Amir Khadir affirme «accompagner son peuple»

Plusieurs centaines de personnes se sont agglutinées hier soir à l’intersection des rues Saint-Denis et Mont-Royal, à Montréal, afin de dénoncer l’interpellation mardi soir du député de Québec solidaire Amir Khadir - à l’instar de 64 autres personnes - par le Service de police de la Ville de Québec pour avoir pris part à une manifestation illégale.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Plusieurs centaines de personnes se sont agglutinées hier soir à l’intersection des rues Saint-Denis et Mont-Royal, à Montréal, afin de dénoncer l’interpellation mardi soir du député de Québec solidaire Amir Khadir - à l’instar de 64 autres personnes - par le Service de police de la Ville de Québec pour avoir pris part à une manifestation illégale.

Lorsqu’il a été arrêté mardi soir, Amir Khadir était conscient qu’il participait à une manifestation illégale. Mais son geste, a plaidé le co-porte-parole de Québec solidaire, s’inscrivait dans la tradition de la « désobéissance civile » inspirée par les Martin Luther King et le Mahatma Gandhi. M. Khadir soutient que son arrestation était illégale et il contestera la contravention de 494 $ qu’il a reçue à cette occasion.

« J’accompagne mon peuple », a soutenu le député de Mercier lors d’un point de presse, hier matin. La manifestation contre la loi 78 à laquelle il participait avait été déclarée illégale par les policiers en vertu de cette même loi parce que les manifestants avaient refusé de divulguer leur itinéraire. Mais les « interpellations » et le constat d’infraction ont tous deux été fondés sur l’article 500.1 du Code de la sécurité routière et non sur la loi 78.

« Je fais ce que Martin Luther King aurait fait, ce que Gandhi aurait fait », a-t-il argué pour justifier le fait d’avoir défié la loi. Certains ministres libéraux, dont Christine St-Pierre, ont jugé ce geste inadmissible de la part d’un parlementaire, qui est aussi un législateur.

Si elle est faite de façon pacifique et non violente, la désobéissance civile, au dire de M. Khadir, est totalement justifiée. « Quand une loi est immorale, quand une loi est injuste, il y a une loi de la conscience à laquelle on doit obéir », a-t-il fait valoir, en ajoutant qu’il fallait dénoncer le « gouvernement corrompu » de Jean Charest.


En relatant les faits, M. Khadir a tenu à ne pas blâmer les policiers, dont plusieurs ont été, selon lui, « excessivement courtois, avec plein d’égards envers les personnes arrêtées ». « J’ai vu des policiers clairement mal à l’aise avec ce qui s’était passé. Mais je regrette quand même qu’il y ait des ordres ; il y a des commandes en haut de ces policiers qui se laissent instrumentaliser par un gouvernement que tout le monde reconnaît comme étant un gouvernement corrompu et illégitime. »

 

Désobéir ou non ?


Pressé de questions sur ses sources d’inspiration, il a précisé qu’il ne souhaitait pas se comparer à Martin Luther King ou à Gandhi. Le premier, un pasteur noir américain, a été à la tête du mouvement contre la discrimination raciale et pour les droits civiques des Noirs, avant d’être assassiné en 1968 ; le second, un leader indien et apôtre de la non-violence, a mené le pays à son indépendance par rapport à l’Angleterre coloniale et a péri lui aussi assassiné en 1948. Ce sont toutefois là des « modèles » à suivre dans le combat qu’il mène, a-t-il affirmé.


Sur le même thème, il s’en est pris aux députés péquistes qui, comme Agnès Maltais, respectent la loi et choisissent de se retirer de manifestations illégales. Ce faisant, a-t-il jugé, ils n’ont « pas le courage d’accompagner leur peuple » dans leur marche contre la loi 78.


Amir Khadir a mentionné qu’il n’y avait rien de plaisant ou de réjouissant à subir l’humiliation de se faire passer les menottes.


« Qu’on arrête et qu’on menotte des gens pour ça, alors qu’il y a des ministres qui rencontrent la mafia pour amasser des fonds pour leur parti », cela lui paraît inconcevable. « Il a fallu deux ans pour assigner à comparaître et accuser finalement [l’entrepreneur] Tony Accurso, qui est sorti du palais de justice sans menottes aux mains », a-t-il ajouté.
 




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Avec La Presse canadienne

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