Québec quitte la table des négos

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	Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Montréal hier soir pour appuyer les étudiants.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Montréal hier soir pour appuyer les étudiants.

Les négociations qualifiées de «la dernière chance» ont échoué. La ministre de l’Éducation Michelle Courchesne a choisi de quitter la table de négociations en début d’après-midi hier, soulevant l’ire des représentants des associations étudiantes.

«Force est de constater que nous sommes dans une impasse», a déclaré la ministre vers 16 h hier. En conférence de presse plus tard, Jean Charest soutenait qu’il y avait «un important fossé qui sépare le gouvernement et les associations étudiantes». Il a dit toujours souhaiter une entente, mais a explicitement évoqué la possibilité de régler cette question lors d’élections générales, qui doivent être tenues dans les 18 prochains mois.


Après quatre jours d’intenses échanges, la ministre Courchesne dit avoir compris que pour les associations, «c’était le gel, le moratoire ou rien».


Plus tard en entrevue au Devoir, elle s’est dite «triste» et «sincèrement, vraiment, très déçue. Le Québec mérite qu’on sorte de ça», a-t-elle commenté. Aussi, même si c’est elle-même qui a fermé la porte hier, elle soutient que celle-ci était «toujours ouverte».


Mme Courchesne a insisté sur le caractère «courtois» des échanges, mais elle a du reste dénoncé un des quatre négociateurs de la CLASSE qui a réagi à la première offre du gouvernement - réduire de 35 $ annuellement la hausse de 1778 $ sur sept ans - en lançant: «Avec cette offre-là, on va vous l’organiser, le Grand Prix.»


Après la rupture des négociations dans une crise qui dure depuis quelque 16 semaines, M. Charest a soutenu qu’il n’allait pas «céder» aux «menaces» qu’ont selon lui proférées les représentants étudiants. Pour éviter des incidents malheureux, le premier ministre a déclaré qu’il allait «travailler avec les gens responsables», se demandant au passage en quoi de telles perturbations éventuelles allaient «aider leur cause». Pour le reste, il a dit espérer que «dans les prochaines semaines, ce sera une période d’accalmie. Ça permettra à chacun de réfléchir sur ces enjeux-là d’une part». Mais le secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), Paul-Émile Auger, a soutenu hier peu après la rupture des négocations que le gouvernement venait de «s’acheter une crise sociale d’une ampleur inégalée». Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), a pour sa part plaidé de nouveau pour la désobéissance civile pacifique et convié les Québécois -avec leurs casseroles - à un grand rassemblement familial à Montréal demain.


La présidente de la Fédération étudiante universitaire québécoise (FEUQ), Martine Desjardins, a rappelé qu'au début de la première ronde, la ministre Courchesne s’était donné une «obligation de résultat». Hier, la ministre a donc jugé «que les résultats, ce n’est plus une priorité pour le gouvernement», a opiné Mme Desjardins qui reproche à la ministre de faire de la «petite politique sur le dos des jeunes».


Pour Gabriel Nadeau-Dubois, la hausse était devenue non plus un moyen mais une fin en soi. Il a reproché à la ministre d'avoir rompu les ponts seulement pour des «raisons politiques» et de communications. Selon les associations, la ministre, à table, a rapidement été à court d’arguments lorsque les négociateurs étudiants ont réussi à proposer des solutions qui respectaient les paramètres gouvernementaux, soit le plan de financement des universités et le cadre fiscal du gouvernement. Il s’agissait d’arriver à une solution qui serait «à coût nul» pour le gouvernement, lequel refusait de mettre de «l’argent neuf».


Les titres des journaux interprétant la première offre de Québec - le 35 $ - comme celle d’un gouvernement «qui plie», qui «recule» ou qui «fait des compromis» ont eu un effet «refroidissant chez la ministre», mercredi.


Questionnée à ce sujet par Le Devoir hier, Mme Courchesne a expliqué que constamment, les étudiants lui rappelaient qu’eux, « sur le Plateau », se faisaient aborder par les manifestants qui leur disaient de ne pas «lâcher». «Je leur ai simplement répondu que nous, là, à travers le Québec, nous aussi, des gens, quand on va à l’épicerie, font le tour du stationnement et nous disent : “ Lâchez pas sur la hausse des droits. ” » Le premier ministre a désigné ces gens hier comme étant la «majorité silencieuse». Notons que les étudiants ont déploré que la loi 78 ait été ignorée pendant les quatre jours de discussions.

