L’appel du privé

Le témoignage de Jacques Duchesneau devant la commission Charbonneau a mis en lumière un phénomène fréquent au sein du ministère des Transports : le pantouflage, ou lorsque des hauts fonctionnaires font le saut dans l’entreprise privée avec leur expertise et leur connaissance intime des dossiers sous le bras.

Pour démontrer la situation, l’ancienne tête dirigeante de l’unité anticollusion du ministère des Transports (MTQ) a déposé hier une liste de 12 personnes devant la commission. Le Devoir y ajoute quelques noms, mais cela n’est pas exhaustif, car le passage au MTQ sert à propulser bien des carrières lucratives dans le secteur privé.


La liste soumise à la commission Charbonneau vise quatre firmes de génie-conseil : CIMA +, Dessau, BPR et Génivar. Chacune de ces firmes a recruté au fil des ans des ingénieurs en autorité au sein du MTQ.


Par exemple, CIMA + a embauché trois ingénieurs venant des directions régionales de Québec, de Laval et de l’Estrie. Mais la firme emploie également, comme l’a constaté Le Devoir, Jacques Alepin ainsi que l’ancien sous-ministre adjoint Henri Desmeules et Pierre Fabi, qui était directeur de la Direction territoriale de Laval.


De son côté, la firme lavalloise Dessau a notamment recruté les deux anciens sous-ministres adjoints Jean-Louis Loranger et André Bossé. L’ingénieur Robert Bolduc a été nommé devant la commission Charbonneau, sans toutefois que soit identifié son employeur.


BPR, qui s’est fait connaître du grand public avec le scandale des compteurs d’eau à Montréal, a embauché l’ingénieur Pierre Langlais du MTQ ainsi que les anciens sous-ministres adjoints Luc Crépeault et Yvon Tourigny. BPR a également parmi son personnel l’ancien directeur du Bureau de projet de l’autoroute 30 au MTQ, Paul-André Fournier.


On compte aussi dans l’équipe de BPR Yves Papillon, qui en 2002 avait été embauché par le MTQ pour la réfection de l’autoroute Métropolitaine. Le projet avait été abandonné à cause d’une apparence de conflit d’intérêts. M. Papillon, conjoint de la directrice générale de l’Association des ingénieurs-conseils du Québec, Johanne Desrochers, avait préparé l’appel d’offres pour le choix de la firme de génie avant d’être embauché par BPR qui a obtenu le contrat.


Quant à la firme Génivar, on y retrouve, entre autres, l’ancien directeur de la Direction territoriale de Montréal, Paul-André Dugas, ainsi que les ingénieurs Raymond Assaf et Daniel Fillion.


L’ancien sous-ministre adjoint pour Montréal et l’ouest du Québec, Liguori Hinse, travaille quant à lui chez Roche.


C’est en France que le terme « pantouflage » est surtout utilisé. Il s’agit du mouvement de la fonction publique (fonctionnaires et employés des cabinets ministériels) vers le privé, où les conditions de travail sont plus généreuses. Ce mélange des sphères publique et privée soulève des questionnements de nature éthique.

1 commentaire
  • Marie-Michelle Poisson - Inscrite 20 juin 2012 03 h 32

    Drôle de hasard...

    Cet article m'a donné l'envie de consulter le code de déontologie des ingénieurs et il se trouve que ce site fait présentement l'objet de ''travaux d'entretien'' !? Drôle de hasard n'est-ce pas?
    http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynami