Line Beauchamp démissionne, Michelle Courchesne prend la relève

Line Beauchamp<br />
Photo: Clément Allard - Le Devoir Line Beauchamp

Confrontée à un mouvement de grève des étudiants qui ne s'estompe pas, la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, annonce sa démission. Elle en a fait l'annonce en conférence de presse cet après-midi aux côtés du premier ministre Jean Charest.

Line Beauchamp, qui est aussi vice-première ministre, affirme en être arrivée à cette décision après avoir compris qu'elle ne pouvait plus faire avancer le dossier de la grève étudiante. «Je démissionne parce que j'estime que je ne fais plus partie de la solution», a-t-elle déclaré. Elle quitte non seulement son poste, mais ne sera plus députée de Bourrassa-Sauvé, dans Montréal-Nord.

«Les associations étudiantes ne font pas confiance aux élus du peuple, a-t-elle dit. Je n'aurai jamais réussi à leur faire faire un compromis [aux associations étudiantes]. Alors je fais l'ultime compromis, je cède ma place.»

Michelle Courchesne la remplace à l'Éducation. Michelle Courchesne avait participé il y a une dizaine de jours aux négociations intenses qui avaient mené les représentants des quatre associations étudiantes et le gouvernement à une fragile entente sur la hausse des droits de scolarité.

Line Beauchamp a pris soin de souligner qu'elle ne démissionnait pas à cause de la violence, ni de l'intimidation, ni du vandalisme, ni de la désobéissance civile auxquels on a parfois assisté durant les manifestations étudiantes. Elle a dit continuer de croire à la nécessité de mieux financer les universités, ajoutant que les étudiants doivent faire leur juste part à ce chapitre.

«S'il y a des perdants aujourd'hui, ce sont tous les étudiants qui ne peuvent pas rentrer en classe.»

Le premier ministre Charest, qui a pris la parole après Mme Beauchamp a dit: «j'ai tenté de te retenir, de te garder avec nous».

Les leaders étudiants surpris

En entrevue à RDI immédiatement après l'annonce de la démission, deux des actuels leaders du mouvement étudiants ont semblé surpris.

«On est assez surpris», de dire Martine Desjardins, président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qui ajoute que les discussions se poursuivaient très récemment avec la ministre démissionnaire, et que «plusieurs pistes de solutions étaient sur la table (...) Nous sommes toujours à la recherche d'une sortie de crise», ajoute-t-elle.

Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE, ajoute que «le problème (dans la crise actuelle) n'a jamais été Mme Beauchamp, ça toujours été la question des droits de scolarité. Ce n'est pas une démission en soi qui va régler la crise».

«Un changement de ministre peut peut-être amener un changement d'attitude», ajoute-t-il.

«Rien ne laissait présager après les discussions de lundi un tel coup d'éclat», a exprimé le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, tenant à saluer l'«engagement politique» durant une quinzaine d'années de Mme Beauchamp.

Il n'a toutefois pas apprécié que la ministre démissionnaire impute la faute de l'impasse actuelle aux leaders étudiants. «Une part importante revient à la rigidité du gouvernement sur le problème principal des droits de scolarité. Je crois que Mme Beauchamp n'avait pas une marge de manoeuvre suffisante du cabinet du premier ministre», a-t-il fait valoir.

M. Bureau-Blouin a accueilli «positivement» la nomination à l'Éducation de l'actuelle présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne. Il a dit espérer que la «ministre d'expérience» puisse avoir, contrairement à sa prédécesseure, toutes les «cartes en mains» pour agir en «pompier plutôt qu'en pyromane».

Le président de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne, a dit espérer qu'un tel changement d'acteur puisse être un «catalyseur» pour une sortie de crise. «La situation est critique, déjà 11 sessions d'été ont été annulées. Tout ce qui peut amener un renouveau est bienvenu«, a-t-il exprimé.

M. Beauchesne a ajouté que la voie d'un moratoire sur la hausse des droits de scolarité «mérite d'être explorée».

Départ d'une autre vice-première ministre

Avec la démission surprise de Line Beauchamp, le premier ministre Jean Charest perd pour la troisième fois la ministre au sein de son équipe désignée pour être son bras droit.

Ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget aura été la première femme forte, "la dame de fer" du gouvernement Charest, pendant plusieurs années, avant de démissionner en 2009.

Par la suite, Nathalie Normandeau a hérité du rôle de numéro deux du gouvernement en devenant vice-première ministre et ministre des Ressources naturelles, jusqu'à sa démission en septembre dernier.

Avant même sa nomination de septembre dernier, Mme Beauchamp faisait déjà partie du cercle restreint des ministres associés de près aux processus de réflexion et aux décisions prises par le premier ministre.

Avant d'occuper le siège explosif de ministre de l'Éducation, la députée libérale de Bourassa-Sauvé depuis 1998 aura été ministre du Développement durable et ministre de la Culture.

Au ministère de l'Éducation, Mme Beauchamp laisse en plan un projet de loi contre l'intimidation à l'école, qu'elle avait déposé il y a quelques mois, avant que la crise avec les étudiants autour de la hausse des droits de scolarité ne dégénère, jusqu'à entraîner son départ.

Un autre dossier qui lui aura donné du fil à retordre est celui du décrochage scolaire, éternelle bête noire des ministres de l'Éducation.

Mais surtout toute la question de l'accessibilité aux études, de la "juste part" payée par les étudiants et, dans une perspective plus large, du financement des universités, demeure non résolue.

Psychologue de formation, Line Beauchamp est diplômée de l'Université de Montréal. Elle est née à Valleyfield en 1963.

Avant d'entrer en politique, en 1998, elle s'était signalée durant les années 90 dans des organismes de développement de l'est et du nord de Montréal, mais surtout en prenant la direction de la station de radio CIBL-FM.

Pendant plusieurs années, son conjoint était un des principaux organisateurs électoraux du PLQ, Pierre Bibeau.


91 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 14 mai 2012 15 h 50

    Une démission aux accents revanchards, dans l’indignité !

    Alors qu’elle avait déjà démissionné à toutes fins pratiques de son poste de ministre de l’éducation, Madame Line Beauchamp formalise cette démission avec un discours aux accents revanchards, qui cible d’une manière honteuse les associations étudiantes et leurs dirigeants, dans une vaine tentative de masquer un échec magistral dans une gestion lamentable de la crise étudiante, dont elle porte la responsabilité avec son gouvernement.

    Madame Line Beauchamp quitte son poste ministériel dans l’indignité et l’illégitimité, avec la même arrogance dont elle a fait preuve tout au long du conflit, à travers une vaine propagande libérale à laquelle on peine à croire qu’elle apporte le moindre crédit.

    On souhaite à Madame Beauchamp de prendre le temps de retrouver le sens des mots qu’elle avait de toute évidence perdu, ainsi que celui de l’éthique et de la responsabilité.

    Il est enfin temps de dénouer la crise étudiante avec un moratoire immédiat sur les droits de scolarité et un ensemble de mesures pour faciliter la reprise des cours dans les établissements en grève.

    Yves Claudé

    • Normand Gélinas - Inscrit 14 mai 2012 16 h 51

      Je vous remercie pour votre clarté et précision.

    • Émile Essent - Inscrit 14 mai 2012 18 h 39

      +1

    • Jocelyn Cloutier - Inscrit 14 mai 2012 19 h 06

      Comment expliquer autrement que par votre opinion, le fait que Mme Beauchamp puisse soudainement s'enfuir du navire politique et gouvernemental tout en prétendant avoir la conviction du devoir accompli, d'avoir conservé immaculés, son honneur et son intégrité ?

    • André Desgagnes - Inscrit 14 mai 2012 19 h 07

      N'oublions pas que ces étudiants sont nos futurs dirigeants, gestionnaires et professionnels de demain.
      À vous une idée s'il devait négocier la séparation du Québec avec Ottawa.
      Y penser c'est déja trop.
      Pôvre Québec
      André Desgagnés

    • Philippe Alexandre - Inscrit 14 mai 2012 21 h 07

      Line Beauchamp ne démissionne pas à cause de la grève étudiante :

      1- Il y a quelques semaines, les médias révèlent qu'elle a présidé une activité bénéfice partisane en compagnie d'un membre du crime organisé.

