Le père de la doctrine Gérin-Lajoie n’est plus

André Patry
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir André Patry

C’est lui qui a conçu et rédigé le célèbre discours que prononça le ministre Paul Gérin-Lajoie le 12 avril 1965 devant le corps diplomatique. Pour la première fois, un ministre québécois affirmait sans détour que le Québec pouvait agir à l’étranger dans ses domaines de compétence sans surveillance ni contrôle d’Ottawa. Une affirmation qui fut vite entérinée par le premier ministre Jean Lesage, mais qui souleva rapidement la colère du ministre des Affaires étrangères à Ottawa, Mitchell Sharp. Ce discours a depuis guidé toutes les relations internationales du Québec.

Toute sa vie, ce polyglotte d’une culture encyclopédique aura eu l’ambition d’affirmer la personnalité internationale du Québec. Étudiant au Petit Séminaire de Québec, il entretenait déjà des rapports épistolaires avec plusieurs diplomates étrangers. « Dès les années 30, j’ai formé le voeu que le Québec soit représenté à l’étranger », nous avait-il confié l’an dernier. À 23 ans, traducteur à la première conférence de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, il convainquit l’ambassadeur du Honduras à Washington d’intervenir à la radio en faveur de l’ouverture à Québec du siège permanent de l’organisation. En 1954, il était déjà présent lors de la première visite d’un président français à Québec, celle de Vincent Auriol.

 

« État du Québec »

À titre de chef du protocole à Expo 67, il a accueilli une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement et en profita pour éliminer discrètement certains symboles coloniaux. C’est lui qui fit disparaître la « province » des documents officiels. Il préférait parler de l'« État du Québec ». Le grand moment de sa carrière fut probablement la visite du général de Gaulle, en 1967, qu’il accompagna de Québec à Montréal. Un « moment exceptionnel » dont il disait pourtant ne pas « se faire une gloire ». André Patry fut un « nationaliste qui lutta pour un Québec souverain dans les domaines de sa compétence », a écrit son biographe Robert Aird (André Patry, ou la vie d’un technocrate de génie, VLB).

Cet homme à la plume alerte a signé des chroniques internationales dans L’Action catholique, le Nouveau Journal et Le Devoir. Son livre, Le Québec dans le monde, 1960-1980 (Typo), reste une référence incontournable concernant les relations internationales du Québec. On sait moins que le premier livre en prose que publia le poète et éditeur Gaston Miron, en 1956 aux éditions de l’Hexagone, fut un ouvrage d’André Patry. Visages d’André Malraux porte sur l’auteur de La condition humaine qu’il avait rencontré à Paris.

Dans les dernières années de sa vie, André Patry était toujours discrètement consulté par d’influents membres de l’élite politique québécoise. L’an dernier, il nous avait confié sa déception de voir moins de passion dans les relations unissant le Québec à la France. « C’est le Québec qui s’est détaché de la France après s’en être rapproché », disait-il. En grand technocrate, André Patry aimait rester dans l’ombre. « J’ai été au fond une espèce de pionnier. Mais, dès que j’avais le sentiment que ça intéressait les gens, je leur cédais le dossier et je passais à autre chose », dit-il.

Cet homme plein de délicatesse aura poussé jusqu’à ses limites les compétences québécoises au sein du Canada. Il jugeait néanmoins le Québec sans complaisance. En 1978, dans une lettre à Claude Ryan, il affirmait qu’il ne fallait « jamais condamner catégoriquement l’idée de souveraineté : elle pourrait être, dans notre cas, le préalable à une maturation politique et sociale qui, à mon avis, nous fait grandement défaut ».

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2 commentaires
  • Claude Lemire - Abonné 4 juillet 2012 17 h 50

    biographie d'André Patry

    Le sous-titre que vous donné de la biographie signé Robert Aird me semble erroné: ce serait plutôt : André Patry et la présence du Québec dans le monde / Robert Aird.

  • Mathieu Jacques - Inscrit 5 juillet 2012 09 h 10

    Cette article contient une erreur, André Patry est né le 15 juin 1923 et est décédé à l'âge de 89 ans. C'est ce que dit sa biographie.