Négociations dans une impasse à Québec

La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, et le président de la Fédération étudiante collégiale (FECQ), Léo Bureau Blouin
Photo: Clément Allard - Le Devoir La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins, et le président de la Fédération étudiante collégiale (FECQ), Léo Bureau Blouin

Les négociations à Québec sont dans une impasse au début de la troisième soirée de la « rencontre de la dernière chance » entre les associations étudiantes et le gouvernement Charest.

« Nous sommes face à un mur », a déclaré en anglais la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) Martine Desjardins au moment de prendre une pause pour le souper, vers 18 h 20. Un message qu’elle a pris soin de diffuser sur Twitter en français par la suite, ajoutant : « Mais nous resterons bien évidemment dans les négos. Les données doivent être analysées. » En point de presse, Mme Desjardins s’est dite « déçue » de l’attitude du ministère de l’Éducation et a reproché à la partie gouvernementale de ne pas avoir analysé la contre-offre déposée par les étudiants hier. « On n’a pas eu de retour sur cette proposition-là. On attend, on espère qu’après le souper […] ; on a appelé en renfort des gens du ministère des Finances pour essayer de regarder et évaluer les données », a déclaré Mme Desjardins. Des fonctionnaires du ministère des Finances ont été rappelés en renfort afin de bien décortiquer les données liées à la contre-offre des étudiants.


La déception se lisait aussi chez le président de la Fédération étudiante collégiale (FECQ), Léo Bureau-Blouin, qui a soutenu - en anglais - ne « pas être satisfait en ce moment ». Lui aussi s’est toutefois dit prêt à rester à la table « tardivement si cela peut rendre une entente possible ».


Pas d’entente ce soir


À son arrivée au lieu des négociations vers 15 h, Mme Desjardins avait déclaré : « Si le gouvernement a pris le temps d’observer les propositions qu’on a faites hier, il est fort probable qu’on ait une entente ». Du même souffle, Mme Desjardins avait indiqué que les discussions risquent bien de se poursuivre demain. « On a encore une chambre à Québec ce soir ! »


À leur retour à la table, les représentants étudiants avaient confirmé avoir catégoriquement rejeté la première offre du gouvernement, déposée hier, qui consistait à réduire l’ampleur de la hausse prévue (de 1778 $ sur sept ans) d’un montant de 35 $ par année. « Ç’a été unanime comme réponse […]. Ç’a été automatiquement refusé de la part des associations. » Ce refus n’a toutefois pas mis fin aux discussions. Les étudiants ont même fait en début de soirée hier une contre-offre qui respectait les « paramètres » du gouvernement.

 

Bachand confirme


Ce matin, le ministre des Finances, Raymond Bachand, a expliqué que ces « paramètres » impliquaient un respect du « cadre financier » du gouvernement et du réinvestissement dans les universités québécoises.


Comme Le Devoir l’évoquait ce matin, la contre-offre des étudiants comprenait un scénario de réduction du crédit d’impôt pour les droits de scolarité de 20 à 17 %, ce qui permettrait de dégager quelque 30 millions de dollars. Cela compenserait, pour la première année, l’annulation de la hausse.


« Ça fait partie des idées qui sont soumises », a confirmé Raymond Bachand ce matin. Il a souligné que le gouvernement, le 5 avril, avait déjà « bougé un peu avec le crédit au niveau des bourses » au moment où il annonçait la mise en place d’un nouveau mécanisme de remboursement proportionnel au revenu. Une annulation complète de ce crédit d’impôt permettrait de récupérer 138 millions. Mais « le crédit d’impôt, c’est de l’argent qui revient aux étudiants ultimement… », a nuancé le ministre des Finances, qui se demande si ce n’est pas prendre de l’argent dans une poche pour en remettre dans l’autre.

À son arrivée vers 15 h, le porte-parole de la CLASSE Gabriel Nadeau-Dubois a pour sa part dit espérer que le gouvernement avait travaillé sur la contre-offre des étudiants, car « on repart de ça à l’instant ». Pour M.Nadeau-Dubois, l’objectif n’est plus nécessairement d’annuler la hausse, mais de trouver « plusieurs endroits où aller chercher de l’argent pour essayer le plus possible de réduire la hausse des frais de scolarité ».


