Commission Charbonneau - Des «peccadilles» pour conclure les travaux

La commission Charbonneau a ajourné ses audiences publiques jusqu’au 17 septembre prochain, mais pas avant que Jacques Duchesneau ne décoche une dernière flèche au gouvernement.

M. Duchesneau s’est dit désolé que l’avocat du procureur général, Benoît Boucher, se soit attardé à des « peccadilles » hierdans ses questions. Le contre-interrogatoire de Me Boucher a porté essentiellement sur le contrat de Jacques Duchesneau, sur son mandat, l’indépendance administrative de l’Unité anticollusion (UAC) et les ressources mises à sa disposition.


L’ex-directeur de l’UAC aurait préféré parler de collusion avec un représentant de Québec. « On vous a pointé la collusion et ce que vous regardez, c’est mon doigt, et non pas où on devrait aller », a dit M. Duchesneau. La remarque n’est pas sans rappeler un vieux proverbe chinois : « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. »


Me Boucher n’a pas voulu expliquer sa théorie de la cause aux médias. La Commission aura compris où il voulait en venir, s’est-il borné à dire à sa sortie de la salle d’audience.


Me Boucher n’a posé aucune question sur la collusion et la corruption sur les chantiers. Il s’est peu intéressé au rapport de l’UAC, sinon pour poser deux questions à l’enquêteur Martin Morin sur des inexactitudes et imprécisions.


Il a questionné Jacques Duchesneau sur son utilisation des bureaux du sous-ministre des Transports, à Montréal, et sur les trois véhicules mis à la disposition des 14 enquêteurs de l’UAC. Il a même relevé que les enquêteurs de l’UAC avaient eu accès à une salle de bains et à une cuisine dans les bureaux du sous-ministre en question, Michel Boivin.


En conséquence, Jacques Duchesneau ne pouvait pas dire qu’il avait « squatté » les bureaux du sous-ministre. L’avocat cherchait essentiellement à mettre en preuve que les difficultés décrites par M. Duchesneau dans les trois premiers mois de son mandat étaient purement administratives et qu’elles avaient été réglées à sa satisfaction.


« J’ai de la difficulté à vous suivre », a lancé la présidente de la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (CEIC), France Charbonneau.


Jacques Duchesneau s’est montré plus cinglant. « J’ai répondu aux questions ; si vous n’aimez pas les réponses, c’est pas mon problème », a-t-il dit sur un ton cassant à Me Boucher.


Retour sur l’investissement


M. Duchesneau s’est impatienté à quelques reprises durant son contre-interrogatoire, mais il n’a pas perdu son sens de la repartie. « Bien honnêtement, pendant 18 mois, on a géré la pauvreté. On a coûté moins de deux millions et on a fait sauver 357 millions », a-t-il dit. C’est un excellent retour sur l’investissement, estime-t-il.


La commission Charbonneau a ajourné ses travaux jusqu’à l’automne au terme de cet échange corsé entre Me Boucher et M. Duchesneau. Les enquêteurs ne resteront pas inactifs cet été ; ils poursuivront leur travail de collecte et d’analyse de la preuve en compagnie des procureurs de la Commission. Une pièce du puzzle restera manquante : la liste des 200 entreprises sur lesquelles l’Unité anticollusion a enquêté sous la direction de Jacques Duchesneau restera confidentielle. Des enquêtes de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sont toujours en cours à leur sujet.


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L’avocate désavouée

La chef du Parti québécois (PQ), Pauline Marois, a désavoué hier l’avocate de la formation, qui a attaqué la crédibilité de Jacques Duchesneau à la commission Charbonneau.
 

Estelle Tremblay est « allée un petit peu loin » et elle devra modérer ses ardeurs, a fait savoir Mme Marois. L’avocate du PQ n’avait pas pour mandat de s’attaquer à la crédibilité de Jacques Duchesneau, a-t-elle précisé en point de presse.
 

L’attaque frontale de Me Tremblay contre Jacques Duchesneau, mercredi, en a surpris plus d’un dans les cercles péquistes. Dans ses vaines tentatives pour obtenir le rapport secret de M. Duchesneau sur le financement illégal des partis, Me Tremblay a soutenu que celui-ci s’est discrédité en s’improvisant enquêteur, sans autorisation, après son renvoi de l’Unité anticollusion à l’automne 2011.
 

Le PQ rejette du revers de la main les conclusions de ce rapport voulant que 70 % du financement des partis politiques au Québec soit illégal. Mme Marois reproche à M. Duchesneau « de mettre tous les partis dans le même panier ». 

(D’après la Presse canadienne)

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