La CLASSE se lance dans une tournée québécoise

Gabriel Nadeau-Dubois lors de la manifestation soulignant les 100 jours de grève étudiante, le 22 mai dernier.
Photo: - Le Devoir Gabriel Nadeau-Dubois lors de la manifestation soulignant les 100 jours de grève étudiante, le 22 mai dernier.

La CLASSE lance un manifeste et une tournée québécoise pour tenter de mobiliser la population. Gabriel Nadeau-Dubois et ses acolytes comptent visiter une vingtaine de villes, d’Amos à Saint-Jérôme, en passant par Baie-Saint-Paul et Joliette. L’annonce officielle sera faite aujourd’hui au cours d’une conférence de presse.

De quoi est faite la jeunesse québécoise qui est descendue dans les rues depuis le fameux printemps érable ? C’est à cette question que tente de répondre la CLASSE dans son manifeste « Nous sommes avenir » qui sera rendu public aujourd’hui et dont Le Devoir a obtenu copie.


« Ce qui a commencé par une grève étudiante est devenu une lutte populaire : la question des droits de scolarité nous aura permis de toucher à un malaise plus profond, de parler d’un problème politique d’ensemble. […] Lorsque nous prenons la rue et érigeons des piquets de grève, c’est cette démocratie qui respire. C’est une démocratie d’ensemble. »

 

Les revendications de base


Sur trois pages, la CLASSE exprime les rêves et les aspirations d’une jeunesse en marche. Ils parlent de gratuité scolaire, oui, mais également de démocratie, du Plan Nord, de gaz de schiste, de femmes et d’autochtones. Ils proposent une vision du monde de demain.


« L’idée, c’est de revenir aux revendications de base, d’expliquer aux gens quelles sont nos valeurs et ce que nous avons à proposer », affirme le populaire coporte-parole de la CLASSE dans un entretien au Devoir.


Les membres de la CLASSE veulent mobiliser la population et les amener à réfléchir sur les enjeux de la grève et au-delà.


« Notre message passe toujours à travers le filtre des médias, alors nous voulons parler aux gens directement, sans détour. »


Et ils le font seuls, sans les deux autres associations étudiantes, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qui n’ont pas été approchées, mais qui considèrent néanmoins comme normal que chacun mette en place des stratégies qui lui sont propres.


Et pour la CLASSE, c’était important de faire cavalier seul. « Nous travaillons souvent en partenariat avec les autres associations, mais cette fois-ci, c’est de nous qu’on voulait parler. Parce que travailler ensemble, ça implique de faire des compromis. Et là, nous avions envie d’être nous, à visage découvert. »


La tournée débutera demain à Sorel et se transportera dans une vingtaine de villes du Québec jusqu’à la mi-août, avant le retour en classe. « Nous voulons profiter des vacances parce que les gens ont du temps. Nous irons dans les événements publics, assemblées populaires et grands rassemblements », précise le porte-parole.


Gabriel Nadeau-Dubois affirme que les gens sont curieux et semblent enthousiastes à l’idée de les rencontrer, même s’il consent à demi-mot que le soutien populaire dans les régions est moins fort qu’à Montréal.


« Nous n’allons pas nous imposer nulle part. Et des appuis, nous en avons partout. Si les gens veulent poser des questions et faire des critiques, ils sont les bienvenus. Il y a eu toutes sortes de préjugés véhiculés par les médias, alors le fait d’avoir des discussions et de pouvoir débattre directement, ça nous emballe. »


Les élections


Le manifeste et la tournée sont prévus depuis longtemps et leur annonce aujourd’hui n’a rien à voir avec les élections qui seront vraisemblablement déclenchées dans les prochaines semaines, assure Gabriel Nadeau-Dubois. « Mais ça tombe bien ! » avoue-t-il.


Le coporte-parole de la CLASSE estime que sa tournée est l’opposé d’une campagne politique. « C’est l’inverse d’une campagne de séduction, c’est un réel dialogue. Nous n’avançons pas des slogans, mais des idées. Nous voulons stimuler le débat de fond au Québec. »


La CLASSE mène en parallèle une tournée ontarienne à l’invitation de la Fédération canadienne des étudiants et étudiantes (FCEE). « Ils nous regardent avec beaucoup d’admiration devant l’ampleur de notre mobilisation, mais eux se sentent totalement impuissants à répéter un tel exploit. Je vais donc les rencontrer pour leur expliquer les clés de nos succès. »


La méthode qu’il tente d’exporter, c’est celle de la démocratie directe. « C’est parce que les gens se sentent inclus dans le processus de prise de décisions qu’ils se mobilisent. Ils n’ont pas l’impression d’être des pions dirigés par une instance au-dessus de leur tête. » Évidemment, il va en profiter pour créer des alliances et aller chercher des appuis financiers et physiques pour d’éventuelles manifestations à Montréal. Mais pour l’instant, il se concentre sur la mobilisation nationale avec le manifeste et la tournée.


La CLASSE tiendra d’ailleurs son congrès ce week-end à l’Université Laval et entend déterminer son plan d’action pour la rentrée. « Notre priorité pour la rentrée, ce sont les assemblées générales qui se tiendront dès les premiers jours pour consulter les gens afin de déterminer leur volonté ou non de rester en grève. Ça va être un gros débat. Et s’ils souhaitent poursuivre, il va falloir que les gens décident ce qu’ils veulent faire avec la loi 78. On la respecte ou pas ? On fait une ligne de piquetage ou pas ? »


Démocratique, oui. Mais tout aussi prêt à affronter la tempête : « Je vais me garder quelques réserves parce que je n’ai pas le moyen de prendre le pouls des membres maintenant, mais nous allons être prêts. Nous allons avoir un plan A, B et C. »


Du côté de la FECQ et de la FEUQ aussi, on affirme être prêts pour un automne chaud. Les deux associations tiennent leur congrès respectif du 10 au 12 août. Elles se réuniront pour quelques heures le 12 août afin de partager leurs conclusions et de tenter d’élaborer un plan d’attaque, tant pour la rentrée que pour les élections.


Sur Facebook, on annonce déjà une manifestation à travers le Québec pour le 12 août, à la veille de la reprise des classes aux cégeps Maisonneuve, André-Laurendeau, Ahuntsic et Marie-Victorin. « Cette loi [78] n’a pas lieu d’être, donc une journée de perturbation est organisée partout au Québec par les réseaux », écrivent les organisateurs de la manifestation. Aucune des trois organisations n’affirme être en lien avec cette manifestation. Du côté de la FECQ, on va jusqu’à la condamner : « Ce n’est pas souhaitable. Il est extrêmement important que les gens puissent s’exprimer en assemblée générale, affirme Éliane Laberge, la nouvelle présidente de la FECQ. L’idée de bloquer les portes, c’est antidémocratique. » Même son de cloche du côté de la FEUQ : « Je n’encouragerai pas les gens à y manifester, soutient Yanick Grégoire, v.p. à l’exécutif. Les assemblées générales doivent se tenir sur les campus avant de se lancer dans des mouvements de mobilisation. »

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