Jean Charest pris entre deux feux

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	Le consensus dans les milieux politiques à Québec veut que le chef libéral, Jean Charest, joue son va-tout cet été.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Le consensus dans les milieux politiques à Québec veut que le chef libéral, Jean Charest, joue son va-tout cet été.

Tous les partis fourbissent leurs armes en vue d’une campagne déclenchée à la mi-août pour une élection générale le lundi 17 septembre. Drôle de coïncidence, mais tellement commode pour Jean Charest, la juge France Charbonneau a ajourné les audiences publiques de sa Commission d’enquête sur la corruption et la collusion jusqu’à ce même lundi. L’élection pourra donc avoir lieu sans que des révélations émanant de la commission ne viennent perturber le plan de match des libéraux. Si l’élection avait lieu après cette date, ce serait une autre histoire. C’est pour ça que le consensus dans les milieux politiques à Québec veut que le chef libéral joue son va-tout cet été.

C’en est devenu gênant : chaque fois que l’UPAC fait un coup de filet, l’unité ramasse un libéral notoire. Jeudi, c’était l’entrepreneur Gaëtan Paradis, un organisateur libéral qui, de surcroît, a tenu chez lui une soirée privée de financement à laquelle participait Jean Charest. En avril, c’était le « bénévole de l’année » décoré de la main de Jean Charest, Louis-Georges Boudreault, épinglé en même temps que l’entrepreneur Normand Trudel qui, tout comme Gaëtan Paradis, a accueilli chez lui le chef libéral pour un cocktail de financement.
 
Il y a tout lieu de croire qu’il en sera de même lorsque la commission Charbonneau, au-delà du portrait, accablant mais général, brossé par le justicier Jacques Duchesneau, se penchera sur des cas particuliers, avec des noms et des dates. Quand Jean Charest affirme qu’il a 18 mois pour déclencher des élections, c’est vrai, mais seulement s’il accepte de baigner dans les relents de collusion et de corruption que dégageront à coup sûr les audiences publiques de la commission Charbonneau, sans parler des risques de révélations impliquant directement des libéraux.
 
Bref, ce n’est pas pour rien que Jean Charest a refusé pendant deux ans et demi, malgré le tort politique que cela lui causait, de tenir une commission d’enquête publique sur l’industrie de la construction. Chaque semaine d’audiences de la commission Charbonneau est une mauvaise semaine pour les libéraux.
 
Pour dissiper les rumeurs d’une élection ce printemps, l’attaché de presse du premier ministre, Hugo D’Amours, avait eu ce mot : une armée qui se prépare à passer à l’offensive fait du bruit. Si l’armée était plutôt silencieuse au plus fort de la crise étudiante il y a quelques semaines, ce n’est plus le cas.
 
Il y a eu cette copie du diaporama électronique (Powerpoint) qui est malencontreusement tombée entre les mains du Parti québécois. La nature de ce document, intitulé Ballot question, qui a servi à l’exposé présenté aux députés et aux apparatchiks libéraux le 6 juin au Palais Montcalm, ne fait aucun doute : il s’agit bel et bien de l’argumentaire électoral du Parti libéral, non pas pour un scrutin dans 6, 12 ou 18 mois, mais pour l’élection du 17 septembre.
 
Il y a aussi cette publicité à la télévision et sur le Web que s’est payée le Parti libéral. Jean Charest y apparaît blanc comme neige. Un message paradoxal où il explique pourquoi il est impopulaire, où il dit qu’il fait « le choix de la responsabilité ». Le chroniqueur du quotidien The Gazette Don Macpherson a vu dans cette prestation le « fantôme de Jean Charest », d’autres y verront un ange, une sorte de chérubin dodu qui nous entretient de politique. « Être premier ministre du Québec, ce n’est pas un concours de popularité », affirme-t-il. Mais être le chef d’un parti politique qui cherche à se faire réélire, c’en est un.
 
Sur YouTube, le message du premier ministre avait été vu 87 000 fois hier, c’est six fois moins que le demi-million de visionnements des parodies loufoques du même message.
 
Tout ne baigne pas dans l’huile dans le camp libéral. Jean Charest a exercé de fortes pressions sur ses députés les plus âgés pour qu’ils se représentent. Le vétéran Yvon Vallières a décidé de passer outre et d’annoncer qu’il ne sera pas de la prochaine campagne. Monique-Gagnon Tremblay et Julie Boulet sont en réflexion. Cette insistance du chef libéral est le signe que le parti éprouve des problèmes de recrutement.
 
