Conflit étudiant - Courchesne se dit prête à reprendre les pourparlers

La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, est prête à reprendre immédiatement les pourparlers avec les étudiants, pourvu qu’ils renoncent à un moratoire sur la hausse des droits de scolarité et à la suspension de la loi spéciale.

Le gouvernement ne reculera pas sur ces deux conditions, a statué Mme Courchesne, hier, en point de presse au terme de la séance hebdomadaire du Conseil des ministres à Québec. « Je ne lâcherai pas, je suis très tenace, très déterminée. […] Je veux leur parler, alors c’est à eux à faire le bout de chemin nécessaire pour qu’on puisse se parler », a-t-elle argué, ajoutant qu’elle est disposée à convoquer les leaders étudiants dès maintenant.


Le retrait ou la suspension de la loi 78 adoptée vendredi dernier n’est pas une « condition sine qua non » à la reprise des négociations, a de son côté répliqué la présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), Martine Desjardins.


Quant au moratoire, la FEUQ apportera s’il le faut « un dictionnaire des synonymes » à la table des négociations pour s’assurer « qu’on trouve d’autres mots », a poursuivi Mme Desjardins.


« C’est beau de dire que les canaux sont ouverts, mais s’il n’y a pas de moyens d’action mis de l’avant, on ne s’en sortira pas, de cette crise-là », a souligné la présidente de la FEUQ, qui dit attendre encore une « proposition de rencontre » avec la ministre.


La FEUQ et son pendant collégial, la FECQ, ont eu des échanges téléphoniques ces dernières heures avec des représentants du bureau de Mme Courchesne, soucieux de tâter la température de l’eau.


Le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, souhaite que la reprise attendue des pourparlers soit assortie d’une « obligation de résultats ». « Ça fait trois, quatre fois qu’on se rend à Québec pour entamer des négociations et ça ne donne pas toujours les résultats escomptés pour des raisons multiples. L’idée, c’est qu’on trouve une manière pour qu’il y ait une certaine obligation de résultats et que ce ne soit pas juste parler pour parler », a-t-il opiné.


Quant à elle, la CLASSE, la plus militante des associations étudiantes, attendait toujours un appel du bureau de la ministre, selon l’attaché de presse de l’organisation, Renaud Poirier-St-Pierre.


Au lendemain d’une manifestation monstre réunissant des dizaines de milliers de personnes à Montréal, le premier ministre Jean Charest et la ministre Courchesne ont tous deux affirmé que la porte restait ouverte pour une reprise des pourparlers avec les leaders étudiants. « Le gouvernement a bougé sur les prêts, a bougé sur les bourses, a bougé sur le remboursement proportionnel au revenu, a bougé sur l’étalement [de la hausse des droits de scolarité]. Le gouvernement a fait plusieurs gestes, mais à chaque fois que nous avons tendu la main, cette main-là a été refusée. Malgré cela, la porte reste ouverte », a déclaré M. Charest pendant la période de questions.


Au cours des débats en Chambre, la ministre Courchesne a convenu que la reprise des échanges était essentielle à la résolution du conflit. Mais s’ils veulent négocier, les étudiants devront avoir quelque chose d’autre à soumettre qu’une proposition de moratoire. « Je pense sincèrement que, oui, nous pouvons encore une fois nous rasseoir positivement, constructivement. Mais encore faut-il que les trois associations étudiantes aient quelque chose de concret autre qu’un moratoire à nous mettre sur la table », a-t-elle lancé.


La ministre de l’Éducation a rejeté du revers de la main les critiques de l’opposition péquiste qui accuse le gouvernement de refuser de négocier une sortie de crise avec les leaders étudiants. Au contraire, a-t-elle rappelé, le gouvernement a bonifié à trois reprises ses programmes depuis le mois d’avril en plus de signer l’entente du 5 mai, rejetée plus tard par les associations étudiantes. Or, il faut être deux pour négocier, a fait valoir Mme Courchesne. « Est-ce que les associations étudiantes en ont, des propositions ? Si elles en ont, à partir de maintenant, nous les accueillerons », a-t-elle promis.


Encore une fois hier, l’opposition péquiste n’a pas ménagé les épithètes peu flatteuses pour qualifier la loi 78 visant à encadrer les manifestations de façon à mettre fin à la violence et au vandalisme. De l’avis de la chef Pauline Marois, le gouvernement a cherché à « bâillonner le Québec avec son odieuse loi 78 ». « Depuis le début de cette crise, nous cherchons à raisonner le gouvernement, à l’inviter à négocier de bonne foi. Nous lui demandons d’arrêter de se comporter comme un gouvernement assiégé, de tendre la main vers sa jeunesse plutôt que la matraque et les lois spéciales », a-t-elle pesté.

