Crise étudiante - Reid jette de l’huile sur le feu

Policiers et manifestants devant le Centre de commerce mondial, à Montréal, hier matin. Deux autres manifestations reliées au conflit étudiant ont eu lieu hier soir.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Policiers et manifestants devant le Centre de commerce mondial, à Montréal, hier matin. Deux autres manifestations reliées au conflit étudiant ont eu lieu hier soir.

Alors que le gouvernement tentait d’apaiser le mouvement étudiant hier, l’ancien ministre de l’Éducation Pierre Reid a soulevé l’ire de leurs représentants en les qualifiant de « peu crédibles » et en affirmant que leurs associations étaient « noyautées par des gens qui ne prennent pas leurs études très au sérieux ». « C’est insultant de dire aux étudiants qu’ils ne croient pas dans l’éducation alors que ça fait des semaines qu’ils scandent dans les rues qu’ils veulent plus d’accessibilité », a répliqué Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Pour le porte-parole de la CLASSE Gabriel Nadeau-Dubois, « M. Reid en veut vraisemblablement encore au mouvement étudiant de lui avoir fait perdre son poste de ministre en 2005 ».

Lorsqu’il détenait le portefeuille de l’Éducation à l’époque, M. Reid avait voulu convertir 103 millions de dollars de bourses d’études en prêts. Le mouvement étudiant avait alors déclenché une grève qui avait duré plus de 50 jours. En février 2005, Jean Charest avait muté le député d’Orford et l’avait remplacé par Jean-Marc Fournier.


À l’entrée du caucus hier, celui qui aussi été recteur de l’Université de Sherbrooke a soutenu que « la base étudiante est noyautée par des gens qui ne prennent pas leurs études très au sérieux ». C’est cela qui, à son sens, enlève toute crédibilité aux représentants de leurs associations. Si l’entente de principe intervenue en fin de semaine a du plomb dans l’aile, c’est selon lui que « les dirigeants étudiants ont échappé le ballon ». Pour un gouvernement, a-t-il soutenu, il est difficile d’avoir face à soi « des intervenants qui ne sont pas crédibles ». À preuve, a-t-il insisté, ces intervenants ont signé une entente avec le gouvernement et par la suite, « la base ne les suit pas ».


Contrairement à dimanche, Jean Charest a mis l’accent sur le dialogue hier en Chambre : « Nous allons faire tous les efforts nécessaires pour créer un espace de discussion, c’est l’objectif que nous nous étions fixé. » Plus tôt, la chef péquiste Pauline Marois, à l’entrée de son caucus, avait enjoint au premier ministre de « continuer à dialoguer avec les étudiants pour qu’ils ne perdent pas leur session ». Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a pour sa part exigé que le gouvernement prenne tous les moyens pour que les étudiants reviennent en classe dès lundi.


Tout en refusant de « renégocier l’entente », la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a accepté hier d’explorer des « précisions » pouvant y être apportées. « On va voir ce qu’on peut faire. […] On a déjà passé 22 heures à débattre d’enjeux de fond. » En entrevue au Devoir, le président de la CSN, Louis Roy, a déploré que le gouvernement n’ait jamais précisé si le conseil provisoire des universités (CPU) avait ou non comme mandat de faire des recommandations sur la hausse des droits de scolarité. « J’ai regardé mes documents et j’ai vu que la demande a été faite plusieurs fois d’ajouter ‟droits de scolarité” dans le texte de l’entente. La ministre n’avait pas l’air de s’y opposer. » Même s’il estime qu’il « commence à être tard pour les précisions », il dit avoir téléphoné au cabinet de la ministre hier à ce sujet. Martine Desjardins, de la FEUQ, concède que l’absence des mots « droits de scolarité » dans l’entente peut en partie expliquer son rejet massif : « On savait que ça n’allait probablement pas passer auprès des étudiants. Mais dans une situation de sortie de crise, notre responsabilité c’était de soumettre une offre », a-t-elle expliqué. Mme Desjardins appelle à un retour aux pourparlers. « Si la ministre revient à la raison et décide d’un retour à la table, on est prêts », a-t-elle déclaré.

 

Rejet massif


Hier, les associations étudiantes réunies en assemblée générale à l’Université de Montréal, à l’Université Laval, à l’UQAM, à l’Université Concordia et à l’Université de Sherbrooke ont rejeté l’entente et reconduit la grève. Les cégeps de Baie-Comeau et Montmorency ont fait de même. Toutefois, le cégep de Lanaudière à Terrebonne a voté pour le retour en classe dès aujourd’hui, même si la proposition a été rejetée par les étudiants. Seuls les étudiants du cégep de Rimouski, qui n’étaient pas en grève, ont appuyé l’entente.