La perte du bastion libéral d’Argenteuil est un coup dur. L’organisateur en chef Karl Blackburn ne fait pas l’unanimité. On souligne que c’est lui qui a décidé que le chef livrerait son message dans Argenteuil le soir des élections partielles plutôt que dans LaFontaine. En décembre, lors de l’élection partielle dans Bonaventure, une circonscription que les libéraux ont conservée, les militants avaient enjoint à Karl Blackburn de rester chez lui pour s’occuper eux-mêmes de l’élection du candidat Damien Arsenault.
 
En revanche, Jean Charest, qui a pris pour seule cible le PQ de Pauline Marois, table sur la polarisation autour du conflit étudiant pour s’imposer. Au désordre et à la turbulence que peut inspirer le PQ, le chef libéral oppose la stabilité, la loi et l’ordre.
 
De son côté, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a diffusé un message, sans que ce soit une réplique à la publicité du chef libéral, qui misait sur l’unité, la fierté. « Les jeunes nous ont rappelé que le monde change. Huit millions d’hommes et de femmes se questionnent sur notre avenir », dit-elle.
 
L’optimisme règne au PQ, tout un contraste avec l’implosion appréhendée d’il y a un an. Les péquistes croient en leurs chances ; députés et militants sont gonflés à bloc.
 
Les péquistes ne tiennent toutefois rien pour acquis. D’une part, ils admettent que le Parti libéral a gagné des points en raison du conflit étudiant. Pauline Marois n’arbore plus le carré rouge après s’être associée, comme la plupart de ses députés, à un mouvement qu’elle ne contrôle pas. Mais ses conseillers comptent sur le fait que le PQ pourrait rallier la plupart des électeurs qui en ont marre de Jean Charest, un sentiment qui les poussera à aller voter en masse pour se « libérer des libéraux ». S’il y a un enjeu à ces élections, c’est bien celui-là, croient-ils. « Ça existe, le vote utile », a-t-on fait remarquer.
 
Le chemin vers une victoire péquiste est semé d’impondérables. Ainsi, si les élections sont déclenchées à la mi-août, cela coïncidera avec la rentrée dans les cégeps des étudiants qui étaient en grève. Des votes de grève seront tenus, la loi 78 pourrait être appliquée, la violence pourrait éclater. Au bénéfice peut-être du parti de la loi et de l’ordre, craignent les stratèges péquistes.
 
De même, grâce à la loi 78, toute manifestation de plus de 50 personnes qui se retrouverait sur le chemin de Jean Charest durant la campagne électorale pourrait être déclarée illégale. L’entourage du chef libéral n’a qu’à dévoiler l’itinéraire à la dernière minute ; les manifestants ne pourront pas prévenir la police de leurs intentions huit heures à l‘avance, comme le veut la loi.
 
Quant à la Coalition avenir Québec, elle nage dans « le brouillard » et elle a un problème de notoriété, selon François Legault. On compte sur la grogne envers les vieux partis. On note qu’il y a beaucoup d’indécis et que le contexte politique est « volatil ». Mais pour que la CAQ décolle, il faudrait une vague similaire à celle qui a permis au Nouveau Parti démocratique de terrasser le Bloc québécois.
 
Rien n’est joué. Les enquêtes d’opinion vont se succéder d’ici le mois d’août. Si les chiffres sont mauvais, Jean Charest n’ira pas à l’abattoir, assure-t-on. Or, dans l’hypothèse où il reporterait les élections, sa situation pourrait devenir intenable : l’establishment qui l’a placé à la tête du Parti libéral en 1998 pourrait miser sur un autre cheval, a-t-on confié. Le chef libéral est pris ente deux feux.
22 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 23 juin 2012 02 h 35

    Pourquoi pas un nouveau “Coup de la Brink's” ?

    Si les stratèges politiques, qui se démènent déjà à Québec et à Ottawa pour contrer le spectre du “séparatisme” surgissant à la faveur d’une possible élection du PQ, venaient à manquer d’imagination, il pourraient toujours penser à une version renouvelée du “Coup de la Brink's” (une brillante opération montée lors des élections québécoises de 1970; (*)), histoire de créer de l’insécurité économique chez les citoyens, pour ajouter une autre couche à la peur que l’on a politiquement et médiatiquement construite dans le contexte de la crise étudiante !

    Le Devoir nous rappelait il y a quelques temps que, lors des élections de 1970, des «accusations hystériques de propensions révolutionnaires et dictatoriales, voire de communisme, d'anarchisme et de terrorisme» (*) avaient étées portées contre le PQ.

    Il suffirait peut-être de quelques comédiens, bénévoles ou employés de quelque officine, pour donner corps et esprit de corps aux très imaginaires «Forces armées révolutionnaires du Québec», qui ont récemment fait diversion avec des enveloppes brunes différentes de celles que l’on dit être en usage dans certains milieux.

