#À_suivre : Vicki Fragasso-Marquis - Y a-t-il place pour la nuance ?

Vicki Fragasso-Marquis: « Twitter est un réseau qui a tendance à faire entendre plus fort des gens qui crient déjà beaucoup. »
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Vicki Fragasso-Marquis: « Twitter est un réseau qui a tendance à faire entendre plus fort des gens qui crient déjà beaucoup. »

Influents, mais discrets. Le réseau de microclavardage Twitter a fait naître au Québec des centaines de nouveaux leaders d’opinion dont les commentaires sont suivis, relayés, débattus, critiqués, en 140 caractères, par leur masse d’abonnés. Parfois divertissantes, parfois justes et informatives, parfois sources de polémique, ces têtes pensantes prennent de plus en plus part au débat public en installant leur influence dans ces nouveaux lieux de pouvoir. Mais qui sont-elles vraiment ? Avec sa série #À_suivre, Le Devoir vous propose de partir cet été à la rencontre de dix de ces influenceurs.

C’est l’analyste des univers numériques Olivier H. Beauchesne qui l’a dit la semaine dernière : depuis le début du conflit étudiant, plus d’un demi-million de tweets ont été générés sur le réseau de microclavardage Twitter par les internautes du Québec pour commenter, alimenter, décrier, éclairer et surtout construire la contestation sociale en cours, en format 2.0.


La jeune Vicki Fragasso-Marquis, 23 ans, étudiante en sciences politiques et tête pensante en ascension dans cet espace de communication, a contribué à la formation de ce tout fait d’information à saveur sociale, politique, philosophique ou émotive. Modestement, certes, mais assidûment et surtout avec un objectif simple : apporter un peu de retenue et de nuance dans un ensemble qui par moments donnait l’impression d’en manquer.


« Ce qui se passe au Québec en ce moment est très intéressant, résume de sa voix délicate la résidante de Saint-Bruno rencontrée il y a quelques jours dans un parc du centre-ville de Montréal. Cela fait longtemps que l’on n’a pas débattu ensemble d’enjeux liés à ce que l’on appelle le modèle québécois. Remettre en question ce modèle n’est pas forcément une mauvaise chose, mais il faut accepter de faire cet exercice en évitant les raccourcis faciles, les attaques personnelles pour délit d’opinion et surtout la fermeture au débat par abus d’étiquettes. » Des travers contre lesquels celle qui se présente sur le réseau Twitter sous le pseudonyme Vicki la lune s’élève régulièrement. Ce qui n’en fait pas pour autant une rêveuse.


L’étudiante, qui travaille actuellement sur un mémoire de maîtrise portant sur l’image de Pauline Marois véhiculée par les médias, a fait son entrée sur ce réseau en 2009 à l’invitation d’un professeur de communication de l’Université de Montréal, où elle étudie. Et l’outil de communication émergent est rapidement devenu pour elle une façon de prendre part facilement, directement et efficacement au débat social en ne cherchant rien d’autre qu’à documenter son présent par petits fragments composés de 140 caractères. « Je ne veux pas verser dans le commentaire, ni trop me commettre pour ne pas être cataloguée d’un côté comme de l’autre », dit-elle en avouant que si elle devait porter un carré de couleur sur ses vêtements, en ce moment, ce carré serait forcément multicolore. « Mon influence dans le débat en cours, j’essaye de l’avoir par la documentation des questions sociales débattues, par l’échange posé et réfléchi avec d’autres abonnés, avec des journalistes, et je trouve cela plutôt stimulant. »


Issue d’une cellule familiale très politisée, un père ingénieur, une mère prof au primaire et surtout un frère enseignant, militant, plus âgé qu’elle qui l’a initiée très tôt aux vertus de la conscience sociale, Vicki Fragasso-Marquis reconnaît avoir, pour toutes ces raisons, trouvé dans Twitter une façon d’étendre son implication citoyenne en apportant dans le débat des opinions nuancées, pour contribuer à sortir des ornières idéologiques qui souvent, sur ce réseau comme ailleurs, mettent un point final à une conversation avant même qu’elle n’ait eu la chance de commencer.


« Twitter est un réseau qui a tendance à faire entendre plus fort des gens qui crient déjà beaucoup, dit-elle. Il faut faire attention. Les dernières semaines ont démontré que ce réseau pouvait induire des dérapages, mais aussi répandre dans la population des rumeurs malsaines. » Elle évoque ici, entre autres, le cas de Dan Bigras, le chanteur, qui, par l’entremise de Twitter, a contribué à faire d’un manifestant bien vivant un mort battu par la police et forcément élevé au rang de martyr par ses abonnés et les abonnés de ses abonnés. « Je ne pense pas que collectivement, nous avons assez conscience de ces risques, mais je crois aussi que les gens qui font circuler à cet endroit des informations non vérifiées vont finir par faire l’unanimité contre eux. »


Influente en devenir, lucide et modeste, Vicki Fragasso-Marquis, qui, dans sa fraîche vingtaine, se dit féministe sans être radicale, rêve de devenir journaliste, milite pour que le vote des jeunes s’amplifie à l’avenir - « Les élections, c’est le moyen le plus efficace pour sanctionner un gouvernement » -, est active sur Twitter, « pas pour y participer à un concours de popularité », dit-elle, mais pour contribuer à l’inscription de la démocratie dans un nouveau format, même si ce format ne l’est pas encore forcément… démocratique. « La société est mal représentée sur Twitter », un réseau qui attire pour le moment la frange la plus lettrée, la plus connectée, la plus urbaine de la population. « Pour cette raison, Twitter a tendance à déformer la réalité », dit-elle, et ça, « c’est à ne pas perdre de vue ».

4 commentaires
  • Marie-Claude Rivet Loto Québec - Inscrit 9 juillet 2012 06 h 30

    À rejoindre

    Je voudrais m'abonner à madade Vicky, mais je n'y parviens avec les informations incrites dans le Devoir. Quelles sont les bonnes références?

    • Simon Poirier - Abonné 9 juillet 2012 07 h 22

      Ce serait @Vickilalune pour la suivre sur twitter.

  • Marie-Andrée Larivière - Inscrite 9 juillet 2012 09 h 17

    Correction!

    @vickilalune

  • France Marcotte - Abonnée 9 juillet 2012 15 h 05

    Débattre en 140 caractères?

    Converser, débattre, cela prend de la place et aussi , il me semble, la présence physique des interlocuteurs pour tout le langage non verbal, les mimiques, les tactiques pour déstabiliser puis convaincre son interlocuteur, etc.

    «Construire la contestation sociale», modestement, en apportant son son de cloche...il me semble que c'est ce que permettent ces nouveaux moyens directs et rapides de communication.


    L'apport de Vicki Fragasso-Marquis est certainement précieux:
    «Mon influence dans le débat en cours, j’essaye de l’avoir par la documentation des questions sociales débattues...».

    Documentation, un mot qui sonne fort.