«Mme Marois, c’est la rue», lance Charest

Si la crise étudiante perdure, a soutenu le Parti québécois hier, c’est que Jean Charest entend en profiter électoralement. Ce serait là, ont insisté la chef du PQ, Pauline Marois, et son leader parlementaire, Stéphane Bédard, le pur calcul cynique du premier ministre, inscrit dans les documents mêmes de « stratégie électorale » du Parti libéral du Québec. « Jamais il n’a été question d’exploiter une affaire comme ça », a rétorqué, d’un air accablé, Jean Charest, hier, à l’entrée du conseil des ministres. Ridicule théorie du complot, ont répondu les libéraux hier.

Mais, selon M. Bédard, le premier ministre est « démasqué », et l’extrait d’un diaporama électronique obtenu par le PQ prouve son intention. M. Bédard en a exhibé en chambre une page, hier, où on peut lire : « Qui est le plus compétent pour gérer l’économie dans une période de très grande incertitude économique ? Jean Charest et l’équipe libérale avec le Plan Nord et la création d’emplois ? Pauline Marois avec un référendum et la rue ? »


Cette alternative se trouvait coiffée du titre anglais « Ballot question », littéralement « question du bulletin de vote ». Le PQ y voit donc un résumé du prochain discours de campagne de Jean Charest. Il s’agit, a soutenu M. Bédard, « d’associer le Parti québécois au désordre. Mais, pour ce faire, il faut maintenir le chaos, […] ça prend des gens dans la rue parce que, […] s’il n’y a plus personne dans la rue, il n’y a plus de stratégie électorale ! »


Pauline Marois a dénoncé une stratégie « non seulement inefficace et coûteuse, mais […] dangereuse pour le Québec ». Il faut « voir les tensions, la hargne que cela génère dans la société », a-t-elle illustré.


Le premier ministre a qualifié cette interprétation de « vraiment surréaliste », en soulignant que c’est le PQ qui a « porté le carré rouge » et refusé d’inciter les étudiants à rentrer en classe, donc qui a contribué à perpétuer la crise.

 

Rencontre annuelle


Au sortir de la période des questions, Jean Charest a confirmé l’authenticité du document dévoilé par l’opposition : « Lisez la feuille comme il faut, vous allez voir le choix », a-t-il dit. Puis, il a lancé : « Mme Marois, c’est la rue. » Son bureau a expliqué que le diaporama avait effectivement servi à une présentation du premier ministre, la semaine dernière, au Palais Montcalm, à Québec, devant « plusieurs centaines » de membres des cabinets politiques et de bureaux de députés libéraux. Il ne s’agissait pas d’une réunion secrète ni spécifiquement d’une rencontre de préparation électorale, a affirmé l’attaché de presse, Hugo D’Amours. Pas de « Power Point-gate », donc : « Tous les ans depuis 2003, on organise ce type de rassemblement », a-t-il dit. Pour faire le point « sur ce que le gouvernement a fait au cours des dernières semaines, des derniers mois, pour leur parler surtout d’où l’on s’en va ».


M. D’Amours fait valoir que le premier ministre présente l’alternative indiquée sur la diapositive depuis des mois aux Québécois. Le 16 février, par exemple, il lançait à Mme Marois : « J’ai des mauvaises nouvelles pour vous : les Québécois feront le choix entre des référendums d’initiative populaire puis le Plan Nord. Je vous garantis une affaire, ils vont choisir le Plan Nord ! »


Pour la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, la crise étudiante n’a pas été ciblée comme telle par les stratèges libéraux, mais, puisqu’elle fait « partie du vécu » des Québécois, on ne peut en « faire abstraction ». Ainsi, « peu importe quand seront les élections, les citoyens vont se poser ces questions-là ». Et l’expression « ballot question » ? M. D’Amours soutient qu’il s’agit de mettre en relief ce qui « nous distingue de nos adversaires », sans ajouter de détail.


En fait, la théorie du « ballot question » est très courante en stratégie politique dans l’anglophonie. L’ancien stratège conservateur de Brian Mulroney, Geoff Norquay, écrivait en juin 2011, dans Options politiques que la « ballot question » doit faire l’objet d’un grand soin et que le chef politique doit commencer à la marteler bien avant le début des élections. Elle doit être simple, flexible, imagée, controversée.


Pour Éric Caire, député de la Coalition avenir Québec, Jean Charest devrait s’inquiéter de voir qu’un document comme le diaporama de la conférence a été refilé au PQ : « Ça commence à sonner le glas pour le chef du Parti libéral, là. […] C’est du jamais vu, là. » Il y décèle des « fissures dans les murs » de la « solidité et de la solidarité de l’ensemble de la famille libérale ».


Par ailleurs, le PQ a aussi qualifié de « propagande libérale » les dépenses publicitaires du gouvernement dans la crise étudiante : « Non seulement le gouvernement inonde les médias écrits, mais il inonde les postes de radio, il inonde les postes de télé à heure de grande écoute, même pendant le Grand Prix de formule 1, dimanche dernier », s’est indigné le péquiste Bertrand Saint-Arnaud, hier, avant de demander combien a coûté « cette orgie de publicité gouvernementale. C’est honteux ! »


Le leader parlementaire, Jean-Marc Fournier, a répondu : « Pourquoi ils trouvent ça honteux ? Parce qu’eux ne veulent pas qu’on parle du fond des choses, qu’on explique aux Québécois quelle est la vérité dans ce dossier ! » Michelle Courchesne a ajouté que, souvent, l’information en ce domaine est complexe et technique, « et c’est important que les étudiants et leurs parents sachent ce que le gouvernement a mis en place pour s’assurer de l’accessibilité aux études supérieures ». La ministre a toutefois refusé de dévoiler le coût des publicités.

109 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 14 juin 2012 00 h 46

    Si «Mme Marois, c’est la rue», l’égout serait ???

    Monsieur Charest, comme plusieurs de ses ministres, est un comédien de grand talent, et il faut lui reconnaître cette compétence qui consiste à tenir n’importe quel discours avec une belle assurance.

    Cependant, la contrepartie de cette performance est que les citoyens, même ceux qui applaudissent, savent bien que la vérité est ailleurs que sur les planches d’un théâtre médiatique, où l’on affirme alternativement une chose et son contraire, comme vient de le faire la ministre de la culture.

    La propagande gouvernementale vole très bas, au raz du sol, et il est bien possible qu’elle descende encore plus bas, dans une surenchère de l’exploitation démagogique de la crise étudiante dont on a peut-être pas encore vu le pire, même si le concert d’énormités qui émanait du Conseil des ministres à propos d’un stupide montage présentant Messieurs Charest et Khadir, avait des relents de canalisations malodorantes.

    À force de clamer que les critiques de son gouvernement sont «grotesques», le premier ministre semble avoir lancé un mot susceptible de lui revenir comme un boomerang. On voit déjà que la troupe de comédiens n’arrive même plus à faire rire son public attitré, il ne faudrait pas que cela dure trop longtemps avant que le tomber de rideau ne se fasse devant une salle déserte !

    Yves Claudé

  • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 14 juin 2012 00 h 53

    la rue ou l'économie

    Donc, en résumé:
    Pour aller chercher 50$ millions de dollars de la poche des «utilisateurs-payeurs»étudiants; la bonne gestion de monsieur Charest, (en laissant pourrir la situation) va coûter combien aux québécois?
    200$ 250$ 300$ millions?

    La marque de commerce du parti libéral: l'économie! hihihi!

    • Bernard Leblanc - Inscrit 14 juin 2012 08 h 25

      Hypothéqué l’avenir aura été l’action permanente du gouvernement des «deux mains sur le volant»!

      L’endettement du Québec a gonflé de plus de 150 milliards, il n’y a rien qui fonctionne sans coûter 30% plus cher, on a donné des biens publics à des entreprises privées sous prétexte que ce devait-être bon pour les québécois et maintenant on ce sert des étudiants comme cobayes pour des actions policières qui ont contribués à usurpés de leurs forces et à blesser des innocents, sans parler de l’engorgement du système de justice.

      A-t-on besoin de signaler la surenchère de la bureaucratie dans les hôpitaux, alors que le contraire devait-être appliqué.

      Bref, qu’un gouvernement d’ignare et d’illettrée ne puisse pas comprendre qu’un moratoire est préférable à une guerre de l’état contre l’avenir du Québec, c’est la démonstration de la stupidité de gens qui ce croient imbue d’une puissance charismatique mystérieuse parce que supposé libérale.

      Bernard Leblanc

    • Bernard Leblanc - Inscrit 14 juin 2012 10 h 25

      En effet on a dépassé le 150 millions dans les dépenses de sécurité.

      Hypothéqué l’avenir aura été l’action permanente du gouvernement de Mr. Charest. L’endettement du Québec a gonflé de plus d’une centaine de milliards.

      Bref, qu’un gouvernement ne puisse pas comprendre qu’une pause est préférable à une guerre de l’état contre l’avenir du Québec au frais des contribuables, c’est la démonstration de petitesse de ceux et celles qui ce croient imbue d’une puissance charismatique mystérieuse parce que supposée libérale.

