Commission Charbonneau - Les «extras»: un exemple probant à Laval

La réclamation de frais supplémentaires dans les contrats publics, communément appelés extras, a été abordée au cours du témoignage de Jacques Duchesneau devant la commission Charbonneau. M. Duchesneau y voit matière à inquiétude. Le Devoir a déniché un exemple de contrat public présentant tous les ingrédients du phénomène décrit par l’ancien directeur de l’Unité anticollusion du ministère des Transports.

Le terrassement du mail central du boulevard du Souvenir, à Laval, a nécessité la livraison de terre équivalant à 69 camions de plus que prévu dans le contrat initial et a multiplié par sept le coût de son épandage. La facture supplémentaire de près de 25 000 $ a été payée par la Ville de Laval à l’entreprise de Tony Accurso, Simard-Beaudry construction, en 2003.


C’est à cette époque que Laval parachevait les travaux de construction du nouveau viaduc du Souvenir enjambant l’autoroute 15, les approches du boulevard, dont des travaux connexes comme du terrassement. Trois ans auparavant, le viaduc du Souvenir s’était effondré sur l’autoroute, provoquant la mort d’un automobiliste.


En juin 2003, la firme de génie-conseil Dessau-Soprin (aujourd’hui Dessau) faisait parvenir au service d’ingénierie de Laval une recommandation pour payer une réclamation de Simard-Beaudry. Selon les documents obtenus en vertu de la Loi d’accès à l’information par l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ), la firme estime qu'« il a été nécessaire de procéder à plusieurs travaux supplémentaires » qui étaient « imprévisibles lors de la demande de soumission ».


De façon spécifique, Simard-Beaudry a réclamé une compensation financière pour fournir de la terre végétale additionnelle. L’argument principal concerne l’entreposage de terre depuis deux ans, ce qui aurait rendu « inutilisable » une partie de celle-ci (environ 10 %). « Il faut y enlever et éliminer toute la couche de surface qui s’est couverte de végétation lors de cette longue période d’attente », écrit l’ingénieur de Dessau-Soprin, Claude Ruel.


On indique également que l’amoncellement de terre est moins important que prévu parce qu’il a été utilisé pour réaliser des « chemins de détour d’urgence » à la suite de l’écroulement afin de rétablir la circulation le plus rapidement possible.


De plus, il est noté que la Ville de Laval a demandé qu’il y ait non pas 75 mm de terre, mais bien 600 dans le mail central. Aucune explication ne soutient cette requête. On mentionne toutefois que cela a nécessité 69 camions de 12 roues au coût de 200 $ chacun, pour un total de 15 870 $ (dont 15 % de frais d’administration et le profit de l’entrepreneur général).


Ce qui fait vraiment sourciller dans cette requête d’extra est l’épandage de la terre. On explique que la terre additionnelle représente 7 fois l’épaisseur anticipée (600 mm - 75 mm prévus = 525 mm). « Le paiement additionnel recommandé est d’utiliser le prix du contrat x 7 fois la superficie couverte », écrit l’ingénieur Ruel.


Cette proposition entraîne que l’entrepreneur va étendre des couches successives de 75 mm de terre plutôt que les 600 mm en une seule fois. Cette façon de faire permet de facturer 8954,40 $.


L’extra réclamé de 24 824,40 $ pour le terrassement n’est qu’une petite partie de tous les frais supplémentaires demandés par Dessau-Soprin pour ce projet d’importance qui concerne également le ministère des Transports (MTQ). L’ingénieur Ruel explique que depuis la soumission de 4,1 millions, le coût du contrat a bondi à trois reprises ; les extras payés en partie par Laval et le MTQ avoisinent le 1,1 million de dollars.

3 commentaires
  • Richard Guillemette - Inscrit 20 juin 2012 08 h 22

    Parallèles Jacques Duchesneau et Pax Plante

    J’ai été une personne qui ai critiqué Jacques Duchesneau avant de prendre connaissance de son rapport; je m’en repens.

    Toutes mes félicitations, Monsieur Duchesneau, pour le courage que vous manifestez.

    J'invite quiconque à prendre connaissance ou se remémorer ces clips et déclarations de Pax Plante, au cours des années 50-60. http://archives.radio-canada.ca/societe/criminalit

    Selon moi, la distinction avec ce temps-là, c’est que les groupes qu’il nomme « parasites » pour cette époque, aujourd’hui le parti au pouvoir en fait partie.

    Le parallèle que je perçois dans les individus, c’est que Plante a souvent été seul à luttrer contre la corruption, sans l’appui de gouvernements, de même que Duchesneau a été et est encore méprisé par les autorités au pouvoir.

  • Samuel Rabinovitch - Inscrit 20 juin 2012 21 h 24

    L'autre jour j'avais mon conventum des 25 années de pratique après mon bacc, on était au restaurant les 20 collègues de l'époque à se conter nos affaires de chantier de jobs etc et là j'ai commencé à raconter que je n'avais jamais accepté d'enveloppes brunes ni écrit de faux rapports de chantier etc.........et savez-vous quoi? J'étais le seul dans la gang des 20 collègues qui n'a jamais accepté de se corrompre.........s'en suivi ensuite l'ostracisation de ma personne par les......19 collègues autour de la table........
    Cela prouve que si tu es honnête tu ne te feras que des enemis au Québec et que tu crèveras de faim un jour ou l'autre personne n'engage un expert honnête dans le milieu de la construction.
    À mon dernier contrat il y a de cela quelques années j'y ai presque laissé ma vie, c'est la chance qui m'a sauvée. Quant à la santé, je ''récupère'' toujours comme on dit..........au moment où on se parle...

    Merci Jacques! Merci Jacques Duchesneau!

    Sam Rabinovitch

  • Jean Desjardins - Abonné 21 juin 2012 00 h 16

    Tèflon 101.0...

    Le tèflon a la particularité d'être l'inverse des surfaces antidérappantes. Ainsi en ont pris comme paravent notre monarque Gilles Vaillancourt 1er et sa gang de tits n'amis.

    Les extras ? Pis après... Prouvez-le, bande d'innocents incapables de comprendre les vraies affaires !!!

    Eh , misère ! On n'est pas sortis de l'auberge.


    Jean Desjardins
    Laval (...)