrement par M. Charest.

      Quand j'étais étudiant, les profs nous racontaient que le Québec s'était fait voler ses ressources naturelles et avait subi pendant plusieurs mandats l'autoritarisme et la fourberie du Gouvernement de Maurice Duplessis. Si M. Charest obtient un 4e mandat, imaginez ce que raconteront les profs de ce gouvernement qui a dilapidé nos ressources et déconstruit les structures gouvernementales que les Québécois à travers les gouvernements libéraux et péquistes ont mis tant d'années à bâtir.

    • Guy Lorrain - Inscrit 2 août 2012 15 h 29

      Cher M. Bernier, M. Charest, fin connaisseur de la corruption et de la collusion, est parti en campagne électorale, gros Jean comme devant, bien assis sur un 30, 32% de votes, de nos bons québecois anglophones ou hommes d'affaires. N'ayez crainte, la Noble opposition de sa Majesté la Reine, à 4 doivent se partager le 68 à 705 des votes, à celà, tennez compte du taux d'absentéiste. C'est tout un défi . . . Vous saurez voir, le soir du 4 septembre prochain

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 2 août 2012 01 h 24

    Charest abdique à la rue et déclenche desélections

    « un gouvernement qui abdique ses responsabilités face à la rue » : c'est pourquoi un PM qui a les 2 mains sur le volant déclenche, après 100 jours de grosses manifs, face à une forte pression de la rue, déclanche des élections...

    Guillaume Blouin-Beaudoin

  • Jacques Barolet - Inscrit 2 août 2012 01 h 51

    Alors, la rue c'est caca ?

    Mon cher John-John,

    Descendre dans la rue est la politesse des rois.
    Tous les grands politiciens de l'histoire humaine récente sont descendus dans la rue avec le peuple. Les autres n'avaient pas de couilles ou craignaient de se faire chahuter. Dix minutes dans une usine syndiquée sont un calvaire pour toi.

    Ne pas descendre dans la rue c'est faire offense à tous ceux qui, jour après jour, empruntent la rue pour se rendre au travail et en revenir. Ceux qui vont y acheter leur pain, y placer leur bac de recyclage, y acheter leur journal, leur repas du soir, leur litre de lait. La rue, c'est la seule chose qui appartiendra au peuple après que tu auras tout donné aux Desmarais de ce monde.

    La rue, c'est là où se nouent les amitiés, les amours, les échanges. C'est là où poussent les seuls arbres laissés debout pour nous faire respirer. La rue, c'est là où tu as grandi avant de devenir important pour les prédateurs.

    La rue, c'est la vie ! Ce qui n'est manifestement pas ton cas, non plus que celui de Harpeur et Paul Desmarais.

    Rabaisser la noble rue, c'est se confiner dans les égoûts «collecteurs» de fonds.

    • Denis Boyer - Inscrit 2 août 2012 06 h 28

      Voilà une réponse bien poétique qui illustre bien le mépris de Charest et sa cohorte envers ceux pour qui il prétend agir.

      Je n'ai pas votre verve pour exprimer mon dégoût de ce personnage qui a orchestré le pillage de nos richesses naturelles collectives et le saccage de nos institutions d'enseignement.

      Tout ce que j'ai envie de dire à Charest c'est : bye-bye!

    • Lorraine Dubé - Inscrite 2 août 2012 06 h 51

      Bravo

    • Robert Devault - Inscrit 2 août 2012 07 h 52

      Bravo !
      Vraiment le meilleur commentaire que j'ai lu sur ce ''petit homme''.Vivement qu'on s'en débarrasse enfin !

    • Benoît Poulin - Inscrit 2 août 2012 08 h 18

      Bis

    • Lorraine Dubé - Inscrite 2 août 2012 09 h 51

      Charest jugeait «grotesque» toute analyse prêtant à sa gestion de crise des couleurs électorales. Plusieurs journalistes l'ont pris au dépourvu hier.

      On ne s’attendra pas à ce que le PM puisse élever le niveau d’intellect de l’échange lors de la campagne, étant passé maître dans l’art de déjouer la démocratie. Un joueur compulsif qu'on doit expulser!

      Pathétique de voir le PLQ en rajouter à l’arrogance et mépris. Il se congratule de pouvoir berner le peuple. Certains élus quittent le navire et s'éloignent de la controverse. Les autres se retirent élégamment du clan libéral associé à la collusion.

      La loi 78 concoctée sur mesure pour éviter les manifestations lors de la campagne électorale du PLQ ne dissuade pas les gens de descendre dans la rue. Jean Charest devrait craindre la suite des choses lors de la reprise de la Commission Charbonneau qu'il a instituée pour ne mettre que de la poudre aux yeux et calmer le jeu.

      L'évènement «J'ai ma pelle» reporté par le maire de Québec en mai dernier pour qu'il ait lieu le 3 septembre me semble douteux. Qui ne s'attendait pas à ce que les libéraux déclenche des élections avant la reprise des travaux de la Commssion qu'ils ont tant voulu éviter?! De fausses représentations, comme en décembre 2008.

    • Mireille Gagnon - Inscrit 2 août 2012 10 h 12

      superbe texte!! merci!

    • Claude Champagne - Inscrit 2 août 2012 10 h 30

      Vous devriez écrire plus souvent M. Barolet mes hommages, pour charest moi aussi je dis bye- bye le grotesque.

