Négociations dans l’impasse à Québec

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	La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, à son arrivée à l’édifice de la Banque Nationale, où se déroulent les négociations avec les étudiants.</div>
Photo: La Presse canadienne (photo)
La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, à son arrivée à l’édifice de la Banque Nationale, où se déroulent les négociations avec les étudiants.

Les négociations «de la dernière chance» à Québec sont dans une impasse entre le gouvernement Charest et les associations étudiantes depuis le début soirée hier. Les associations n’excluent même pas de quitter la table ce matin. Au moment d’écrire ces lignes, les parties discutaient toujours, mais les deux se disaient respectivement en attente d'une contre-offre de la part de l'autre, ce qui traduisait une «confusion de la situation», a dit une source proche des négocations.

« C’est un moment difficile, honnêtement, on traverse un moment difficile », a admis la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, vers 20 h, après la pause du souper. « Je ne cache pas qu’on a un enjeu et un défi de taille », a-t-elle dit. La ministre a expliqué qu’après avoir rejeté, mardi après-midi, la première offre du gouvernement - qui consistait à réduire l’ampleur de la hausse prévue (de 1778 $ sur sept ans) d’un montant de 35 $ par année - les étudiants ont déposé une première contre-offre qui respectait les « paramètres » du gouvernement; à la surprise de celui-ci, a-t-on raconté. Hier matin d’ailleurs, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a expliqué que ces « paramètres » impliquaient le respect du « cadre financier » du gouvernement et un réinvestissement dans les universités québécoises. En fin de soirée mardi, les étudiants ont fait une deuxième contre-offre que Mme Courchesne a qualifiée hier de « beaucoup moins acceptable pour nous ». En fin de soirée, une source gouvernementale soutenait que les étudiants ne «semblaient pas vouloir déroger du gel» des frais de scolarité.


Comme Le Devoir l’évoquait hier matin, la contre-offre des étudiants comprenait un scénario de réduction du crédit d’impôt pour les droits de scolarité de 20 à 16,5 %, ce qui permettrait de dégager quelque 30 millions. Cela compenserait l’annulation de la hausse prévue pour la première année, ce qui correspond à une demande du gouvernement : que l’opération se fasse « à coût nul ».


Hier, le gouvernement a tenté de faire fi de la seconde contre-offre et a répondu à la première, ce qui a déçu les étudiants. Selon nos informations, après avoir nié certains des chiffres des étudiants, la partie gouvernementale aurait finalement confirmé que la baisse de quelque 3 % du crédit d’impôt permettrait de récupérer 33,8 millions.

 

« Le mur »


La pomme de discorde était apparue publiquement avant la pause du souper, vers 18 h 20, alors que la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, avait exprimé sa déception quant à l’évolution des pourparlers en illustrant les choses ainsi : « Nous sommes face à un mur. » Elle avait par la suite pris soin de le diffuser sur Twitter, ajoutant : « Mais nous resterons bien évidemment dans les négos. Les données doivent être analysées. »


En point de presse, Mme Desjardins a reproché à la partie gouvernementale de ne pas avoir analysé la deuxième contre-offre déposée par les étudiants mardi soir.


« On n’a pas eu de retour sur cette proposition-là. On attend, on espère qu’après le souper […] ; on a appelé en renfort des gens du ministère des Finances pour essayer de regarder et évaluer les données », a déclaré Mme Desjardins.


À la reprise des négociations en après-midi, Martine Desjardins avait soutenu que si le gouvernement avait vraiment pris le temps d’observer les propositions faites mardi par les étudiants, « il est fort probable qu’on ait une entente ». Du même souffle, Mme Desjardins avait indiqué que les discussions risquent bien de se poursuivre aujourd’hui.


« Parfois, on dit que la nuit porte conseil. Semble-t-il que ça n’a pas été le cas cette fois-ci », a soutenu le porte-parole de la CLASSE Gabriel Nadeau-Dubois au sujet de l’attitude contrastée du gouvernement en deux jours : « On avait fait des pas en avant hier [mardi]. Cette fois-ci [mercredi], ç’a été davantage des pas en arrière. »


M. Nadeau-Dubois a soutenu qu’il « y avait certaines choses sur lesquelles on pensait qu’on s’entendait [mardi] et sur lesquelles il semble qu’on ne s’entend plus. Je ne sais pas ce qui s’est passé », a-t-il dit. Afin de garder la pression sur le gouvernement, le porte-parole a encouragé en début de soirée hier les gens « à se mobiliser », « notamment dans quelques instants avec leurs casseroles, faire le plus de bruit possible pour témoigner encore une fois le désaccord d’une bonne partie de la population envers la loi 78 et la hausse des frais de scolarité », a-t-il dit en point de presse.


