Conflit étudiant - Charest déposera une loi spéciale

La nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, accompagnée du premier ministre Jean Charest.
Photo: Clément Allard - archives Le Devoir La nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, accompagnée du premier ministre Jean Charest.

Québec – Le premier ministre Jean Charest annonce que le gouvernement déposera une loi spéciale qui aurait pour effet de suspendre les sessions des collèges et des universités actuellement en grève jusqu'en août, à moins que des ententes n'interviennent dans les établissements.

M. Charest en a présenté les grandes lignes hier soir, aux côtés notamment de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, quelques heures après une réunion du conseil des ministres à Québec. Le projet de loi sur la loi spéciale sera soumis «bientôt» à l'Assemblée nationale.

 

Le gouvernement dit vouloir favoriser le droit de tous les étudiants qui le désirent à suivre leurs cours, et souhaiter avant tout «rétablir la paix sociale souhaitée par la population du Québec».
 

La loi doit proposer une modification à la loi provinciale sur le régime pédagogique, qui prévoit qu'une session doit comporter 82 jours.
 

En matinée, la ministre Courchesne avait déclaré ne pas avoir perçu la moindre volonté de compromis lors de sa rencontre la veille avec les leaders étudiants. Au contraire, elle disait avoir remarqué un «durcissement» de leurs revendications.

 

Le mouvement contre la hausse des droits de scolarité, qui en est à sa 14e semaine, fait l'objet ces derniers temps d'injonctions par des étudiants qui veulent reprendre les cours. Mais plus souvent qu'autrement, celles-ci ne sont pas respectées et donnent lieu à des confrontations entre étudiants en faveur de la grève et policiers aux portes des cégeps et universités. Bon nombre de votes en faveur de la reconduite de la grève ont été menés ces dernières semaines.

 

Le gouvernement a acheté des publicités dans les journaux de demain pour expliquer sa position. Il fait valoir certaines mesures déjà proposées pour régler le conflit, notamment l'augmentation des bourses et un remboursement du prêt étudiant proportionnel au revenu.

Les associations étudiantes furieuses

Environ une heure après l'annonce de M. Charest, les associations étudiantes ont condamné férocement ce projet de loi spéciale et ont eu des mots très durs à l'endroit du gouvernement. Le président de la Fédération étudiante collégiale (FECQ), Léo Bureau-Blouin, a même lancé que s'il devait y avoir "des violences et des blessés graves, Jean Charest devrait en porter l'odieux". Il a fait valoir qu'une telle crise ne se règle pas à coups de lois spéciales.

Le porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, a affirmé que le premier ministre "brise le droit de grève des étudiants pourtant reconnu". Il a soutenu que le gouvernement libéral semble préférer "frapper et ridiculiser la jeunesse que de l'écouter".

La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a dit croire que M. Charest "jette de l'huile sur le feu". La présidente Martine Desjardins a soutenu que la seule façon de régler la situation est d'"avoir une discussion avec les représentants élus des étudiants".

Une menace de la paix sociale, selon la FEUQ


Plus tôt en journée, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) avait mis en garde le gouvernement contre la tentation d'adopter une loi spéciale pour résoudre la crise des droits de scolarité.

Un coup de force destiné à mettre au pas le mouvement étudiant «envenimerait» la situation et compromettrait encore davantage la paix sociale, a fait valoir le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, en conférence de presse à Québec.
 

«Utiliser les forces policières pour régler ce conflit serait une décision extrêmement dangereuse qui va menacer encore plus la paix sociale», a-t-il estimé.
 

La FECQ est «prête à défendre» sa proposition de règlement auprès des associations étudiantes pour permettre le «retour en classe» expliqué M. Bureau-Blouin au lendemain de la rencontre des leaders des quatre organisations étudiantes (FECQ, FEUQ, CLASSE et TACEQ) avec la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne.
 

Le président de la FECQ a rejeté du revers de la main les reproches de Mme Courchesne selon qui les leaders étudiants ont «durci» leurs positions ces dernières semaines et refusent de jeter du lest.


En matinée, à l'occasion d'un court point de presse, la ministre Courchesne n'a rien fait pour dissiper l'impression que la ligne dure guide maintenant les décisions du gouvernement dans ce dossier.
 