Arrivé près d’une heure avant ses collègues, le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, avait pour sa part évoqué la possibilité de remettre de « nouveaux scénarios » afin d’en arriver à un règlement, mais sans apporter de précisions. Si le gouvernement devait rejeter la contre-offre étudiante, les associations ne seraient pas prises au dépourvu : « On a plein de scénarios, vous allez voir, vous allez sourire, être probablement très surpris », s’est amusée Martine Desjardins. « On en a probablement des dizaines de scénarios qui pourront être mis sur la table. Depuis le début, on a des solutions à proposer. On en a fait, il y a à peu près deux mois ; des scénarios, des solutions, on en a encore plusieurs à venir », a-t-elle rappelé.

 

Solution globale


En fait, les représentants espèrent en arriver à une « solution complète », selon le terme du secrétaire général de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), Paul-Émile Auger, qui a exprimé la nécessité de régler une « crise sociale ».


Outre un règlement sur les droits de scolarité, les associations veulent aborder la question de la loi spéciale ainsi que certains « enjeux périphériques », selon le vocable utilisé par Léo Bureau-Blouin. En somme, il serait question de la création d’un conseil provisoire des universités pour surveiller leur gestion ainsi que la promesse de la tenue d’un Forum sur l’avenir des universités québécoises.


À son arrivée à l’édifice de la Banque Nationale, la ministre de l’Éducation s’est limitée à ce commentaire : « Je vais vous dire qu’on travaille très fort, je ne discuterai d’aucune proposition avec vous, mais on demeure dans le même mode de vouloir trouver des solutions. »

11 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 30 mai 2012 21 h 08

    Chronos

    Ce n'est jamais bon signe lorsque les discussions s'éternisent. Il est clair que Charest et ses sbires abusent de notre jeunesse et en profite pour les rouler dans la farine.

    C'est indigne. C'est immoral. C'est trop.

    JM Francoeur

  • Robert Breton - Inscrit 30 mai 2012 21 h 28

    Tel que prévu.

    Une pseudo négo de notre gouvernement.
    Vendredi, celui-ci annonce que les leaders étudiants sont «fermés».
    Lundi, une nouvelle annonce dramatique sur l'avenir du Qc mis en jeu.
    Mardi, le gouverne - ment (pas de moi celle-là) annonce que rien ne va plus.
    Jeudi, élections à court terme annoncées au nom de la démocratie, type mi-juillet, mi-août.
    Septembre, le parti libéral, au pouvoir encore, annonce la hause des frais de scolarité.

    • Aline Tétrault - Inscrite 31 mai 2012 08 h 01

      C'est bien ca qui s'en vient malheureusement! Les étudiants sans s'en rendre compte on négocier la longueur de la corde avec laquelle Charest va les pendres!

  • Dane Kennedy-Tremblay - Inscrit 30 mai 2012 21 h 29

    TACEQ

    Pourquoi les médias ne s'intéressent-ils pas à la TACEQ et à ses positions, qui nous représente, étudiants de McGill, Sherbrooke et Laval?

  • gauthier pierre - Inscrit 30 mai 2012 21 h 38

    Cette jeunesse est un véritable élan des facultés.Je lui dédie:

    Naître

    S’ouvrent, mes yeux s’ouvrent
    Sur l’océan, l’horizon, le cosmos

    Sur tout ce qui me fait taire
    Ou parler autrement
    Quand la Lune et la Terre
    Font vibrer le moment

    Dans la braise galactique
    Et l’opaque murmure
    Et le tourbillon cyclique
    Où s’étourdit la mesure

    Où se fondent tous les vertiges
    Dans ce que sera l’amour
    En des mouvements qui se figent
    Et retombent vers le jour

    J’écoute ma conscience accomplie
    Dans la résonance d’un regard
    Sur un visage que découvrent
    L’océan, l’horizon, le cosmos.

  • Yves Claudé - Inscrit 30 mai 2012 21 h 56

    L’usure du pouvoir et le pouvoir de l’usure …

    Le gouvernement Charest, qui en place depuis bientôt 10 ans, est “usé jusqu’à la corde” : il se trouve dans une situation de rupture qui ne pourra trouver de solution que dans des élections … à condition que les partis d’opposition ne nous fassent pas encore une fois, le coup de la division (stratégique et délibérée…) du vote.

    On peut à juste titre se demander si ce sont les liens étroits du gouvernement avec le capital financier, donc l’exercice d’un pouvoir se manifestant hors des institutions politiques, qui semble rendre impossible une résolution raisonnable du conflit étudiant ?

    Le gouvernement devrait pourtant savoir que le peuple québécois qui se réveille dans ce printemps sonore, a la tête aussi dure que le fond de ses casseroles et de ses chaudrons !

    Yves Claudé