Aux yeux du porte-parole (qui ne participe pas directement aux discussions), rien n’est exclu, même pas une rupture des négociations. « Il va y avoir une décision de prise ce soir [hier]. On va peut-être revenir demain matin [aujourd’hui]. »


En matinée, le ministre des Finances Raymond Bachand a confirmé que la baisse du pourcentage du crédit d’impôt faisait « partie des idées qui sont soumises ». Il a souligné que le gouvernement, le 5 avril, avait déjà « bougé un peu avec le crédit au niveau des bourses » au moment où il annonçait la mise en place d’un nouveau mécanisme de remboursement proportionnel au revenu. Une annulation complète de ce crédit d’impôt permettrait de récupérer 138 millions, a-t-on confirmé au ministère des Finances, hier. Mais « le crédit d’impôt, c’est de l’argent qui revient aux étudiants ultimement… » a nuancé M. Bachand, qui se demande s'il ne s'agit pas de prendre de l’argent dans une poche pour en remettre dans l’autre.

 

Espoir


Les parties tentaient toutefois de s’encourager, à la reprise des négociations à 20 heures. « On va justement trouver la bonne corde et des bons souliers et on va franchir le mur », a soutenu Martine Desjardins. « Il n’y a pas d’obstacle insurmontable. C’est sûr que ça aiderait si le gouvernement était arrivé un peu mieux préparé en début de rencontre », a déclaré le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin.


Si le gouvernement devait rejeter les contre-offres étudiantes, les associations ne seraient pas prises au dépourvu, avaient-elles plaidé en après-midi : « On a plein de scénarios, vous allez voir, vous allez sourire, être probablement très surpris », s’était amusée Martine Desjardins. « On a probablement des dizaines de scénarios qui pourront être mis sur la table. Depuis le début, on a des solutions à proposer. [...] Des solutions, on en a encore plusieurs à venir », a-t-elle rappelé.

45 commentaires
  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 31 mai 2012 01 h 28

    il nous faut un budget participatif

    .

    Un des points, pour moi, qui m'apparait crucial pour améliorer l'accessibilité à l'éducation, c'est le capital de départ nécessaire pour étudier. Par exemple, une famille budgéttée au $ près ne pourra pas facilement améliorer son sort par l'éducation si elle doit débourser des frais plus élevés avant de pouvoir demander des prêts et bourses.

    Le gouvernement a déjà perdu : son entêtement nous a couté collectivement 10x plus que ce que la hausse rapporterait... Et pour quels résultats? Une crise étudiante qui vire en réveil démocratique et en rejet du présent régime...

    Nous avons tous des propositions pour faire économiser à notre organe collectif : le chaudron déborde. En ce sens, non seulement pour la présente question étudiante, mais pour les questions d'ainés et les questions de dettes, bref pour toutes les questions budgétaires : je crois qu'il nous faut un budget participatif pour définir entre citoyens de quelles sources on prélève le trésor public, vers quels services / ministères on l'alloue, et faire un suivi citoyen pour éviter la corruption.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

    • Carole Dionne - Inscrite 31 mai 2012 10 h 38

      Charest fait durer la négo...

      Pour pouvoir déclencher des élections le 4 juin avant d'avoir signer avec les étudiants.

      Cela vaut bien toutes les autres analyses

  • Gilbert Talbot - Inscrit 31 mai 2012 02 h 03

    Les étudiants participent. Le gouvernement s'isole.

    Les étudiants battent le gouvernement à tous les point de vue : ils sont ouverts, créatifs, tenaces. Ils acceptent les paramètres du gouvernement, font un gros compromis et tout ce que le gouvernement trouve à dire c'est non. On dirait que ce gouvernement ne veut pas vraiment d'entente. Je trouve les étudiants sont aussi bien patients.

    Les étudiants ne sont pas seuls. Les casseroles sont affutées. Il va y avoir du bruit dans l'air ce soir. Le gouvernement lui me semble de plus en plus isolé sur sa planète idéologique.

  • Sophie Leblanc-Van Neste - Abonnée 31 mai 2012 02 h 42

    Une sortie de crise étudiante par une réduction des crédits d'impôts pour frais de scolarité? Je vote pour

    Si ça passe, ça pourrait être une bonne nouvelle côté accessibilité et redistribution.
    Du côté du gouvernement, une annulation de ces crédits d'impôts pourrait compenser une bonne partie de la hausse (selon l'analyse du fiscaliste Godbout). Alors pourquoi le gouvernement refuse-t-il? (trop attaché au dégel?)

