Forum de la langue française - Claude Hagège s’oppose à l’enseignement intensif de l’anglais

Spécialiste mondialement reconnu de l’enseignement des langues secondes, le linguiste français Claude Hagège, qui intervenait hier au Forum mondial de la langue française à Québec, estime que l’enseignement intensif de l’anglais en sixième année est « inacceptable ». Selon ce partisan du multilinguisme, la décision du gouvernement de Jean Charest qui devrait toucher 20 % des classes dès l’an prochain viole l’esprit de la loi 101.

« C’est une mesure absolument inacceptable parce qu’elle crée un grave danger d’américanisation des élèves québécois, dit-il. La loi 101, qui fait du français la langue unique et nationale du Québec, est violée par cette disposition. » Selon lui, l’effet sera particulièrement néfaste sur les immigrés. « L’une des raisons principales de la loi 101, c’était l’intégration des immigrés. Si les immigrés sont maintenant anglicisés, alors la loi 101 perd tout contenu. »


Claude Hagège est pourtant connu pour son plaidoyer en faveur de l’enseignement des langues secondes (Le souffle de la langue, Odile Jacob). Il estime néanmoins que, compte tenu des menaces spécifiques que l’anglais fait peser sur le français au Québec, celui-ci ne devrait pas être enseigné trop tôt. « Au Québec, l’anglais devrait être enseigné plus tard, comme n’importe quelle langue seconde, dit-il. Un enseignement plus intensif peut se concevoir dans les pays scandinaves, la Hongrie ou la Finlande, dont les langues ne sont pas parlées par d’autres que leurs nationaux. Cela se conçoit beaucoup moins pour une langue à vocation mondiale comme le français. »


Selon le linguiste, qui a fait une intervention très remarquée hier au Forum mondial de la langue française, qui réunit 1200 francophones venus des cinq continents, « le français n’a pas à se soumettre à la vocation mondiale de l’anglais puisqu’il est lui-même une langue répandue dans le monde entier. Il vient en effet en seconde position aussitôt après l’anglais, bien que loin derrière, comme langue la plus répandue du monde ».


Il y a quelques années, Claude Hagège avait déjà qualifié l’enseignement de l’anglais au Québec dès la première année du primaire de « désastre » et craint qu’elle favorise « une double incompétence linguistique ». « La diversité, ce n’est pas une seule langue internationale à vocation mondiale et dominatrice. Et cela est encore plus vrai au Québec que dans le reste du monde ! »

 

« En guerre »


Dans un discours flamboyant, avec quelques phrases en chinois, en arabe et en peul, le linguiste polyglotte ne s’est pas gêné pour secouer les participants du Forum et rompre avec ce qu’il nomme les « ronrons consensuels permanents » ou les « assises mondaines » de la Francophonie. Pour Hagège, la Francophonie est ni plus ni moins « en guerre », non pas contre l’anglais, mais contre une américanisation qui veut imposer une langue unique sous couvert de mondialisation. Selon lui, « le français n’a pas reculé, même si l’anglais progresse beaucoup plus rapidement », et il est « l’allié des autres grandes entités culturelles », comme l’hispanophonie et la lusophonie.


Pour relever ce défi, dit-il, la Francophonie doit faire pression sur les ministères de l’Éducation des pays francophones afin de les convaincre de « donner une importance accrue à la langue française et à la diversité des cultures qu’elles n’ont pas encore ». Il faut aussi, dit-il, pousser les pays francophones du Nord à « faire le maximum pour investir dans des pays francophones qui sont encore dans des situations précaires ». Car, précise-t-il, « les chiffres dont on se gargarise [80 % des francophones devraient être en Afrique en 2050], c’est agréable. Mais, ça risque de ne pas être vrai du tout ».


En terminant, le linguiste a tenu à soutenir sans réserve la lutte des étudiants québécois, dont plusieurs manifestaient hier devant le Centre des congrès de Québec. « Permettez-moi, dit le linguiste, […] de considérer que les grèves étudiantes du Québec sont une affirmation politique digne du plus grand respect et que ce sont eux, les étudiants québécois, qui tiennent entre leurs mains l’avenir de la Francophonie. »


***

Michaëlle Jean, candidate à l’OIF?

Immédiatement après qu’elle eut prononcé un long discours consensuel retraçant souvent son parcours personnel, les rumeurs d’une candidature au secrétariat général de l’OIF de l’ancienne gouverneure générale Michaëlle Jean se sont mises à bruisser dans tous les couloirs du Forum. « Ça ressemblait vraiment à un discours de candidature », nous a confié un haut responsable. « Il y a au moins 30 personnes qui m’en ont parlé », ajoute un participant bien au fait de l’OIF. Mme Jean a récemment été nommée grand témoin de la Francophonie aux Jeux olympiques de Londres. Le mandat d’Abdou Diouf vient à échéance en 2014. 