 

Nombreux gestes


Du reste, Mme Courchesne et M. Charest ont souligné au crayon gras hier tous les gestes que le gouvernement a posés depuis le début du conflit pour améliorer l’accessibilité aux études : mise en place d’un programme de remboursement proportionnel au revenu ; bonification des bourses et étalement de la hausse sur sept ans. M. Charest a soutenu qu’il y a désormais 67 000 personnes «pour qui la hausse des droits est comblée et même supérieure».


À table cette semaine, les représentants étudiants, a déploré Mme Courchesne, ont refusé de discuter de ces mesures. Au fond, ils ne «reconnaissent» pas cela «comme étant des gestes concrets, importants, positifs».


Lors de sa rencontre avec les étudiants, M. Charest dit que ces derniers ont reconnu que le problème qu’ils cherchaient à éviter en luttant contre la hausse en était un d’accessibilité. Or, c’est une meilleure accessibilité que permettent ces mesures, a-t-il plaidé.

137 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 1 juin 2012 00 h 59

    Mauvais calculs !

    Hagards et faux sagards dans leur confort botanique,
    Les commentateurs et distillateurs de la peur
    Les censeurs des lueurs du bonheur, savants ou ignorants
    Tous à l’unisson, et bien en rang
    Faisant face
    Aux dégivreurs de l’effroi
    Aux clameurs des rues qui n’ont plus de nom
    Aux experts en sinistres sociaux
    Aux enfants porteurs de drapeaux rouges

    Mauvais calculs !

    Lugubres mathématiques
    Essieux grinçants des machines statistiques
    Ricanement des comptables et de leurs députés dépités
    Grands prix de la déraison
    Faisant face
    Aux petits prix de modeste condition
    Aux locataires, aux prolétaires avec ou sans ouvrage
    Aux foules bloquant la circulation de la consommation
    Aux patriotes improvisés qui se souviennent de St-Denis

    Mauvais calculs !

    Solidarité j’écris ton nom
    Je le cueille sur mille visages, je le crie à mon tour !

    Yves Claudé

    • Laurier Francois - Inscrit 1 juin 2012 10 h 16

      ''Aux petits prix de modeste condition
      Aux locataires, aux prolétaires avec ou sans ouvrage


      Prolétaire: Travailleur appartenant à la classe sociale ne possédant pas les moyens de production et qui doit pour vivre vendre sa force de travail pour laquelle il perçoit un salaire et par laquelle il crée de la plus-value


      On apprenc cela en Philo 101

      ''
      Lugubres mathématiques
      Essieux grinçants des machines statistiques



      Justement un des problémes de notre systéme. VOus pouvez faire de la 1ère année jusqu'à la fin de maîtrise universitaire e et n'avoir jamais fait un cour de stat ou de comptabilité, encore moins de fiscalité ou d'économie. Cela n'aide pas la compréhension ou à avoir un débat éclairé sur la question.



      ''Aux dégivreurs de l’effroi


      Voir la remarque précédente: ce qu'on ne connaît pas ou qu'on ne comprend pas fait peur, bien sûr.

    • David Boudreau - Inscrit 1 juin 2012 11 h 34

      Pas besoin d'un diplôme en stats pour comprendre l'idéologie derrière l'exercice du gouvernement. Un courrier du lecteur publié ce matin explique bien la finalité de l'augementation des droits de scolarité. Ce n'est pas un débat fiscal à proprement parler, mais essentiellement un débat idéologique.

    • Yves Claudé - Inscrit 1 juin 2012 15 h 08

      À Monsieur Laurier Francois,

      Quitte à vous suivre dans l’autopsie d’une vaine tentative d’échapper à la répétition discursive ambiante, je nuancerais vos propos en rappelant que la formation collégiale préuniversitaire comprend des cours de méthodes quantitatives et de méthodologie de la recherche.

      Merci de confirmer que les classes sociales n’ont pas disparu par la magie d’une propagande antisociologique.

      Cordialement

      Yves Claudé

  • Gilbert Talbot - Abonné 1 juin 2012 01 h 17

    Un homme au bout du rouleau.

    En revenant de ma promenade quotidienne avec ma casserole, j'ai écouté les explications de M. Charest lors de son entrevue avec Madame Galipeault. J'ai vu un homme amer, sur la défensive, attaquant constamment les étudiants et surtout GND et la CLASSE. Et là, je n'ai pas vu un premier ministre, j'ai vu un homme seul, acculé au pied du mur, qui se défend en désespoir de cause. Un homme qui se sent traqué, incompris. Un homme au bord de la crise de nerfs. Ce monsieur là a besoin de repos, sans cela il va craquer, me suis-je dit.

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 juin 2012 09 h 53

      .


