Point chaud - «Le point limite est atteint»

<div>
	Paul?St-Pierre?Plamondon (à gauche)?participant?à?la manifestation des juristes et des notaires contre la loi 78 décrétée par le gouvernement Charest.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Paul?St-Pierre?Plamondon (à gauche)?participant?à?la manifestation des juristes et des notaires contre la loi 78 décrétée par le gouvernement Charest.

Paul St-Pierre Plamondon, du groupe Génération d’idées, a été choqué quand un négociateur étudiant a menacé le gouvernement «d’organiser» le Grand Prix de Montréal la semaine dernière. Il craint que le mouvement ne dérape en versant dans «le culte de la désobéissance civile».

« Lorsque j’entends : “Le Grand Prix, on va vous l’organiser”, moi j’ai un méchant problème avec ça », déclarait-il vendredi en marge d’un sommet sur l’éducation publique. « Je ne veux pas que le Québec passe dans une ère où la désobéissance civile et la violence font partie de notre identité. »


« C’est pas vrai qu’on va dire aux étudiants : “C’est correct la désobéissance civile, et la menace fait partie de la sphère politique”», ajoute-t-il.


Le jeune avocat de 34 ans s’est fait connaître, il y a quelques années, en lançant avec d’autres Génération d’idées, un groupe de réflexion visant à lutter contre l’apathie de la Génération Y.


En 2009, il avait même quitté son emploi chez la firme d’avocats Stikeman Elliott pour parcourir le Québec à la recherche d’idées nouvelles. On l’a vu beaucoup depuis sur les plateaux de télévision, notamment à Bazzo.tv, comme chroniqueur.


Selon lui, on assiste actuellement à une rupture du contrat social tel que le décrivait Jean-Jacques Rousseau au XVIIIe siècle. « Selon Rousseau, le contrat social ne fonctionne que si les gouvernants respectent eux-mêmes la loi. S’ils ne la respectent pas, les gens se sentent justifiés de ne pas la respecter. »


En octobre dernier, Paul St-Pierre Plamondon avait planté 260 balais devant l’Assemblée nationale pour réclamer une commission d’enquête sur l’industrie de la construction. Sa thèse est qu’on est pris actuellement entre deux dynamiques qui s’alimentent l’une et l’autre : « Parce qu’il y a corruption et conflit d’intérêts, les gens se sentent justifiés de désobéir » et « parce qu’on désobéit, les gens se sentent le droit de faire des lois 78, par exemple, qui soulèvent des questions sérieuses au niveau de la liberté d’expression et d’association ».


Cet avocat est pourtant un partisan de la lutte étudiante. En mars, il avait vivement dénoncé la hausse des droits de scolarité dans les pages du Devoir et prévoyait qu’un « blocage de longue durée » s’annonçait entre le gouvernement et les associations étudiantes.


Comme avocat, c’est lui qui a défendu en avril l’association étudiante de l’Université de Montréal contre la direction de l’Université qui souhaitait restreindre le droit de manifester sur son territoire. « L’Université n’est pas un Couche-Tard, avait-il alors déclaré. C’est un lieu d’échange, de connaissances, de débat, financé par des fonds publics. »


« S’il y a un gars qui a donné pour la cause des étudiants et qui est favorable à une éducation accessible, c’est moi, dit-il. Mais en même temps, j’ai peur qu’on verse dans le culte de la révolution, de la résistance sociale. »


Au-delà de la fameuse déclaration sur le Grand Prix, il ne dénonce pas tant les actes de désobéissance civile des dernières semaines que le discours auquel ils sont associés.


Dans le débat public comme sur les médias sociaux, il déplore qu’on valorise la désobéissance civile. Selon lui, on atteint un « point limite » la « journée où on menace des gens ou des institutions importantes pour notre économie et notre prospérité, comme le Grand Prix ».


« C’est comme si une révolution bolchevique à la Che Guevara nous menait quelque part dans le cadre de la négociation étudiante. J’en doute fortement. »

 

L’exemple scandinave


Paul St-Pierre Plamondon a un curriculum vitae assez impressionnant. Il a étudié le droit à Oxford et en Suède et a notamment travaillé comme procureur bénévole en droits de la personne en Bolivie. « Je suis fortement influencé par mon expérience en Bolivie et mon expérience en Scandinavie », dit-il. La Bolivie révolutionnaire est abonnée aux changements de gouvernement, déplore-t-il.


À l’inverse, il dit avoir vu dans les pays scandinaves « une social-démocratie extrêmement fonctionnelle basée sur deux prémisses » : « une gouvernance transparente et saine » et « une certaine discipline collective » qui « parfois manque au Québec dans l’application de la social-démocratie ».