    Pourquoi serait-ce une bonne nouvelle pour les étudiants et plus généralement pour l'accessibilité aux études et la justice sociale? Car ces crédits d'impôts me semblent assez régressifs : celui qui a fait des études et payé des frais de scolarité reçoit des crédits pour payer moins d'impôts plus tard (mais les étudiants qui gagnent peu ou pas après leurs études ne bénéficieront pas de ce crédit!); hors, dans l'esprit d'un remboursement proportionnel au revenu, justement, on devrait payer plus d'impôts si on est allé aux études (plutôt que pendant les études), et ce proportionnellement au revenu qu'on gagne par la suite. Ces crédit sont donc l'inverse de la situation idéale, en terme d'accessibilité aux études et de redistribution.

    Je ne suis pas la seule à trouver ces crédits d'impôts peu avantageux : (voir étude de Fondation canadienne des bourses d’études du millénaire. (2007). "Crédits d’impôt pour frais de scolarité et pour études du Canada", p. 1 (et tout le document qui détaille ça) :
    "L’hypothèse mise de l’avant dans la présente analyse est que ces crédits d’impôt sont moins efficaces que d’autres politiques, autant pour faire croître les effectifs au niveau postsecondaire que
    pour fournir une aide financière aux étudiants, principalement parce que, n’étant pas remboursables, ils n’augmentent pas de façon importante le revenu de la plupart des contribuables qui les utilisent pendant leurs études. En outre, comme les étudiants et, ce qui
    est peut-être plus important encore, les futurs étudiants sont moins au fait des crédits que des frais de scolarité, ils ne savent pas

    • Chantal Grenier - Abonnée 31 mai 2012 12 h 17

      À mon avis, la disparition des crédits d'impôt ne serait pas avantageuse. C'est grâce à ces crédits (et nous ne faisons pas partie des gens riches) que nous avons pu financer les études universitaires de l'un de nos enfants jusqu'au bac. Ne pas oublier que les familles jouent un certain rôle dans le soutien aux études... à condition que ce soit pour elles une priorité. Avancer le montant nécessaire pour la première année signifiait renoncer à la voiture et aux réparations nécessaires pour la maison. Nous avons choisi et ne le regrettons pas.

      Actuellement, ce qui n'était pas le cas avant, un parent ou grand-parent peut bénéficier de crédits assez généreux (surtout au provincial), même si l'étudiant a plus de 25 ans et ne vit pas au Québec. Il suffit de penser au coût des études universitaires à l'extérieur de la province pour comprendre les avantages de cette mesure. En effet, de plus en plus de jeunes poursuivent leurs études aux États-Unis ou ailleurs. Les crédits d'impôt d'une année contribuent alors largement à financer la scolarité de l'année suivante, ce qui représente l'équivalent d'une bourse ou d'un prêt sans intérêt consenti par la famille.

      Dire que les futurs travailleurs à salaire modeste n'en bénéficieront pas n'est pas exact. Ces crédits annuleront l'impôt dû aussi longtemps que nécessaire puisqu'ils sont accumulables ad vitam aeternam.

      Les étudiants feront bien ce qu'ils veulent, mais devraient sortir leur calculatrice et réfléchir à deux fois avant de renoncer à cet avantage fiscal.

  • Marcel Bernier - Inscrit 31 mai 2012 03 h 00

    Un changement de paradigme est nécessaire…

    Pour que les négociations aient du sens, il faut sortir des paramètres néolibéraux que le ministre Bachand veut à tous prix conserver. C’est complètement absurde que nous ayons à nous endetter pour nous éduquer et acquérir les connaissances nécessaires afin de participer activement au développement de la société dans laquelle nous vivons. Nous plaidons pour la gratuité scolaire, et donc pour une diminution des frais de scolarité, là, maintenant, jusqu’à leur extinction, répartie sur une période de trois ans.
    En ce qui concerne le forum sur l’avenir des universités, il y a lieu de songer à la création d’une université libre en lieu et place de l’UQAM (afin de démontrer qu’il n’y a pas que le modèle néolibéral pouvant servir d’infrastructure au savoir) et pour la création d’un quartier latin digne de ce nom dans le centre de Montréal (et donc, pour le parachèvement des résidences pour les étudiants et étudiantes à l’îlot Voyageur).

  • Pierre Cossette - Inscrit 31 mai 2012 03 h 21

    Subtilités ...

    on se rend bien compte que dans le bras de fer que se livrent le gouvernement et les Associations étudiantes, les premiers en ont plein les mains avec les trésors d'ingéniosité que les jeunes déploient pour parvenir à un règlement. Des scénarios que Ministres et Premier Ministre ne soupçonnaient même pas malgré leurs brigades de fonctionnaires. Quant à notre Premier Ministre qui a daigné assister à une demie-heure de pourparlers, après des mois de grève et de manifestations, on ne peut que lui lancer une gerbe de fleurs pour son empressement à géométrie variable