Sans démentir la rumeur, Mme Jean s’est contentée de dire : « Vous ne pensez pas qu’on devrait attendre de voir ce qui va se passer à Kinshasa ? », lieu du prochain sommet de l’OIF, en octobre. Et elle a ajouté aussitôt : « Ce que je voudrais, c’est que nous puissions [l’OIF] devenir une référence. »

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14 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 5 juillet 2012 10 h 06

    Importance de l'anglais

    Dans tous les pays, un citoyen se doit de connaitre et sa langue et l'anglais pour pouvoir communiquer avec ses concitoyens du monde.

    Les parents québécois veulent que leurs enfants soit bilingues, et se foutent de l'opinion des loloques.

    N'oublions pas que ce sont des loloques du MELS qui ont détruit l'enseignement du français au Québec avec leurs réformes farfelues..pour moi ces gens n'ont absolument aucune crédibilité.

    • Jean TURGEON - Inscrit 5 juillet 2012 14 h 05

      Et vive la science infuse !

    • Gilles Théberge - Abonné 5 juillet 2012 14 h 21

      Monsieur Michaud dit «Dans tous les pays, un citoyen se doit de connaitre et sa langue et l'anglais pour pouvoir communiquer avec ses concitoyens du monde».

      Quel discours vide de sens ! quelle balloune dans laquelle monsieur Michaud, comme d'autres aime bien s'essoufler.

      «Le monde» dont parle monsieur Michaud, il parle le Globish quand soi-disant il parle anglais. Et ça se limite à des échanges ponctuels sur des sujets précis et relativement restreints.

      Et je ne pense pas qu'en entrant chez eux le soir les Cinois se parlent en anglais entre eux entre la langue de serpent et le jarret de chien si c'est ce qu'ils mangent

      Vous essaierez d'échanger ne serait-ce que de température avec un ou une commis à la réception d'un hôtel en Chine.

      C'est pas exigeant parler de temps qu'il fait ou qu'il fera. Après que vous aurez demandé d'échanger de la monnaie ou encore d'obtenir un parapluie... essayez pour voir.

      Et c'et exactement la même chose dans la très grande majorité des pays du monde.

      Alors moi ce discours et cet argument éculé dont de plus en plus de gens prennent conscience du simplisme, je pense que ça commence à faire...

    • François Gervais - Inscrit 6 juillet 2012 13 h 55

      L'importance de l'anglais est surévaluée. Elle a surtout pour but d'imposer une langue unique au monde entier où toutes les richesses seront contrôlées par les anglo-saxxons. Dans le fond, on veut que tout le monde parle anglais afin de mieux comprendre les ordres qu'on va leur donner.

      Mais pendant que le monde donne leur argent aux anglais pour qu'ils viennent leur apprendre leur argent, pendant qu'ils essaient tant bien que mal à parler un anglais parfait, ceux-ci eux peuvent se perfectionner dans leur domaine.

      Résultat, constamment, les anglais prennent de l'avance sur nous. Et pendant que ces derniers peuvent exprimer clairement leur idée, le reste du monde eux hésite.

      Ce n'est pas pour rien que presque toutes les grandes sociétées sont dirigées par des anglo-saxxons

    • François Gervais - Inscrit 6 juillet 2012 14 h 02

      Donc, il ne s'agit par de faire la guerre à qui que ce soit mais laisser l'anglais nous donner leurs ordres chez nous et nous imposer leur langue, ça suffit.

      Dans une course, tout le monde doit partir égal. Que les anglais se forcent eux aussi pour apprendre d'autre langue. Comme ça, il n'y aura plus un aussi grand désiquilibre anglais vs le reste du monde. Qu'ils fassent des affaires eux aussi dans d'autre langue des fois, qu'ils se forcent pour exprimer leurs idées dans d'autre langue. Ils ne seront plus aussi efficace.

      LA DIVERSITÉ LINGUISTIQUE est une richesse planétaire et ne doit pas être supprimée pour la grandeur de l'impérialisme anglo-saxxon. Il n'y a aucune raison de persister à propager sur la Terre entière une seule culture, une seule valeur et les idées d'une seule nation. En cette ère de mondialisation, tout le monde a le droit d'exprimer ses idées et d'exiger que ses valeurs soient respectées et non pas exprimer les valeurs d'une seule nation comme c'est le cas présentement

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 5 juillet 2012 12 h 30

    Bravo à monsieur Hagège

    S'il y en a un qu'on devrait écouter c'est bien lui. Je suis complètement d'accord avec ses positions. Je fais remarquer que mon fils n'a jamais suivi de cours d'anglais autres que ceux prescrits dans nos écoles des années 80. Et il est parfaitement bilingue aujourd'hui, travaille pour une multinationale et étudie le japonais présentement. L'influence de l'anglais est telle partout que son apprentissage s'est fait de lui-même, sans même y penser.

