Crise attikamek : une rencontre doit avoir lieu à Québec

Les représentants de la nation autochtone attikamek doivent présenter aujourd’hui un projet d’entente au gouvernement du Québec lors d’une rencontre où les visions du territoire risquent encore une fois de s’entrechoquer.

En langue attikamek, « notcimik » désigne la forêt, mais signifie également « là d’où je viens », une polysémie qui traduit l’importance de la relation qu’entretient cette nation avec son territoire traditionnel, son « nitaskinan » comme elle l’appelle.


Ainsi, selon le professeur de politique forestière à l’Université Laval Luc Bouthillier, la rencontre pourrait bien se résumer en une confrontation de la « vision tas de bois » de l’industrie et de la « vision identitaire » des Attikameks, qui tentent d’obtenir une entente avec le gouvernement québécois depuis plus de 30 ans.


Les Attikameks exigent entre autres l’établissement d’une formule de cogestion du territoire et la mise en place de mécanismes de redevances sur l’exploitation des ressources naturelles.


Leur plus récent coup d’éclat est le barrage, depuis le 25 juin dernier, d’une partie des activités forestières de la compagnie Kruger et d’autres compagnies privées en bloquant le passage sur leur territoire des camions qui transportent du bois.


Selon M. Bouthillier, il s’agit là d’une sorte de cri du coeur, car les « 30 ans de patience » des Attikameks ne se sont pas « traduits par des avancées significatives », surtout en comparaison avec d’autres nations autochtones, notamment les Cris, à qui la Convention de la baie James et du Nord québécois et la Paix des Braves a permis d’importantes avancées sur le plan économique.


Pour l’instant, seules des ententes à la pièce sont conclues entre les compagnies d’exploitation forestière et les Attikameks, et ce, depuis 15 ans environ.


Il arrive donc que l’industrie accepte de discuter - parfois avec chacune des familles qui a une ligne de trappe, un territoire de chasse ou de pêche, par exemple - afin d’établir des accords mutuels pour l’exploitation.


Les compagnies n’ont aucune obligation de respecter ces accords officieux, mais elles le font, selon M. Bouthillier.


« Les Attikameks ont probablement été l’une des premières nations autochtones du Québec à tenter d’harmoniser ses usages forestiers avec ceux de l’industrie », observe le professeur, qui a consacré de nombreuses études à la situation autochtone dans la province.


« Il y a un certain apprentissage des industriels sur la perception autochtone du territoire, mais il reste que ces nombreuses années de négociations ne se sont pas traduites par des avancées significatives. La situation des Attikameks est sûrement celle qui progresse le moins au Québec. »


Depuis leurs réserves, les Attikameks, qui ont moins de 30 ans en forte majorité, sont cependant bien au fait du mode de vie québécois, cette manière de vivre « euro-américaine », comme l’appelle M. Bouthillier.


« Ils sont bien conscients du fossé qui sépare ces deux modes de vie, et ils en ont assez », observe le professeur.


« C’est pour ça qu’ils ont fini par bloquer la route. »


La Loi québécoise sur l’aménagement durable du territoire forestier de 2010 rend tout de même obligatoire la consultation et « l’accommodement » des peuples autochtones avant l’attribution d’un permis.


Selon M. Bouthillier, ces dispositions sont bien difficiles à appliquer correctement.


Les résidants des réserves attikameks de Wemotaci, Manawan et Opitciwan espèrent arriver à une entente de principe avec le gouvernement d’ici le 30 août prochain.


Entre-temps, si aucun accord n’est conclu au terme de la réunion de lundi, les blocus reprendront dès le lendemain, soit le mardi 10 juillet, ont indiqué les Attikameks.

4 commentaires
  • Denis Raymond - Inscrit 9 juillet 2012 00 h 56

    Enfin

    Content de voir qu'ils résistent. Comme je le disais déjà, la compagnie Kruger devrait investir généreusement dans l'éducation de ces gens et de négocier avant toute autre action. Le respect serait la moindre des choses.

    • France Marcotte - Abonnée 9 juillet 2012 08 h 26

      «L'éducation de ces gens»... alors que c'est eux qui auraient bien des choses à nous apprendre sur la forêt et une authentique relation à développer avec elle.

      Comme on dit: l'enfer est pavé de bonnes intentions.

    • Denis Raymond - Inscrit 9 juillet 2012 11 h 05

      ''Pieds nus sur la Terre Sacrée'' de T-C McLuhan. Bien d'accord. Quand je parle d'éducation c'est aussi ça. D'autre part, parmi cette jeunesse en devenir, il se trouverait d'excellents futurs médecins, avocats et professeurs. Faute d'argent bien souvent parmi cette jeunesse il ne peuve pas aller jusqu'au bout. Une façon de donner des services à l'intérieur de cette communauté où il y a un criant besoin de santé, tant au niveau du corps et psychologique.

  • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 9 juillet 2012 13 h 52

    un autre exemple...

    un autre exemple du manque de gestion intégrée de nos ressources. 30 ans plus tard, on conclut des accords à la pièce/cas pour chaque coupe, sans se soucier des retombées à long terme sur la vie sociale et l'environnement de ces communautés.

    Ce n'est pas seulement une pile de fric une forêt, c'est un écosystème à l'équilibre inhérent fragile. De cet équilibre dépendent la vie culturelle de ces communautés. De la qualité de leur environnement dépends la facilité d'application de leur mode de vie. À force de les ignorer, nous avons provoqué la baisse graduelle de leurs conditions de vie et une ostracisation de leurs réflexion et opinions de celles qui circulent à l'avant-scène politique.

    il serait temps de s'asseoir et de réfléchir sur les conséquences de nos actes en fonctions d'aspects sociaux et éthique et non plus seulement selon les aspects économiques. Ce n'est pas seulement une question de redevances plutôt qu'une question d'identité. L'argent ne remplacera jamais le patrimoine culturel et naturel nécessaire à la survie de ces communautés (en effet, comment pourrait-on perpétuer des traditions de chasse et de pêche dans un écosystème forestier dégradé pour les 50 prochaines années ???).

    Aussi difficile ces choix peuvent-ils sembler pour les actionnaires des compagnies, ce sont des choix qui a long terme garantiront un partenariat plus serré avec les communautés autochtones et qui au final auront des retombées positives sur la société (désignation de zones sensibles, aménagement de la récolte syvicole mieux adaptée, collaboration professionnelle entre autochtones et jamésiens, partage des connaissances, etc.).

    Jérémie Poupart Montpetit
    Étudiant au Doc. en Sc. de l'environnement