      À Gilbert Talbot,

      «Un homme au bord de la crise de nerfs. Ce monsieur là a besoin de repos, sans cela il va craquer, me suis-je dit.»-Gilbert Talbot

      Personnellement, j'ai plutôt vu un arrogant calculateur, imbu et manipulateur qui ment comme il respire, et qui ne cherche que le pouvoir et l'argent du pouvoir.

      À savoir s'il a besoin de repos...

      C'est plutôt les citoyens qui ont besoin de se reposer de Charest, qui mise justement sur l'épuisement des forces de la résistance.

      S'il continue sa stratégie scélérate...

      C'est le peuple qui va finir par craquer

      Christian Montmarquette
      Montréal

      .

    • Gilbert Talbot - Abonné 1 juin 2012 10 h 19

      Dans le fond je crois que Charest va démissionner avant les élections, sinon ti-Paul va le faire démissionner.

    • Jacques Hillion - Inscrit 1 juin 2012 10 h 50

      Mr Charrest est pas si mauvais en dehors des négociations. L'économie donne des signes de relance : l'industrie textile se réchauffe, notamment dans les tissus rouges, le gouvernement embauche (dans la police), l'industrie de l'outillage culinaire est en plein boum !
      Bon, côté balance commerciale, il y a bien une grosse augmentation des importations de poivre de Cayenne, mais pas de quoi taper un étudiant !

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 1 juin 2012 10 h 56

      Il y a un côté dilettante chez l'homme Charest. Le pont doré dont il aurait bénéficié pour venir au PLQ et les salaires cachés qu’il a reçus du PLQ lui auraient-ils permis de s’acheter sa carapace en teflon. Il semble être gras dur en tout cas, alors pourquoi s’en ferait-il personnellement avec les critiques ?


      Mais sa bande de suiveux vont se faire ramasser aux prochaines élections. Pour ne pas être largués et répudiés eux-mêmes, ses suiveux, députés, ministres et aspirants vont peut-être le larguer avant que la population ne le fasse.


      Monsieur Teflon est gravement égratigné. Comme une vieille poêle à frire, il sera jeté à la poubelle.

    • Gilbert Talbot - Abonné 2 juin 2012 00 h 56

      Non, non,non! Faut pas jeter les vieilles poêles à frire égratignées aux poubelles. Faut les recycler en instrument de musique à manif, en leur tapant de plus en plus fort dessus.

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 1 juin 2012 01 h 26

    Le gouvernement n'a jamais voulu trouver de solutions

    il n'a voulu que donner l'apparence d'une volonté de régler.
    Et on le remarque, début mai, ce que Bachand disait : http://www.ledevoir.com/politique/quebec/349081/ba . On remarque aussi que Beauchamp s'est faite démissionner le lendemain d'avoir montré un peu de flexibilité.

    Leur entêtement nous aura couté bien plus que ce que rapporterait cette hausse.

    Nous sommes dans une impasse : un important fossé qui sépare le gouvernement et les citoyens. Dans les prochaines semaines, ce sera une période d’intense réflexion. Ça permettra à chacun de réfléchir sur l'enjeux de la forme de démocratie que nous voulons.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

  • Marcel Bernier - Inscrit 1 juin 2012 02 h 23

    Un problème d’endettement?

    Qui a décidé, comme ça, d’augmenter les frais de scolarité, et donc d’amener une partie des étudiants et des étudiantes à s’endetter plus avant? Bachand et sa rhétorique néolibérale.
    Qui s’est permis de faire matraquer, poivrer, gazer, arrêter, emprisonner et mettre à l’amende les mêmes étudiants et étudiantes pour avoir manifester contre cette hausse abusive? Dutil et sa force policière.
    Qui se permet de légiférer pour que ces mêmes étudiants et étudiantes ne puissent continuer à revendiquer le retrait de cette hausse par une mesure inique et désapprouvée par tous ceux et celles qui pensent en termes de droits et libertés de la personne? L’ensemble des députés-es libéraux.
    Qui va se faire chasser du pouvoir pour cause d’autoritarisme, de corruption et d’incompétence?

  • André Meloche - Inscrit 1 juin 2012 02 h 23

    Négociations rompues entre la poule et le renard.

    Ça vous étonne? Comme si la poule demandait au renard de négocier avec elle! Vraiment? Maître Renard (c'est un avocat), en dernier lieu, lui répondra fort probablement ceci :

    - Vous avez raison ma Bonne Madame, en me demandant de vous épargner. Le problème, voyez-vous, est que j'ai très faim!

    Post-scriptum : Cherchez la source de la faim du gouvernement et vous aurez un début d'enquête...