Un cinquième libéral dans la mire de l’UPAC

Hier, le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, notait que l’opération « Grattoir » menée à Saint-Jean-sur-Richelieu et les environs laissait entrevoir un certain mode de fonctionnement pour profiter des contrats publics qui pourrait avoir des ramifications plus larges.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Hier, le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, notait que l’opération « Grattoir » menée à Saint-Jean-sur-Richelieu et les environs laissait entrevoir un certain mode de fonctionnement pour profiter des contrats publics qui pourrait avoir des ramifications plus larges.

Une nouvelle série d’arrestations menées hier par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) braque les projecteurs sur un entrepreneur en construction de Saint-Jean-sur-Richelieu qui fait également de l’organisation politique pour les libéraux de Jean Charest. Il s’agit d’un cinquième libéral notoire, organisateur, collecteur de fonds ou ancien conseiller politique, à être plongé dans des dossiers criminels.

Hier, Gaëtan Paradis, propriétaire de l’entreprise Construction GCP dont le site Internet souligne que l’entreprise « redéfinit l’appellation d’entrepreneur général », a été arrêté et accusé de collusion. En effet, il aurait conclu une entente avec d’autres entrepreneurs afin de faire augmenter le prix de contrats publics et d’éliminer la concurrence. La fraude atteindrait 1 million de dollars aux dépens de la Ville de Saint-Jean-sur-Richelieu et des municipalités de Carignan, Henryville et Lacolle.


Selon l’hebdomadaire Le Canada français, M. Paradis n’est pas seulement un homme d’affaires. Il met la main à la pâte lors des batailles électorales. Ce fut notamment le cas en 2003 lors de l’accession au pouvoir de Jean Charest. Le 18 juin 2003, Le Canada français rapportait que M. Paradis avait organisé, quelques jours plus tôt, une soirée privée de financement à sa résidence où le nouveau premier ministre s’est rendu. M. Paradis se réjouissait alors de l’événement, le deuxième du genre qu’il orchestrait et auquel Jean Charest participait.


Le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Gilles Dolbec, qui avait été candidat libéral défait en 1998, s’est également rendu à cette soirée de financement. Dans l’article de 2003, le maire Dolbec déclarait que l’événement avait permis de sensibiliser M. Charest à certaines priorités régionales, dont le parachèvement de l’autoroute 35.


En avril dernier, l’UPAC procédait à des arrestations liées au dossier de fraude et de corruption dans la région de Mascouche. Un pilier du Parti libéral du Québec, Louis-Georges Boudreault, a alors été arrêté et accusé d’abus de confiance et de participation à une infraction. M. Boudreault agit comme organisateur et collecteur de fonds pour le PLQ et de nombreux partis municipaux. Sa feuille de route compte 50 ans de loyaux services. Son « engagement exceptionnel » a d’ailleurs été couronné par M. Charest en 2010.


En mai dernier, l’UPAC a mis la main au collet de l’entrepreneur Normand Trudel, propriétaire de Transport et Excavation Mascouche, qui fait face à six chefs d’accusation pour avoir faussé l’octroi de contrats publics. Au printemps 2008, quelques mois avant la tenue de l’élection générale qui a donné un troisième mandat à Jean Charest, Normand Trudel a organisé un cocktail de financement pour le PLQ. Jean Charest était l’invité d’honneur de l’événement, qui s’est déroulé à la résidence de M. Trudel et qui a permis d’amasser 100 000 $ pour le trésor de guerre libéral.


Outre ces trois partisans bénévoles, l’UPAC a également arrêté le mois dernier Bernard Trépanier relativement au dossier du Faubourg Contrecoeur. M. Trépanier est surnommé Monsieur 3 % parce qu’il aurait empoché au nom du parti du maire Gérald Tremblay, Union Montréal, une commission de 3 % sur les contrats accordés par la Ville de Montréal. Bernard Trépanier était responsable du financement d’Union Montréal au moment des faits reprochés. Il est accusé notamment de fraude et de complot.