Inquiètes, les directions des cégeps se sont réunies hier en fin de journée pour discuter des différentes solutions. « On a franchi cette barrière-là. C’est devenu critique pour plusieurs cégeps. Si le conflit se règle demain matin, on va tout faire pour reprendre les cours d’ici le 30 juin […], mais il n’y a pas de lueur au bout du tunnel », a dit le président de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne, semblant découragé.


M. Beauchesne a laissé entendre que des directions de cégeps les plus retardés par la grève pourraient « faire une sortie publique » pour faire connaître leur solution. En grève depuis le 21 février, le collège de Maisonneuve reconnaît que sa situation est difficile, mais ne prévoit pas pour l’instant reporter en septembre la session d’hiver. Ce cégep fait toutefois partie des trois établissements ayant un important déficit et dont la crise actuelle aggrave les problèmes financiers. Au moins cinq autres cégeps dans une situation financière critique pourraient aussi avoir des problèmes à boucler leur budget. M. Beauchesne admet que la question des coûts devra être discutée, mais « l’important pour l’instant, c’est le retour en classe ».


Le président de la Fédération nationale des enseignants (FNEEQ-CSN), Jean Trudelle, est aussi d’avis que la situation prend l’allure d’un casse-tête s’annonçant très coûteux. Des accommodements pourraient être définis avec certains enseignants : « Les professeurs qui le peuvent auraient six semaines de vacances au lieu de huit et les deux semaines seraient payées en heures supplémentaires. Ça pourrait techniquement se faire », a confirmé M. Trudelle. Cette avenue, avec d’autres, sera discutée demain avec les membres du syndicat réunis.

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Avec La Presse canadienne

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59 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 9 mai 2012 02 h 49

    Les “casseurs” ont-ils pris le contrôle du gouvernement ?

    Au vu des dommages humains et financiers générés par une stratégie gouvernementale dont on peine à percevoir d’autres avantages que des gains politiques honteusement acquis, on peut se demander, d’une manière évidement symbolique…, si des “casseurs” ou autres “incendiaires” n’aurait pas pris le contrôle du gouvernement ?

    Dans ce contexte, Monsieur Pierre Reid, avec ses interventions sans doute trop médiatisées, n’apparaît que comme le modeste figurant d’une scène de désolation, dans lequel il joue le rôle d’un improbable “pompier incendiaire”.

    Sur le devant de la scène, la ministre de l’éducation se livre à un exercice d’autosatisfaction (voir sa lettre publiée ce jour dans Le Devoir), qui apparaît comme étant parfaitement décalé par rapport la réalité, voire surréaliste, alors que la situation dans nombre d’institutions collégiales et universitaires a atteint un niveau critique qui est devenu inqualifiable !

    Dans ces convulsions sociétales, à défaut de ressources sociopolitiques, psychologiques, etc, qui ne semblent plus suffisantes pour comprendre adéquatement la situation de crise interminable dans laquelle le Québec est plongé, il nous reste quand même des références mythiques à projeter sur des réalités qui défient l’entendement : Attila et les Huns, l'empereur Néron et l’incendie de Rome, etc.

    Une fois ces turbulences passées, espérons le, il faudrait quand même penser, comme disait le poète…, à se mettre à la tâche pour “désembourber l’avenir” !

    Yves Claudé

    • Lydia Anfossi - Inscrite 9 mai 2012 08 h 19

      Excellent!

    • Killian Meilleur - Inscrit 9 mai 2012 18 h 25

      “pompier incendiaire”

      Vous avez lu Farenheit 451?

      Un peuple qui, majoritairement, dort - parce que la première condition à l'acceptation du rêve américain est justement un sommeil de plomb -, un dénigrement systématique de l'instruction, de la répression policière, de la démagogie en vrac et pour tous les goûts...

      C'est vrai qu'un peuple éduqué, quand on veut asseoir son pouvoir et celui de ses amis, c'est toujours une épine dans le pied...

  • Luc Fortin - Inscrit 9 mai 2012 04 h 12

    Ligne de parti?

    Pourra-t-on conclure que le député Reid a respecté la ligne de parti du Quebec's Liberal Party s’il ne se fait rappeler à l'ordre par John James?

    • Richard Lavoie - Inscrit 9 mai 2012 10 h 22

      Indeed, mon cher. C'est en plein ça!

  • Yves Côté - Abonné 9 mai 2012 04 h 14

    Les gouvernements Charest successifs...