Quand on lui fait remarquer que l’argument de la violence des manifestants est utilisé à satiété par le gouvernement, il rétorque qu’il s’agit justement de ne pas lui donner raison.


« C’est tomber dans le panneau », dit-il alors que « notre société démocratique nous donne en masse de façons de faire valoir nos arguments dans la civilité et le respect ».


Par d’autres façons, il pense aux casseroles, aux manifestations ou encore à l’intervention médiatique d’Arcade Fire à l’émission Saturday Night Live. « Ils sont allés aux États-Unis, ont porté leurs carrés rouges et l’ont fait de manière très civilisée. Qu’est-ce que ça a fait ? Ça a fait que les États-Unis ont parlé du carré rouge. Il y a moyen de le faire avec une civilité telle que la cause en ressort grandie. »


L’intensité de la cause étudiante a quelque chose de surréaliste pour cet homme qui a fondé Génération d’idées en 2008 en réaction à l’apathie de la Génération Y. « Cette intensité-là, elle peut être canalisée vers de beaux projets, alors qu’au moment de la fondation de Génération d’idées, il y avait tellement d’apathie et de morosité. Les gens étaient endormis, ça n’avait aucun sens », se rappelle-t-il.


« Elle est là, la croisée des chemins. Tu peux avoir un dérapage de violations des droits de la personne et de gestes criminels de part et d’autre qui laisse une empreinte vraiment préjudiciable à la tradition démocratique au Québec. Ou tu peux avoir une énergie canalisée vers des réformes, un renouveau pour le Québec. »

62 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 4 juin 2012 00 h 21

    Générer des idées …

    Générer des idées, est-ce que cela signifie ne pas s’enfermer dans l’idée de “génération”, ou celle de “révolution” ?

    Yves Claudé

  • Alain Lalonde - Abonné 4 juin 2012 01 h 08

    Génération d'idées : et l'action conséquente ?

    "[Ou] tu peux avoir une énergie canalisée vers des réformes, un renouveau pour le Québec. »
    Oui, bien beau, mais pour en arriver là, ce qu'il ne dit pas ou ne veut pas voir, c'est qu'il faut d'abord réussir à ébranler les certitudes, l'ordre établi, afin de faire éclore un ordre nouveau.

    • Daniel Bérubé - Abonné 5 juin 2012 10 h 53

      Je crois, au niveau politique du moins, qu'un certain nombre de "certitudes" le sont pas mal, ébranlées... ce qui a apporter un certains nombre "d'indignations", et de réactions tel que l'on peut constater. Reste a souhaiter que le tout se continue dans le pacifisme... et comme il est dit dans le texte : "Ne pas tomber dans leur panneau" ! Car c'est ce que Charest souhaite le plus vivement, que les étudiants causent le plus de désordre possible, faisant ainsi oublier tout les scandales des néo-libéraux ayant précédés celle des frais de scolarité, et en même temps vient "justifier" la mise en place de la loi 78...

  • Pierre Sabourin - Inscrit 4 juin 2012 01 h 54

    Le mot avait été mal choisi

    La semaine passée, j'ai passé une journée complète à débatre avec des casseurs.

    Nous sommes arrivé à de bonne conclusions et résolutions.

    De un, le mot désobeissance à été mal choisi puisque l'on doit plus parler de contestation. ''On conteste la loi 78(entre autres) on ne désobei pas à toutes les lois''.

    La résolution était claire, contester dans la bienveillance, c'est le geste politique qu'ils veulent utiliser et non commetre des actes criminels sociopathiques et ou anti-socials.

    Clairement, il à été compris que les gestes de casseurs ne valide en rien les arguments pour ou contre la loi 78 ou la hausse.

    Les sophismes étaient ainsi refusés.

    C'est le soutient de la logique par des gestes rhétoriques qu'ils cherchent.

    Bien évidement, il vas toujours avoir un qui souffre de trouble de la personalité anti-social qui va saboter n'importe quoi mais ça, c'est une personne sur quoi...1000 donc il est prévisible que dans une manifestation de 250 000 personnes, qu'il y en ait au moins 250 qui ont besoins de thérapie. C'est statistiquement probable et c'est pour ca que je suis étonné comment il y à eu peu de ''casse'' le 22 et comment insultant et éfronté les propos de Jean Charest ont été la journée après et ces justification pour la loi 78 qui font que maintenant, nous contestons par la manifestation, la loi qui nous empêche de manifester.

    Et manifester devant les églises, c'est un geste très symbolique de la révolution tranquille qui montre la séparation de l'église et de l'état dans les années 60. Manifester à la F1 est un geste aussi symbolique qui peut être interprèté comme la séparation de l'intèrêt privé (pétrolier) et de l'état.

    Continuons à contester, on est pas en Tunisie ou en Syrie!?! Éliminons cette affreuse loi 78! Contestons la dans les rues et en cours avec Juripop.