    • Claude Champagne - Inscrit 2 août 2012 10 h 30

      Vous devriez écrire plus souvent M. Barolet mes hommages, pour charest moi aussi je dis bye- bye le grotesque.

    • Marc-André Fortier - Abonné 2 août 2012 11 h 33

      Monsieur Barolet, vous exprimez clairement ce que je ressens chaque fois que cet homme parle de la rue.

      J'y suis né, j'y ai vécu et j'entends y vieillir. La rue est aujourd'hui l'unique lieu de rencontre de ceux qui désirent être entendus.

      Je me permet de partager votre mot via mon profil Facebook.

      Merci!

    • Guy Lorrain - Inscrit 2 août 2012 15 h 45

      M. Barolet, consollons-nous, Charest est passé Grand Maître de la collusion, corruption, c'est grotesque, mais c'est du John, John tout craché.

  • Sylvie Paquerot - Inscrit 2 août 2012 06 h 18

    un choix de société: oui

    Le Premier ministre Jean Charest ouvre grand la porte à un débat sur la société que nous voulons. Il est à espérer que nous saurons investir efficacement cet espace largement ouvert.

    Il nous faut montrer clairement la teneur de l' "ordre établi" qu'il entend défendre, où les écarts entre riches et pauvres ne cessent de se creuser; où les droits et libertés chèrement acquis sont balayés du revers de la main dès lors que des intérêts économiques sont en jeu.
    Le Canada n'a jamais eu si bonne réputation en matière économique sur le plan international nous dit-il. Il oublie cependant de nous dire à quel point il est en train de devenir le mauvais élève et un État voyou du point de vue de l'environnement et du respect des droits... c'est ça, la société que nous voulons?

    Ne soyons pas naïfs. Etant donné le peu de place que les médias traditionnels accordent généralement aux idées et aux discours qui ne sont pas, justement, ceux de l'ordre établi; au peu de considération qu'ils accordent bien souvent à rétablir la réalité des faits que taisent les discours des élites en place, rejoindre la population du Québec pour lui permettre de faire un véritable choix, éclairé, constitue tout un défi!
    La rue ne doit surtout pas se taire. Elle doit au contraire devenir le lieu du débat; celui auquel tous et toutes ont accès.

  • Jacques Morissette - Abonné 2 août 2012 06 h 37

    La majorité silencieuse.

    Rien ne dit que la majorité silencieuse dont parle Jean Charest est favorable aux opinions de celui-ci. Garder le silence ne veut pas dire qu'on approuve nécessairement. Pour ma part, c'est même un signe de grande sagesse d'attendre le moment pour exprimer ce qu'on en pense vraiment.

    Parlant de sagesse, Jean Charest est loin d'en être pourvue. Elle lui servirait uniquement s'il y voyait un intérêt quelconque dans le but de garder le pouvoir dont il tient tant. La démocratie a permis de le mettre sur le podium. Il n'y a pas meilleure façon de savoir à qui on a affaire. En peu de mots, rien de pire que de mettre le bien commun entre les mains d'un affairiste.

    • Claude Smith - Abonné 2 août 2012 10 h 24

      S'il y a un terme qui m'horripile, c'est bien celui de cette fameuse majorité silencieuse qui sert de faire valoir à certains politiciens.


      Claude Smith

    • Serge Clement - Inscrit 2 août 2012 11 h 28

      Jean-Charest se fout de ce que la majorité silencieuse pense réellement, il ne l'écoute meme pas. Par contre, comme un excellent démagogue et en grand manipulateur, il l'interpelle, la flatte et tente de la soudoyer, en lui jettant de la poudre aux yeux.
      La majorité silencieuse sera celle qui saura et aura fait la différence entre "garder l'ordre établi" ou adhérer au chaos s'il faut en croire ses propos. De façon hypocrite, il prête à la majorité silencieuse le pouvoir de la sagesse, du bon sens et pourquoi pas de la vertue.
      Entre nous, garder l'ordre établi actuellement revient à cautionner son règne malgré la dérive désastreuse de son mandat.
      Garder l'ordre établi ou demeurer un peuple vivant ou plutôt somnolant dans la stagnation et la béatitude d'un confort relatif principalement matériel, c'est du pareil au même.
      Ce n'est rien de nouveau qu'à l'heure des élections, les prétendants au trône se métamorphosent en "expert de la relation publique", que subitement ils (ou elles) deviennent empathiques et à l'écoute du peuple. Les visites dans les foyers pour personnes âgées, dans les usines, etc. ne sont que quelques exemples de leur grande capacité de fourberie. Il en est qui se démarquent dans ce domaine, Jean alias Desmarais Charest en est un qui fait figure de proue à cet égard.
      Sa façon de manipuler l'information, de s'en servir, est indigne d'un représentant du peuple. Pire, c'est un camouflet, une claque sur la gueule si vous préférez, à l'intelligence des gens de son pays. J'ai souvent eu le sentiment que ce premier ministre particulièrement avait avantage à maintenir - ou tenter de maintenir - la population dans un état de méconnaissance, voire la confiner dans l'abrutissage d'un peuple insécure et résistant au changement.
      Pourtant, ça bouge, le peuple plus que jamais au Québec s'exprime, de façon intelligente, la pensée critique se développe, s'exprime et dénonce, il (Charest) la méprise et tente de la réduire en ridicule, la tournant en dérision.
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