Dans le même dossier, l’UPAC a arrêté Martial Fillion, qui dirigeait la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM). M. Fillion a travaillé aux côtés de Robert Bourassa et a dirigé le cabinet du ministre Claude Ryan lorsque ce dernier était aux Affaires municipales et à la Sécurité publique. Par la suite, M. Fillion a rejoint son ami Gérald Tremblay afin de l’aider à se hisser dans le fauteuil du maire de Montréal. M. Fillion a participé à la rédaction du premier programme politique du parti d’Union Montréal (à l’époque, l’Union des citoyens et des citoyennes de l’île de Montréal). Il a aussi contribué à convaincre les maires de banlieue, dont le maire de Saint-Léonard, Frank Zampino, de se joindre à cette nouvelle équipe. M. Zampino aura été le bras droit de Gérald Tremblay pendant sept ans. Il est aujourd’hui accusé de fraude pour sa participation présumée dans le scandale de Contrecoeur.


Modus operandi


Ce portrait qui écorche les libéraux ne tient pas compte des contributeurs à la caisse électorale du PLQ au nombre des personnes arrêtées par l’UPAC (ou, précédemment, par son escouade Marteau) depuis 2011. C’est notamment le cas de la vice-présidente de la firme de génie-conseil Roche, France Michaud, qui aurait participé à un système de corruption pour l’octroi de contrats à la Ville de Boisbriand. Mme Michaud a versé près de 12 000 $ au PLQ entre 1998 et 2009. Lino Zambito et son père, Giuseppe, de la compagnie Infrabec, ont contribué, avec leurs conjointes, à la caisse libérale pour quelque 43 000 $ depuis la fin des années 1990. Les convictions libérales sont également présentes chez Paolo Catania, dont la firme Catania est visée dans le scandale Contrecoeur.


Hier, le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, notait que l’opération « Grattoir » menée à Saint-Jean-sur-Richelieu et les environs laissait entrevoir un certain mode de fonctionnement pour profiter des contrats publics qui pourrait avoir des ramifications plus larges. « Plusieurs enquêtes sont en cours », a dit M. Lafrenière, avant d’ajouter : « On a de l’eau au moulin. »


À Saint-Jean-sur-Richelieu, c’est un réseau de collusion qui a été démantelé par l’UPAC en collaboration avec le Bureau de la concurrence du Canada (BCC) : 77 chefs d’accusations sont portés contre 11 personnes et 9 entreprises.


Deux fonctionnaires de Saint-Jean-sur-Richelieu, l’ingénieur Thierry Garcia et Jacques Vallières, qui compte plus de 30 ans de service à la municipalité, auraient fourni des informations à des entrepreneurs de la région lors du lancement d’appels d’offres publics. En échange, les deux hommes auraient reçu de « multiples cadeaux », dont des travaux de terrassement, des billets pour divers spectacles et des repas au restaurant.


Le directeur général de la Ville, Daniel Desroches, a ouvert hier une enquête administrative sur le travail des deux employés cadres qui pourraient être suspendus avec salaire durant les procédures. « On prend ça très au sérieux », a affirmé M. Desroches, qui assure n’avoir jamais été alerté.


Le chef de cabinet du maire Dolbec, Sylvain Latour, a reconnu que tout cela n’était pas très bon pour l’image de Saint-Jean-sur-Richelieu. Il a également dit n’avoir aucune raison de croire que des élus pourraient avoir été impliqués dans ce cartel. De son côté, la police s’est bornée à dire qu’« au moment où on se parle », il n’en est pas question. On ajoute toutefois que des informations supplémentaires pourraient ressortir des interrogatoires des personnes arrêtées.


Les neuf personnes ont été relâchées au cours de la journée et devront comparaître devant le tribunal le 7 septembre prochain.

 

Contrats de 20 millions


Huit contrats totalisant quelque 20 millions de dollars sont à l’origine de l’enquête policière. Les contrats concernaient notamment les usines de filtration et de pompage de Saint-Jean-sur-Richelieu, l’usine d’eau potable de Carignan, le réseau d’aqueduc de Lacolle, ainsi que la réfection des infrastructures routières à Henryville. L’UPAC et le BCC estiment que la collusion des entreprises, dont Carrière Bernier, CIV-BEC et P. Baillargeon, aurait entraîné des coûts supplémentaires de 25 à 30 % de plus que prévu. La police soutient toutefois n’avoir suffisamment de preuves que pour une somme de 1 million.


Il est allégué que les entrepreneurs s’entendaient entre eux pour éliminer la concurrence (à force de menaces ou de cadeaux) et ainsi faire grimper leurs profits. Les faits se seraient déroulés entre 2007 et 2010.

25 commentaires
  • Normand Bélair-Plessis - Abonné 22 juin 2012 00 h 16

    Trop long!

