Le logiciel libre pour résoudre la crise

Plus de logiciels libres pour moins de droits de scolarité. Les trois associations des professionnels de l’informatique versés dans le logiciel libre ont décidé de faire front commun hier afin d’inciter la ministre Michelle Courchesne à prendre en considération ce type d’applications pour résoudre en partie la crise sociale actuelle.

Selon eux, les économies potentielles liées à l’utilisation de ces produits dans le vaste plan de rajeunissement du parc informatique de la fonction publique pourraient atteindre 450 millions de dollars et du coup réduire la hausse des droits de scolarité envisagée par Québec d’ici 2017 de plus de 50 %.


Dans une lettre ouverte adressée à la ministre Courchesne et publiée aujourd’hui dans la page Idées du Devoir, alors que reprennent les négociations avec le mouvement étudiant, le groupe souligne au passage que cette porte de sortie, est doublement gagnante. Elle permettrait de soustraire l’État de l’emprise de la multinationale américaine Microsoft, qui devrait décrocher avec son Windows 7 la grosse part des dépenses liées à ce plan de remplacement des logiciels gouvernementaux, tout en donnant aux « nouvelles générations les outils pour façonner et construire le Québec de demain ».


« Mme Courchesne s’est dite intéressée par toutes les solutions qui permettraient de réduire la facture servie aux étudiants. En voici une, non négligeable et qui apporte la moitié de la solution », a résumé hier Benoît des Ligneris, président de l’Association professionnelle des entreprises en logiciels libres (APELL).


En mars dernier, le gouvernement Charest a approuvé un vaste plan de migration de 738 000 postes informatiques de la fonction publique vers le logiciel Windows 7 de la compagnie Microsoft, un logiciel dit privatif et lié à de coûteuses licences d’utilisation que les logiciels libres n’ont pas. La facture totale, d’ici 2014, est évaluée par le gouvernement à plus de 1,4 milliard de dollars, dont 904 millions uniquement pour la mise à jour des 500 000 postes de travail du milieu de l’éducation, souligne le regroupement des défenseurs du logiciel libre.


« L’introduction de logiciels libres dans le milieu de l’éducation, comme ailleurs, n’est pas qu’une solution économiquement efficace », a commenté Cyrille Béraud, président de la Fédération québécoise des communautés et industries du libre (FQCIL) qui a récemment annoncé son entrée en politique sous la bannière du Parti québécois (PQ). Il brigue l’investiture dans la circonscription de Vimont à Laval en prévision des prochaines élections. « Les valeurs portées par le logiciel libre s’appuient sur la liberté, le travail, la transparence, le partage et la collaboration, des éléments qui correspondent curieusement aux valeurs portées par le mouvement étudiant et la société québécoise en ce moment. »


Depuis quelques années, le logiciel libre, dont l’utilisation n’est pas assujettie à des licences d’exploitation et dont l’accès libre à ses codes de programmation permet plus de flexibilité, est largement promu au sein des administrations publiques un peu partout sur la planète. Il s’accompagne d’une réduction des factures informatiques gouvernementales et assure au passage la construction d’environnements informatiques plus sécuritaires et moins dépendants de produits provenant d’une seule source, estiment ses défenseurs.


En prenant en compte cette solution comme un des éléments de la sortie de la crise, Mme Courchesne pourrait donc, croit Daniel Pascot, président de l’Association pour l’appropriation collective de l’informatique libre (FACIL), faire bien plus que « résoudre le conflit actuel ». « Elle va permettre au Québec de se libérer de l’emprise des multinationales sur nos systèmes d’information » tout en « renforçant l’expertise et la capacité d’exportation des entreprises québécoises » et, du coup, « contribuer à bâtir l’économie du futur : l’économie du savoir », a-t-il expliqué.

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