Elle a déclaré ne pas avoir perçu la moindre volonté de compromis chez ses interlocuteurs lors de sa rencontre la veille avec les leaders étudiants. Elle a dit au contraire avoir remarqué un «durcissement» de leurs revendications.
 

«Leurs positions n'ont pas changé. Ils ont considérablement durci leurs positions et je n'ai pas vu poindre quelque compromis que ce soit», a-t-elle relaté.


En Chambre, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a interpellé le premier ministre Charest, lui demandant de cesser de jouer au dur et de trouver une solution «autre que la matraque» pour résoudre le conflit.
 

«Je dis au premier ministre: arrêtez de jouer aux gros bras, vous foncez droit dans un mur, il n'y a pas d'autres solutions que la discussion, que la négociation. Il est encore temps d'éviter l'escalade. Est-ce qu'il peut prendre une heure de son précieux temps et s'asseoir avec les étudiants?» a-t-elle lancé.


Plus de détails dans notre édition de demain

29 commentaires
  • Daniel Lambert - Inscrit 16 mai 2012 19 h 51

    La m.édiation

    Ce serait la pire des solutions.

    La solution la plus adéquate aurait été la médiation... mais ce n'est pas cela que Charest veut. Il préfère la méthode dure et il pourrait s'en mordre les pouces.

    Il y a quelques années, un journaliste, au lendemain de Tiannamen, écrivait ceci:

    Un État qui tue ses enfants est voué à disparaître.

    Nous ne sommes pas en Chine mais il ne faudrait pas donner aux événements l'occasion de répéter les mêmes catastrophes.

  • Peter Kavanagh - Inscrit 16 mai 2012 20 h 02

    Enfin!!

    Il est temps qu'une minorité supporté par les syndicats cesse de prendre les gens en otages. Si ils ne veulent pas étudier, qu'ils restent chez eux. Si on laisse ceux qui veulent étudier retourner dans leur cours, on verrait enfin combien d'entre eux vuelent réellement etre en ''greve''.

    • Nicholas Gionet - Inscrit 16 mai 2012 20 h 19

      Oui, et heureusement que Duplessis ait réussi à briser le mouvement syndical, un chance qu'on n'ait pas de loi contre les briseurs-de-grève, une chance que personne n'ait jamais utilisé la désobéissance civile au Québec...

      Parce-que comme ça, on a évité une révolution tranquille, on n'a aucune norme de travail, pas de salaire minimum et pas de système d'éducation provincial. Quelle poisse ce serait d'avoir des droits!

      Je vous le confirme: c'est là du sarcasme. Si vous n'êtes pas en mesure de comprendre que c'est exactement comme ça que tout les droits que vous prenez pour acquis l'ont été, je vous suggèrerais d'y retourner, vous, aux études.

    • Gaston Fringon - Inscrit 16 mai 2012 20 h 25

      Après tout, le progrès et l'éthique, ça mets pas le pain et le beurre sur la table...

    • Pierre Brulotte - Inscrit 16 mai 2012 20 h 46

      Je sui étudiant, je veux étudier, et l'éducation fait partie des valeurs les plus importantes à mes yeux. L'accès à l'éducation est donc tout ce que j'ai à coeur. Les autres étudiants partagent mon point de vue. Si on aurait pas voulu aller à l'école, on se serait contentés de lâcher le secondaire dès la 3e année et de rester analphabète comme 42% de la population québécoise.

    • Chantal Mino - Inscrite 16 mai 2012 20 h 46

      M. Kavanagh,

      Si vous n'aimez par la démocratie, le bien commun de l'ensemble des citoyens (et non pas juste une petite clique) et le fait que le peuple du Québec est souverain et représenté par des personnes qui se doivent de respecter leurs droits fondamentaux et demeurer à leur service et non au service du 1%, de leurs larbins et de la mafia, je vous conseille de vous ouvrir l'esprit ou de déménager, car vous serez très malheureux dans notre démocratie, nous ne sommes pas en monarchie ni en dictature Monsieur et notre sinistre Jean Charest le constatera bien assez vite parce que là, il va beaucoup trop loin.

    • Christian Lamontagne - Inscrit 16 mai 2012 20 h 56

      Quel jugement éclairé! Comme si on pouvait esquiver les débats de fond.