  • Bernard Gervais - Inscrit 5 juillet 2012 12 h 48

    D'accord mais pas au sujet du conflit étudiant

    Tout à fait d'accord avec ce linguiste. Personnellement, je trouve que ce programme d'immersion en anglais en 6e année est superflu car, par exemple, la culture américaine - avec ses Lady Gaga, Spiderman et autres ! - est déjà omniprésente chez nous. Cela ne signifie pas pour autant, par contre, qu'il ne faut pas étudier les autres langues !

    Pour moi, un projet de loi qui reflète assez bien le côté anglophile si connu de notre cher PM. D'ailleurs, je me demande si tous ses ministres sont d'accord avec lui à ce sujet. J'ai déjà entendu, par exemple, l'ex-ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, défendre ce même projet de loi à l'Assemblée nationale. Franchement, elle m'avait donné l'impression qu'elle se sentait obligée de le faire !

    Toutefois, par ailleurs, je ne vois pas très bien le lien que fait M. Hagège entre la protection du français et le récent conflit étudiant au Québec. À ce que je sache, celui-ci a porté plutôt sur la hausse des frais de scolarité à l'université, pas sur des questions linguistique.

    Celui qui écrit ce commentaire tente de parler 5 langues !

    • Jean TURGEON - Inscrit 5 juillet 2012 14 h 22

      Bien sûr, le conflit a d'abord porté sur la hausse des frais de scolarité, mais il a rapidement débordé le cadre étudiant pour devenir plus global.

      Et puis on peut difficilement contester que les jeunes sont l'avenir... Un truisme assez lourd, il faut le dire, mais qui ne devrait pas nous amener à affirmer le contraire, tout de même.

      Enfin, il s'agit d'une opinion exprimée par un expert invité à l'occasion d'un forum justement parce qu'on désirait l'y entendre. Je trouve qu'on est de plus en plus enclin au Québec à baliser très étroitement la lilbre expression des individus.

      Celui qui vous répond en parle trois et celui dont on parle en maîtrise de très nombreuses.

  • Jacques Moreau - Inscrit 5 juillet 2012 14 h 12

    Le fruit défendu, toujours plus attrayant...

    Drôle comment, au Québec, on impose aux écoles anglophone, l'obligation d'apprendre le français, au primaire, mais que ce soit interdit pour les francophones. Semblerait qu'il y ait un effet néfaste pour les francos d'apprendre une 2ième langue trop jeune, mais les anglos n'ont pas ce problème. L'adaptation à une seconde langue est surtout une affaire d'environnement, et de besoins de connaître une seconde langue. L'anglicisation des québecois ne se fera que si l'environnement y est tout à fait propice, et qu'il devient presque impossible de mener une vie sociale en français. En attendant, pouvoir parler anglais, italien ou espagnol, est surtout un "bénéfice" culturel.

    • Philippe Landry - Inscrit 5 juillet 2012 19 h 05

      À Montréal, il faut savoir parler le français pour obtenir un bon emploi. Comment obtenir un poste de direction si on ne parle pas la langue des employés? Certes, on peut se débrouiller en étant unilingue anglais dans certain ilots du west island ou comme vendeur sur la rue Sainte-Catherine mais la vaste majorité des emplois de qualité nécessite une connaissance approfondie du français. L'inverse n'est pas vrai.

    • M b - Inscrit 6 juillet 2012 19 h 09

      M. Moreau a dit que les anglophones etudient le francais au primaire, alors ils deviennet bilingues.
      Votre commentaire n'est pas logic.

      A mon avis, c'est une lutte perdue. Quebec ne va pas changer le tendance mondial.

  • Gilles Théberge - Abonné 5 juillet 2012 14 h 36

    Michaëlle Jean, candidate à l’OIF?

    Oh là là! Vraiment les mauvaises herbes, ça pousse partout tout le temps. C'est pas facile de s'en débarasser.

    Remplacer un homme de qualité comme monsieur Diouf, par une lectrice de nouvelles qui a simplement eue la chance de servir les visées politiques de Paul Martin, c'est pratiquement remettre en question l'avenir de l'OIF.

    Tout ça au moment crucial où l'intelligence et la profondeur sont nécessaire pour franchir les prochains défis d'envergure auxquels l'OIF sera confronté dans les années qui viennent.

    Pour moi si elle devait être choisie, ce serait une mauvaise nouvelle de plus. Le plus cocasse étant qu'elle a renoncé à la citoyenneté française pour mieux s'identifier au Canada qui malgré les apparences est bel et bien dans le giron Britannique.

    Et là on voudrait lui attribuer le rôle fondamental de Secrétaire général de la francophonie ? Quelle sinistre farce!