      2- Peu après, elle affirme ne pas connaître ce monsieur.

      3- Le député libéral Tomassi doit démissionner pour avoir été compromis dans une affaire louche.

      4- Le père de Tomassi, ramasseur de fonds pour le parti Libéral, déclare que Beauchamp connaissait le membre du crime organisé qu'elle prétend ne pas connaître. Selon lui, elle doit démissionner, sinon ce sera la preuve qu'elle a droit à un traitement de faveur et que son fils a été victime de racisme de la part du parti.

      5- Deux jours plus tard, Line Beauchamp démissionne. Officiellement, à cause de la grève !

      Résultat :

      - Le Parti Libéral occulte une autre affaire de collusion avec le crime organisé.

      - Le Parti libéral fait savoir à la communauté italienne qu'il ne pratique pas la discrimination à son égard. Pas de chicane dans la cabane.

      - Les Libéraux ont maintenant une martyr pour attendrir l'opinion publique et démoniser les étudiants.

  • Claude Simard - Inscrit 14 mai 2012 15 h 54

    Majotiré de un député

    Le gouvernement a une majorité d'un seul député.

    • claude boucher - Inscrit 14 mai 2012 16 h 17

      Je ne souhaite rien je le jure,mais si ce député qui rend le plq majoritaire avait une très-très grosse gripe de quelques mois,HI-HI-HI.

      Je ne souhaite rien je le jure...

    • Claude Simard - Inscrit 15 mai 2012 00 h 40

      Ce serait une porte de sortie honorable pour le Premier Ministre que d'acoir à déclencher des élections sur un vote de censure, au point où il est rendu. Ce serait la faute de Pauline encore une fois.

  • Linda Delorme - Inscrite 14 mai 2012 16 h 00

    Elle démissionne...

    Trop pantoite?

    • claude boucher - Inscrit 14 mai 2012 16 h 23

      Trop pantoisette :-)

    • André Desgagnes - Inscrit 14 mai 2012 20 h 40

      Madame Delorme,je suppose que vous n'avez jamais faite de faute dans votre vie.

  • Luc Fortin - Inscrit 14 mai 2012 16 h 01

    Un nouvel emploi?

    Reste à savoir si elle va rejoindre les ex ministre du Qubec's Liberal Party...

    • claude boucher - Inscrit 14 mai 2012 16 h 46

      Ne vous inquétez pas,Desmarais luis a réservé une place de choix pour service rendu.

  • Richard Laroche - Inscrit 14 mai 2012 16 h 02

    Finir en beauté

    «Les associations étudiantes ne font pas confiance aux élus du peuple"

    Pour votre information, le Peuple non plus ne fait plus confiance aux élus.

    "Je n'aurai jamais réussi à leur faire faire un compromis [aux associations étudiantes]. Alors je fais l'ultime compromis"

    Ah oui? Vous allez vraiment passer par dessus votre égo et votre orgueil, faire une démonstration de sagesse et régler cette crise en mettant de coté cette hausse jusqu'à ce que le Peuple se prononce sur la question lors des prochaines élections?

    "...je cède ma place.»

    FFFFFfffffuuuuuuuuuuu!

    • claude boucher - Inscrit 14 mai 2012 16 h 48

      Pentoisettement...

    • Kavin Hébert - Inscrit 14 mai 2012 18 h 33

      Sans oublier : le gouvernement ne fait pas confiance à ses électeurs non plus...

    • Claude Simard - Inscrit 15 mai 2012 00 h 47

      ''Personnellement, en tant que Ministre ....'' Choississez , soit que vous vous exprimez personnellement ou soit que vous parlez au nom du peuple en rapport au mandat que ce dernier vous a donné en toute légitimité. Est-ce si difficile de parler au nom du peuple et d'oublier un instant vos plans de carrière?