    On devrait commencer, tout de suite, en haut de la pyramide et cogner à la porte de Sagard...

    • Michel Miclot - Inscrit 22 juin 2012 07 h 59

      Accuser les Desmarais et Accurso est un peu inutile, ce sont des gens d'affaires ordinaires, avec peu de morale si ce n'est de faire de l'argent à tout prix, rappeelz-vous De Lorean qui trafiquait de la drogue pour financer sa compagnie. Par contre les politiciens sont les grands coupables car eux ont fait serment de servir leurs électeurs et d'agir honnêtement.

    • Marc Bégin - Inscrit 22 juin 2012 10 h 21

      Tiens,tiens,on a déjà assez de subir la justice à deux vitesses sans la prendre pour acquis par habitude.La banaliser sert à la promouvoir.

  • jacques lecuyer - Inscrit 22 juin 2012 00 h 23

    Explication cher honorable premier monistre

    Au lieu de demander des explications à Legault et Dumont, pourriez-vous nous expliquer ces scandales à répétition.

  • Gilles Théberge - Abonné 22 juin 2012 00 h 59

    Pourtant

    Comme dit Jean charest, le parti libéral est blanc comme neige. Elle est bien bonne!

    Étrange parce que la plupart des scandales qui éclatent semblent mettre en scène des libéraux qui s'affichent ou qui sont reconnus comme tels.

    Ce sont des organisateurs ou des collecteurs de fonds. Et comme par hasard ils se voient octroyer de plantureux contrats publics.

    Oui, vraiment très étrange vous trouvez pas ?

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 24 juin 2012 10 h 27

      Oui! blanc comme neige.
      Aujourd'hui la neige est blanche grise à cause de la pollution.
      Le parti de John james Charest est blanc gris à cause de la corruption.

  • Gabrielle K. Laflamme - Inscrite 22 juin 2012 01 h 12

    PLQ = corruption

    et on le dit depuis plusieurs années...
    Quoi de plus évident que le PLQ est rongé jusqu'à l'os par la corruption ?
    et dire que Charest essaie encore de tromper le peuple en accusant le PQ de soutenir la violence et le désordre social....
    C'est le temps comme peuple de se tenir et de se débarrasser de cette plaie dont je ne peux plus supporter la présence et l'image...
    C'est en votant pour le PQ aux prochaines élections qu'on y parviendra et non pas en dilapidant nos votes à 3 ou 4 partis indépendantistes. C'est ce que Charest souhaiterait... Il ne faut pas jouer son jeu, sinon on l'aura encore pour les 5 prochaines années... Quel enfer, quel désordre social nous attend... Si ça arrive, je mets la "switch à off" et oubliez-moi...

  • Jacques Morissette - Abonné 22 juin 2012 05 h 41

    Le parti Libéral et peut-être aussi le PQ si on prenait le temps de fouiller; si ces rumeurs s'avéraient vrais.

    Il y a certaines gens honnêtes parmi les députés du parti Libéral. Comment ils vivent ce genre d'épreuve, comment ils gardent le cap sans broncher. Depuis le temps où on parle de ces choses, en arrivent-ils à continuer de penser naïvement que tout cela n'est que rumeurs? Sont-ils rendus à un point de non-retour qui fait que parti Libéral est devenu une religion pour eux?

    Il en serait peut-être ainsi si on parlait du PQ. Je vois ces deux vieux partis politiques comme étant les deux faces d'une même médaille. Je dis "médaille" bien volontairement. Du fait que le Québec a été un temps le château fort d'une religion. Me semble que tout ce beau monde devraient allumer un peu plus, tonnerre de brest.

    • Normand Carrier - Abonné 22 juin 2012 07 h 32

      C'est la différence entre des accusations portées contre des libéraux qui ont aussi droit a la présomption d'innocence mais avouons que cela regarde très mal et des rumeurs qui n'ont aucun fondements juridiques concernant le PQ .....Lorsque les accusations et les preuves seront apportés concernant le PQ , les électeurs seront en mesure de juger mais entre temps cette opération s'appelle du salissage ...........

    • André Bissonnette - Abonné 22 juin 2012 08 h 21

      Un cheval un lapin, sans doute. Mais le gros cheval est libéral. Cher monsieur, votre façon de tout confondre n'est pas digne d'un homme intelligent...