    • Danièle Houde - Abonnée 16 mai 2012 21 h 02

      Attendez un peu...aucune grandes causes sociales ne s'est faite sans "embarasser" un peu le restant de la population, ceux que vous appelez les otages.
      Une minorité a toujours fait avancer les causes sociales, amenant le Québec a l'état actuel, celui offrant des services de santé accessibles et... un système d'éducation accessible! Pourquoi reculer et retourner à ce qui était, il y a 50 ans!?
      Et les syndicats ne sont certes pas des anges mais ils ont l'honneur d'incarner des valeurs justes et équitables pour tous, très loin du "chacun pour soi" et de la logique de "l'égalité des chances -fait ce que tu peux pour t'en sortir tout seul"...pensée hautement libertarienne et individualiste qui mènerait à la fragmentation de la société.
      Je désaprouve totalement votre point de vue.

    • Coralie Laplante - Inscrite 16 mai 2012 23 h 25

      Et combien veulent réellement Charest Au pouvoir? Ce que les étudiants demandent n'est même pas irréaliste. En tant que CITOYENS (Eh oui, nous somme des citoyens) qui revendiquent des négociations et une ouverture de la part de gouvernement censé représenter l'ensemble de la population est non seulement ses électeurs, les étudiants ont droit à des explications. C'est un rapport d'égale à égale qu'on demande et nous devrions y avoir droit. Informe toi sur la grève.. la grève EXISTE. Discréditer un mouvement par des mots males employés, c'est lâches et bien vide de sens...
      Faire en sorte que le vote d'une partie de la population valle plus qu'une autre partie par une injonction ça, c'est de l'injustice et de l'iniquité... Nous appelons aux dialogues et aux manifestations, ce qui est au cœur de la démocratie. J'ai l'impression que la légitimité de la grève est remise en cause avec beaucoup de manque d'information... Premièrement la grève est Utile. En effet, pour avoir le merveilleux temps nécessaire pour s'informer et se mobiliser la grève est nécessaire. Ceux qui veulent réellement étudier ont le droit de faire la grève et cette grève est bien plus formatrice que bien des cours.
      Deuxièmement les étudiants qui font la grève veulent étudier. Tout les gens qui sont inscrits au cegep en ce moment sont des étudiants qui ont payé leur frais de scolarité et qui normalement veulent étudier.. Les gens qui s'inscrivent à l'université le font parce qu'ils croient en l'éducation et ne boycott donc pas l'université... Ils font la grève (pendant un certain temps.. le plus court serait le mieux). Si j'avais personnellement décidé de boycotter le cegep et l'université et le système d'éducation je n'aurais jamais payé mon inscription encourageant par le fait même ce système...
      Boycotter = refuser d'encourager une entreprise ou quelqu'un en se privant de ce service. Si je boycottais je demanderais remboursement et je renoncera

  • Gilbert Fafard - Inscrit 16 mai 2012 20 h 34

    Le carré des chemises bleues

    Une loi spéciale à saveur d'une autre époque? Nous avons le carré rouge, vert, blanc et nous voici avec un carré gouvernemental à couleur bleue de l'époque de 1930. Un peu dictatorial dans un Québec démocratique.

  • F. Georges Gilbert - Inscrit 16 mai 2012 20 h 42

    Deux visions aux antipodes

    L'une de l'autre.Il y a le président Hollande,qui prône (la justice, et la jeunesse,premières et véritables richesses)et Charest-Sarko,notre bouffon de la Démocratie, qui ignore allègrement,tous ces nobles concepts,pour accommoder l'oligarchie,la plutocratie, des Desmarais de ce monde. Tous ces sondages bidons,qui favorisent Charest,sont démentis dans mon quartier,par notre boucher,notre pharmacien, et beaucoup d'autre gens,qui expriment librement,tout leur raz-bol de Charest et de ce gouvernement gangrené jusqu'à l'os.Faire nous-même,notre propre sondage,pour réaliser que,(le monde bien ordinaire) n'est aucunement dupe de leurs mensonges,leurs basses manigances...

    • Nestor Turcotte - Inscrit 16 mai 2012 22 h 25

      Et vous voulez mettre qui au pouvoir?

  • Denoual Gerard - Inscrit 16 mai 2012 20 h 45

    il est temps qu'un gouvernement élu qui ne représente que 24% des électeurs inscrits et 41,5% des suffrages exprimés et qui démontre un mépris total envers ses jeunes laisse la place.