20 commentaires
  • André Vallée - Abonné 24 mai 2012 01 h 01

    Laisser faire...

    TAnt va la cruche à l'eau que finalement elle se casse.

  • Carole Dionne - Inscrite 24 mai 2012 01 h 54

    Elle ne veut pas les reprendre

    Parce que cela fait l'affaire de Jean Charest. Que la pagaille soit pris sur la Catherine fait l'affaire du gouvernement et de Jean Charest en particulier. Que prépare-t-il? Aucune idée mais il ne fait pas cela pour rien. Le temps que les médias s'accrochent au petit Gabriel Nadeau-Dubois, lui peut agir dans d'autres dossiers à sa guise. Je sui s sûr qu'à la fin, il remerciera Gabriel, Martine et Léo.

  • François Drolet - Abonné 24 mai 2012 07 h 12

    Pourquoi la hausse des frais de scolarité est-elle nécessaire ?

    Presse Canadienne....

    L'arrivée de 2011 signifie des baisses d'impôt importantes pour les entreprises canadiennes.
    ...
    Une réduction de 1,5 % de leur taux d'imposition entre en vigueur. Il passe de 18 % à 16,5 %.

    Le gouvernement Harper estime que les entreprises canadiennes pourront ainsi économiser quelque 1,6 milliard $.

    Alors que le gouvernement soutient que cette mesure rendra les compagnies canadiennes plus compétitives, les partis d'opposition ont fait pression pour qu'elle soit mise en veilleuse.

    Une autre baisse de 1,5 % est prévue le premier janvier 2012

    Francois Drolet

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 24 mai 2012 07 h 12

    Table vide de chaises ?

    Yahou ! Vives ces pourparlers qui, en temps et lieu, adviendront si les uns les autres décident de se rencontrer pour de vrai !

    Entre-temps, on dirait qu'il n'y a pas grand monde qui désire, face à face, se rencontrer et, surtout, se regarder dans la même direction, et jaser !

    On dirait que ce qui se vit ressemble à quelque chose qui, dépassant l'entendement humain, favorise éventuellement tout autant de la provocation qu'un "putch" anti-gouvernemental !

    Quant au Cheffe de l'Opposition officielle, et de son attitude silencieuse ou complice, elle aurait intérêt à revisiter la Loi matraque des années '80 (Celle du PQ) qui invitait, pour des raisons plutôt nébuleuses et sans discussion, les Employés de l'État Québécois à une baisse salariale de 20 % !

    Oui ! Il faut solliciter des pourparlers entre les personnes concernées ... mais pas `n'importe quel prix !

    Oui ! Il est bon de discuter en autant que le monde s'assoit !

    Table vide de chaises ? - 24 mai 2012 -

  • François Drolet - Abonné 24 mai 2012 07 h 23

    Et paf ! C'est officiel en se fait avoir.

    Parlant justement de la «juste part», sujet très en vogue actuellement, voici l’évolution réelle du portrait de la fiscalité canadienne et québécoise de 1963 à 2011 selon les données recueillies par le ministère des finances du Québec et par l’Agence du revenu du Canada. En 1963, au fédéral, les compagnies payaient 55% de tous les impôts sur le revenu et taxes de vente au Canada et les particuliers 45% comparativement à 16% en 2011 pour les entreprises et 82% pour les individus. Au Québec, c’était 38% pour les compagnies en 1963 et 62% pour les particuliers versus un rapport de 89% pour les individus en 2011 et de 11% pour les entreprises. Durant cette période de fulgurante croissance économique, les profits des entreprises ont explosé et les revenus des familles et des travailleurs ont au mieux fait du surplace.
    Réf : Léo-Paul Lauzon, J de Mtl

    À ceux qui ne le croient pas ou qui ne le voit pas, le Québec s'américanise. Notre société sociale-démocrate d'hier est bien à la poubelle. Pourtant je ne crois pas que c'est ce que la grande majorité des québécois désirent. Redevenons un peuple fier mais qui sait partager les efforts et la réussite aussi.

    Francois Drolet

    • Paule Panet-Raymond - Abonnée 24 mai 2012 07 h 52

      Merci, très intéressant, j'espère qu'un journaliste pourra nous donner plus de détails et mieux faire connaitre cette involution.
      Ève Langevin