    • Jacques Morissette - Abonné 22 juin 2012 10 h 11

      C'est mon droit de douter des politiciens qui nous gouvernent. Ça ne fait pas de moi quelqu'un de moins intelligent, si c'est le cas, tout de même, j'ai moi aussi droit à la dignité. L'eau dans lequel baigne le monde de la politique n'est peut-être pas celle dans lequel mon éducation m'a appris à nager.

    • Marc Bégin - Inscrit 22 juin 2012 10 h 47

      Certaines personnes ont intérêt à tout confondre pour banaliser le système mis en place et camouflé par le présent gouvernement.D'autres cherchent à justifier leur choix politique en beurrant un parti québécois qui n'a été au pouvoir depuis plus d'une décennie et qui alors avait fait énormément pour nettoyer le financement politique.Si la vérité vous intéresse,il faut savoir qu'un don jusqu'à hauteur de 400$ est remboursable à hauteur de 75% par l'impôt,les dons de 3000$ généralement sont chez les libéraux tel qu'emplement démontré par les rapports annuels antérieurs dudirecteur des élections.Rappellons aussi que ce n'est pas le don qui est répréhensible mais les retours d'ascenseurs manifestes par les temps actuels.Le financement public des partis est sans doute la solution pour plus d'intégrité,ce que d'ailleurs les conservateurs à Ottawa cherchent à abolir Pouquoi?

    • Normand Carrier - Abonné 22 juin 2012 11 h 27

      Vous avez aussi le droit de dire n'importe quoi monsieur Morissette mais cela risque de faire de vous un démagogue et un homme en perte de crédibilité .....

    • Jacques Morissette - Abonné 22 juin 2012 13 h 45

      M. Carrier, parlant de démagogie, entre M. Charest et moi, je ne fais pas le poids. Concernant Mme Marois, qui semble avoir larguer le carré rouge par esprit opportuniste, vous me semblez en être le preux défenseur. C'est votre droit.

      De là à me soupçonner d'être un démagogue en raison de mes doutes, il me semble que vous y allez fort. Si l'eau du PQ est aussi pure que vous semblez le dire entre les lignes, au point de vous porter à sa défense, je me ferai un grand plaisir de la boire.

    • Sylvain Lévesque - Abonné 22 juin 2012 16 h 24

      Je ne suis pas enchanté par la conduite générale du PQ, qui a bien des défauts, mais ceux-ci sont diamétralement opposés aux tares du PLQ. Laisser croire que le PQ croupirait dans la corruption à la même hauteur que le PLQ relève soit de la malhonnêteté intellectuelle, de la paresse ou de la paranoïa. Informez-vous bon sang !
      Le PLQ est programmé pour accéder au pouvoir coûte que coûte. Pour les "militants" libéraux, le pouvoir n'est pas un moyen d'accomplir quelque chose de plus élevé, c'est une fin en soit. Tandis que pour le PQ, le pouvoir n'est qu'un outil pour réaliser un projet national.
      Ça explique avec quelle rigueur les troupes libérales affrontent vents et marées de contestation sans défaillir le moins du monde (à l'encontre de toute logique), car c'est la stratégie qui leur permet le plus efficacement de s'arroger le pouvoir, tandis que le PQ dilapide souvent ses énergies à se contester lui-même, quitte à passer à côté du pouvoir.

    • Jacques Morissette - Abonné 22 juin 2012 19 h 38

      M. Lévesque, vous marquez un point. Le parti Libéral est très difficile à battre concernant le pouvoir qu'il a entre les mains depuis les dernières élections. À mesure qu'on voit venir les prochaines élections, on sent le parti Libéral de Jean Charest frétillé dans la marmite. Jean Charest aime le pouvoir et ses attributions, ça se sent dix milles à la ronde.

      Oubliez la paranoïa chez moi. Quand je sens l'émotion chez M. Carrier, j'aime bien titiller le poisson. Au fond, je l'aime bien ce M. Carrier. Sans rancune, j'espère.

      Cela dit, c'est vrai que le Parti Québécois n'a pas besoin d'ennemis extérieur, tellement il se tire souvent dans les pieds de l'intérieur. Tout bien considéré, malgré cela, je n'aurais pas d'hésitation de voter pour le PQ. À comparer avec le parti Libéral qui défend plus le parti et les amis, au lieu de se comporter comme un bon serviteur de l'État, s'il respectait les règles de la démocratie.