      Bernard Leblanc

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 14 juin 2012 01 h 35

    assoiffés du pouvoir au point de briser la paix pour le garder

    on se doutait déjà de l'existance de cette stratégie machiavéliquement despérée, grotesque dis-je, pour gagner aux prochaines élections ; les voici exposés.

    À vrai dire, Charest c'est la rue : jamais na-t-on vu autant de citoyens dans la rue que sous son règne.

    "Qui est le plus compétent pour gérer l’économie dans une période de très grande incertitude économique ?"

    Exacerber le conflit étudiant pour en faire une crise sociale profonde, à des fins bassement électoralistes, nous a déjà couté plus que ce que la hausse devait raporter. Gérer de cette manière discrédite et disqualifie le PLQ quand il parle d'économie et de saine gestion des dépenses publiques.

    Le PLQ est devenu dangeureux : ils sont si assoiffés du pouvoir qu'ils sont prêts à briser la paix pour garder le pouvoir.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

    • Michel Miclot - Inscrit 14 juin 2012 11 h 59

      pour eux ,c'est une question de vie ou de mort. S'ils n'ont plus le pouvoir , ils ne peuvent plus contrôler l'appareil judiciaire et ils devront rendre des comptes pour les millions volés au peuple québécois.

  • Jocelyn Cloutier - Inscrit 14 juin 2012 01 h 41

    La rue ou le trottoir ?

    D'un côté la rue avec le référendum et de l'autre, le trottoir avec la corruption.
    Beau choix de société !

    • Frédéric Jeanbart - Inscrit 14 juin 2012 10 h 37

      Le choix est clair : la rue mène toujours plus loin que le trottoir.

    • Michel Miclot - Inscrit 14 juin 2012 12 h 01

      Qu'y-t-il de honteux dans un référendum ? C'est la vraie démocratie. La corruption , c'est le vrai libéralisme.

    • Christian Ouellet - Inscrit 14 juin 2012 13 h 41

      moi j'aime mieux la rue et le référendum que le trotoire et la corruption,collusion ,prostitution.

      la rue c'est le peuple.

  • Jacques Morissette - Inscrit 14 juin 2012 01 h 59

    C'est d'une évidence.

    Surtout quand on connaît le livre de chevet de Jean Charest, c'est évident que la crise étudiante, c'est comme du bois pour réchauffer la foule.

    • Catherine Paquet - Abonnée 14 juin 2012 08 h 40

      Vous croyez vraiment que c'est Jean Charest qui a convaincu Gabriel, le leader de la CLASSE, de se donner comme objectif unique de faire reculer le gouvernement, coûte que coûte...

    • France Martin - Inscrite 14 juin 2012 10 h 01

      Très d'accord! @Georges Paquet Non, monsieur, mais il a mis en place une action inadmissible(75% augmentation) et il a attisé son feu en manipulant la population(Il est excellent à ce jeu). Il utilise des mots percutants comme «juste part», il accumule les frustrations chez l'ennemi(les jeunes), il joue la «game» des jeunes trop gâtés, il assure la juridification du problème, il engage des fiers à bras(la police) et il laisse mijoter. M. lisez Les dix Les dix stratégies de manipulation de masse de Noam Chomsky, vous y retrouverez quelques étapes de travail de charest. Je suis certaine que lui et ses petits copains les connaissent par coeur.

    • Michel Miclot - Inscrit 14 juin 2012 12 h 05

      Tout le monde connaît les techniques de manipulation utilisées par Jean Charest sauf quelques illettrés qui votent pour lui mais sa technique préférée est toujours le mensonge.

    • Eric Walter Schaffner - Inscrit 14 juin 2012 16 h 12

      ... le mensonge et l'art de déformer la vérité. L'art de se défiler. L'art de désinformer. Car M. Charest le sait lui que ce n'est pas la vérité que ses électeurs veulent entendre. Je nommerai le syndrôme du conte de fée avec son: ils eurent beacoup d'enfants et vécurent heureux jusqu'à la nuit des temps. Servir de la peur pour gouverner. D'autres avant lui se sont servi de la peur pour arriver à leurs fins. L'histoire a déjà raconté ce qu'on peut réussir à faire faire à son peuple sous un régime basé sur la peur de l'autre. Et cela fonctionne encore et vous savez pourquoi? Parce que justifié ou non vous avez le pouvoir derrière vous qui vous protège peu importe la vérité. Allez, dormez tranquille ... on s'occupe de tout. Le larbin, avez-vous vu ce petit vidéo qui parle du syndrôme du larbin? disponible sur you tube:
      http://www.youtube.com/watch?v=HH5fVD-1_I4&sns