    Juripop rappelle que l’audience sur la requête en sursis de la loi 78 est reportée au 12 juin prochain au palais de Just

  • Serge Grenier - Inscrit 4 juin 2012 06 h 27

    Désobéissance ne veut pas dire violence

    Je ne comprend pas pourquoi on associe la désobéissance civile à la violence. Il y a des milliers de façons non violentes de désobéir et elles sont toutes meilleures que l'obéissance servile à un gouvernement «hors la loi».

    Serge Grenier

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 4 juin 2012 11 h 46

      Parce que dans la bulle d'influence de Charest le magicien, la désobéissance civile c'est la violence, la CLASSE c'est radical, la police fait bien son travail, la CLASSE est anti-démocratique, le PLQ est démocratique, etc., et tôt ou tard même des gens bien au fait des mensonges finissent par tomber dans un des pièges.

      Charest joue beaucoup sur la confusion des concepts, ainsi que la culpabilité par association, et éventuellement, la culpabilité par non-dissociation (re-re-re-dénoncez la violence que vous ne contrôlez pas, sinon on vous en présumera coupable et on vous parlera pas ; pendant ce temps, pas un mot sur ce que la police fait en étant payée par le provincial et le municipal).

      Le biais médiatique, qui va très souvent dans le même sens que Charest dans beaucoup de médias, est une sorte d'amplificateur de ces problèmes. C'est pas par simple parti-pris ou guerre de clans que le mouvement étudiant s'est acharné sur Martineau, par exemple : il est un des chroniqueurs représentant le mieux le nuage des sophismes ambiants.

    • Pierre-E. Paradis - Inscrit 4 juin 2012 12 h 29

      En effet, la forme de désobéissance civile qui a été la plus efficace historiquement est celle des Gandhi et Luther King.

      La philosophie derrière ces mouvements est celle de l'écrivain américain Henry David Thoreau, qui critiquait déjà les dérapages du capitalisme et des guerres expansionnistes dans son Massachussets du 19e siècle.

      La désobéissance civile non violente se définit par rapport à une loi illégitime, ainsi qu'à la résistance pacifique aux forces policjères qui essaient de l'appliquer.

      Bref, M. Plamondon sème la confusion et démontre son inculture politique.

      Si jamais des étudiants envahissent des activités en marge de la F1, il y a un vocabulaire pour ça : « actions de perturbation », « manifestations tapageuses »...

  • Raymond Langlois - Inscrit 4 juin 2012 06 h 40

    Le piège de la violence provoquée par le gouvernement et les forces policières

    J'admire l'implication sociale de monsieur St-Pierre-Plamondon, mais je crois qu'il est dans l'erreur lorsqu'il attribue directement la violence aux étudiants.
    Selon moi, la violence est apparue par l'arrivée de casseurs la plupart du temps connus des policiers mais pas arrêtés (on peut se demander pourquoi) par eux sauf, heureusement, dans le cas des 4 étudiants qui ont perturbé le métro, ce qui était évidemment inactable.
    La plus grande de violence réside dans la loi 78 et dans les techniques d'encerclement (souricières) pour arrêter 500 personnes qui n'avaient rien fait d'autre que manifester pacifiquement leur désaccord avec le matraquage et l'entêtement d'un premier ministre décroché de la réalité au point de confondre ses intérêts électoraux avec le bien-être de la population.
    S'il y a quelqu'un qui profite de la violence, c'est bien monsieur Charest et son groupe qui se vante de ne parler que d'une seule voix. C'est pour moi la voix de l'entêtement et de l'irresponsabilité.
    Le grand responsable de la commotion économique engendrée dans la région montréalaise (Grand prix, festivals, etc.) c'est bien monsieurs Charest.
    Parmi les perturbations économiques, est-ce que quelqu'un a pensé à tout l'argent dépensé inutilement (travail surnuméraire des policiers, frais de cours de justice, frais de reprise de la session en août, frais de la réorganisation de la session d'automne, etc.)
    Comme dans le cas des bourses du millénaire, monsieur Charest aura encore une fois réussi à ANNULER le gain qu'aurait apporté toutes les augmentations de frais de scolarité escomptées tout en CRÉANT une crise sociale sans précédent.

    Le seul élément positif de la crise sera de sensibiliser les jeunes à une participation plus active au processus électoral. Espérons que les étudiants en prendront l'habitude.
    Au lieu de frapper sur une jeunesse qui nous dirigera demain, incitons-la à conserver un dynamisme dont nous aurons beso

    • Richard Guillemette - Inscrit 4 juin 2012 13 h 31

      Monsieur Langlois, je suis d'accord avec vous entièrement, je n'aurais pu mieux dire. Merci d'exprimer votre position.