    Les commanditaires du néolibéralisme sauront-ils se préserver de l’infamie qui résulterait de tels coups bas ? On peut naïvement l’espérer, mais n’est-ce pas faire preuve de réalisme que de s’attendre à des entreprises peu honorables …

    À propos d’hypothèses qui pourraient nous mener hors d’une éthique bien comprise des institutions étatiques, on attend toujours des explications relativement à la présence du SCRS lors des événements de Victoriaville, fait rapporté par le Journal de Montréal.

    Yves Claudé

    (*) http://www.ledevoir.com/politique/quebec/287902/le

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 23 juin 2012 18 h 55

      Sur la photo, M Charest apparaît comme un homme traqué.

      Comme un vieille casserole, il va bientôt être jeté aux rebuts.

  • Yves Côté - Abonné 23 juin 2012 04 h 20

    Travaillons ...

    "Travaillons !", c'est le seul appel et slogan qui vaille selon moi pour les forces d'opposition anti-libéro-charettales ...
    Cet été : pas de vacances .
    On se reposera en ayant la certitude morale de faire quelque chose pour notre peuple, notre nation . D'avoir la conscience en paix et la certitude de faire tout pour s'unir afin d'assainir nos jours futurs, cela vaut bien des jours de grasse matinée .
    Ca fait plus de quinze ans qu'on s'est installé dans un long congé, cet été-ci doit être la deuxième saison de notre remise en route . La première ayant été celle de nos jeunes qui nous ont réveillés à force de se tenir debout et de frapper sur des casseroles dans nos rues .
    Les partis politiques d'opposition doivent se rassembler dans une large union électorale ?
    Qu'ils le fassent . En commençant bien sûr par le trop orgueilleux PQ . S'ils ne le font pas et qu'ils préfèrent vivre un été pépère et confortable, chacun dans leur coin, ils verront de quel bois le peuple du Québec se chauffe ! De leur ignorance et de leur aveuglement, ils se perdront ensuite dans un questionnement aussi boiteux que suicidaire pour eux . Tel le fait tristement encore aujourd'hui ceux du Bloc Québécois ...
    Accrochés à leurs grandes certitudes, ils n'ont toujours rien compris du coup électoral encaissé .
    A mon avis, trop de ses dirigeants doivent se contenter d'avoir des jardiniers et des femmes de ménage . S'ils ont vraiment à coeur de comprendre ce qui leur arrive, peut-être faudrait-il qu'ils leur poses des question là-dessus ? Et qu'ils écoutent attentivement ce qu'ils ont à dire .
    Sans les interrompre .
    Ils entendront peut-être leurs propres pères, mères, tantes, oncles, grands parents leur parler au creux de l'oreille ?
    Cet été, quiconque veut que son pays change bientôt de direction doit y mettre ses énergies et sans attendre . C'est le prix à payer, j'en suis convaincu .
    L'êtes-vous, vous aussi ?
    Si oui, crachons nous dans les mains et en avant .

    Vive le Québec libre !

    • Réal Nadeau - Inscrit 26 juin 2012 11 h 25

      Vous êtes réaliste. Bravo!

  • Michel Miclot - Inscrit 23 juin 2012 04 h 53

    Stratégie imbécile

    Dresser des sacs de sable devant un tsunami, c'est une perte de temps.certains libéraux l'ont compris mais pas Charest ou du moins ceux qui le manipulent. Conseils aux libéraux, déménagez avec vos avoirs vers les paradis fiscaux et judiciaires.

  • François Dugal - Inscrit 23 juin 2012 08 h 00

    Le grand Art

    Il ne faut pas non plus oublier la «performance» de Me Estelle Tremblay qui permet au PQ d'atteindre des sommets insoupçonnés dans l'art de se tirer dans le pied. Ce parti montre ainsi au grand jour l'ampleur de so «talent».

  • Solange Bolduc - Inscrite 23 juin 2012 08 h 02

    Le ministre Bachand , porte-étendard de la mauvaise foi du gouvernement Charest

    C'est le ministre Bachand qui fait le "sale " travail de Jean Charest en mettant son grain de sel chaque fois qu'il se passe quelque chose au sujet du conflit étudiant. Hier, il disait que tant que la CLASSE conservra l'idée de la gratuité scolaire qu'il n'y aura pas de négociation. Il tape sur la tête d'une seule association étudiante pour ne pas avoir à négocier.

    Et pourtant , la CLASSE a bien dit, hier encore, qu'elle était prête à négocier avec le gouvernement pour régler cette crise, et que, tant qu'à la gratuité scolaire, c'est un objectif à long terme.

    C'est là que l'on s'aperçoit qu'il y a mauvaise foi de la part du gouvernement, se montrant sourd à ce qu'il ne veut entendre pour prolonger ce conflit à son avantage.