Plan Nord - Québec étudie des projets de ports en eaux profondes

Les minières qui comptent exporter le minerai qu’elles exploiteront dans le Nord québécois à partir de ports situés sur le territoire du Plan Nord ont été entendues à Québec. Le ministère des Transports mène actuellement des études préliminaires en vue de la construction éventuelle de deux de ces ports. Des projets qui, s’ils se concrétisent, devraient permettre l’expédition directe de dizaines de milliards de dollars de minerai à l’état brut.

Un premier projet a déjà franchi certaines étapes importantes, selon ce qu’a appris Le Devoir. Il s’agirait en fait de construire un port en eaux profondes à Whapmagoostui-Kuujjuarapik, sur les rives de la baie d’Hudson. Ce village de 1500 personnes n’est pas relié par la terre ferme au reste du Québec. Le gouvernement Charest songe d’ailleurs à construire une route pour rejoindre Radisson, située environ à 250 kilomètres plus au sud.


Québec a déjà en main un « avis technique pour le projet de construction » qui a permis de repérer des sites « potentiels » pour la construction d’un port, selon ce qu’a expliqué hier le coordonnateur des opérations régionales et Plan Nord à la direction des communications du ministère des Transports du Québec (MTQ), Guillaume Lavoie. Une « évaluation des perspectives économiques » a également été réalisée. « Cette évaluation a permis de confirmer qu’il y avait une avenue intéressante pour répondre à des besoins d’expédition », a indiqué le porte-parole du ministère. Ces besoins sont directement liés au développement éventuel de projets miniers dans le secteur. Des permis d’exploration y sont d’ailleurs déjà contrôlés par des minières, puisque des potentiels en nickel, en cuivre en zinc et en or ont été trouvés.


Mais M. Lavoie a toutefois précisé qu’« un projet de cette ampleur doit nécessairement passer à travers différentes étapes ». Il faudra ainsi confirmer si oui ou non un tel projet de port, avec les coûts que cela implique, serait économiquement viable. « Il faut aller plus loin pour confirmer les opportunités », a-t-il dit. « Je n’ai pas d’échéancier à vous donner, mais c’est quelque chose qui chemine », a-t-il ajouté.


Quant au lien routier vers Radisson, M. Lavoie a dit qu’il pourrait également être utile pour le développement minier puisque les projets auraient besoin d’un « lien » pour acheminer les ressources minérales jusqu’au port. Selon lui, le port et la route sont « deux choses différentes, mais qui deviennent complémentaires ».

 

Deux ports dans l’extrême Nord?


Le gouvernement du Québec a par ailleurs entrepris les étapes préliminaires en vue d’établir un quai en eaux profondes « dans le secteur de Kuujjuaq », dans la baie d’Ungava. Fait à noter, ce projet ne figurait pas dans les documents présentés en mai 2011 lors du lancement du Plan Nord. « Même si ça n’a pas été considéré comme un des projets du Plan Nord, nous, à Transports Québec, on le considère comme un des projets reliés au développement du Plan Nord », a expliqué le porte-parole du MTQ.


Le ministère a fait produire des « avis techniques » pour trouver des « sites potentiels » pour une telle infrastructure. Selon ce qu’on peut constater dans un document du ministère présenté à la population locale plus tôt cette année, l’embouchure du fleuve Koksoak, qui se jette dans la baie d’Ungava, serait envisagée. M. Lavoie a néanmoins tenu à souligner que Québec n’en est pas à dire s’il ira de l’avant. « Il y a une évaluation des perspectives économiques à faire », notamment pour préciser les « impacts positifs » qu’une telle infrastructure pourrait avoir, par exemple pour les « besoins d’expédition ».


Chose certaine, d’énormes projets miniers sont en développement dans cette partie de l’extrême Nord québécois, qui se situe dans le secteur de la fosse du Labrador, très riche en fer. Il y a notamment le projet Otelnuk, situé à 225 kilomètres au sud de Kuujjuaq, et dont l’exploitation sera contrôlée par la multinationale chinoise Wisco. Pour le moment, les promoteurs songent plutôt à construire un chemin de fer de 850 kilomètres vers le sud, jusqu’à Sept-Îles. Mais il a déjà été question de rallier la baie d’Ungava pour exporter à l’état brut pas moins de 50 millions de tonnes de fer par année pendant près d’un siècle. La torontoise Adriana Resources, partenaire dans le projet, mène actuellement des « démarches » auprès de Québec pour obtenir de la « puissance hydroélectrique » et « le soutien financier gouvernemental ».


Oceanic Iron Ore souhaite elle aussi construire un port, celui-ci près du village d’Aupaluk, toujours sur les rives de la baie d’Ungava. Elle souhaiterait l’utiliser pour exporter 20 millions de tonnes de minerai fer par année pendant 25 ans vers l’Europe et l’Asie. Elle a d’ailleurs inscrit un total de quatre lobbyistes au registre québécois. Leur mandat est on ne peut plus clair : « Démarches effectuées afin que des infrastructures soient construites, notamment des facilités [installations] portuaires, dans le cadre du Plan Nord dans le but de concrétiser un projet minier d’importance dans le nord du Québec. » Dans un document présenté aux investisseurs, la minière indique que son projet est conforme « aux investissements d’infrastructures en vertu du Plan Nord » des libéraux.


« Ça prend du culot », a déjà dit au Devoir l’ancien premier ministre Jacques Parizeau, au sujet des « démarches » d’Oceanic Iron Ore. « Et soit dit en passant, dans le Plan Nord, il n’y a aucune identification de ce port en eau profonde. Si le gouvernement commence à négocier pour l’implantation d’un port qui n’était pas précisé dans le Plan Nord, on ouvre la porte à toutes sortes de négociations. »


Selon la minière, ce port pourrait être utilisé toute l’année en ayant recours à des brise-glace pour permettre aux énormes navires de transport d’accéder à un secteur qui n’est présentement pas bouleversé par une activité industrielle lourde. Oceanic Iron Ore est aussi en pourparlers avec Hydro-Québec pour obtenir une ligne de transmission de 800 kilomètres.

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