    Les gouvernements Charest successifs sont à chaque fois construits de pompiers pyromanes...
    Les incendies sont hypocritement allumés par des élus qui, pour livrer au Canada un Québec vide de lui-même, en profitent pour pousser toujours un peu plus loin leur entreprise habile de destruction des Québécois.
    Sous prétexte de bonne gestion économique ou autre, tel Pierre Reid le fait, sous couvert de protéger le droit, ces champions de la fumisterie entortillent doucement ou violemment la vérité d'un lierre qui l'étouffe petit à petit.
    Nous Québécois aurons bientôt, avons déjà, une dette immense envers ces étudiants qui résistent à tout ce que nous n'avons plus le courage de résister nous, nous qui sommes maintenant si "bien installés" dans la vie que plus aucune injustice sociale ne nous émeut...
    Qu'on s'en rende compte ou pas, ces étudiants qui refusent de s'assagir sont le dernier espoir viable de revendication d'une vie collective québécoise profondément distincte de celle dominante en Amérique du Nord et dans le monde.
    Qu'on s'en rende compte ou pas, au Québec, ce sont ces étudiants qui ont tracé au sol de nos rues la ligne de démarcation entre, d'un côté, l'acceptation béate, facile et paresseuse d'un mode de vie uniforme et, d'un autre côté, l'affirmation de la légitimité des différences entre les sociétés qui, par déterminismes historiques et géographiques, doivent cohabiter.
    La question que pose ces étudiants en grève n'est-elle pas celle de la continuité des engagements sociaux d'un état envers ses administrés ? Que cet état soit dépendant plutôt qu'indépendant n'y faisant rien pour en aider la réponse...

    Vive le Québec libre d'instruire au mieux sa jeunesse et ses citoyens !

    • Lorraine Dubé - Inscrite 9 mai 2012 09 h 17

      Messieurs Claudé, Côté et Fortin
      Merci.

      Reid condescendant à la rescousse? Aucune crédibilité à lui accorder!

      Le moment opportun pour le déclenchement d'un scrutin? Le PLQ est pris au dépourvu. Les stratèges multiplient les scénarios. Les libéraux ne doivent plus faire diversion de l'ensemble de leur bilan.

      Prévision- Mobilisation citoyenne lors des partielles et de la prochaine campagne électorale. Aucun temps ne sera propice à la désinformation et diversion caractérisant le PLQ. Manifestations dans les rues.

      Les libéraux doivent rendre des comptes pour l'ensemble de leur fiasco. Les enjeux vont au-delà de la hausse des frais de scolarité.

    • Denis Beausoleil - Abonné 9 mai 2012 16 h 05

      J'abonde totalement dans votre sens M. Côté.
      Vous résumez parfaitement bien ma pensée.
      Merci
      O. Lessard

  • Régine Pierre - Inscrite 9 mai 2012 06 h 16

    Monsieur Charest perd le contrôle

    Qui se souvenait que Pierre Reid avait été Ministre de l'éducation? Il est vite retourné député d'arrière banc. Quoiqu'il en soit de ces gaffes à répétition, il faut reprendre les négociations de toute urgence avant que les évènements malheureux ne s'accumulent. Certains étudiants sont en train de craquer et pour cause. Mais les étudiants ont perdu confiance en Line Beauchamp; le rejet massif de l'entente en témoigne. Monsieur Charest devrait l'écarter et nommer un autre ministre pour reprendre les rênes de la négociation.

    Ça pourrait être la ministre Courchesnes qui a réglé la négociation avec les employés de l'État, qui était ministre de l'éducation avant Line Beauchamp et qui était présente à la table en fin de semaine. Elle a accordé une entrevue à la radio de Radio-Canada, dimanche et elle, elle n'a pas gaffé.

    Il est grand temps que Jean Charest prenne les étudiants au sérieux.

    • Killian Meilleur - Inscrit 9 mai 2012 18 h 35

      Le rejet de la ministre ne changera malheureusement rien.

      Ce qui est exigé, et ce depuis, je le crie haut et fort, DEUX ANNÉES, c'est que le gouvernement remette en question sa décision de hausser les frais de scolarité, considère TOUTES les autres options de financement, et justifie pourquoi il refuse CHACUNE d'entre elles.

      Ce qu'il a refusé de faire jusqu'à maintenant.

      Un gouvernement quir efuse de discuter de ses décisions même lorsqu'elles sont remises en question par un aussi immense mouvement social

      n'est plus démocratique.

    • Régine Pierre - Inscrite 10 mai 2012 06 h 26

      Dans une négociation, changer d'interlocuteur est une façon de mettre des solutions nouvelles ou de remettre sur la table des solutions précédemment rejetées dans le but de dénouer une impasse.

  • Gaston Langlais - Inscrit 9 mai 2012 06 h 34

    Faire parler les moins bons...

    Bonjour,

    Je crois que M. Pierre Reid en plus de manquer de jugement (c'est pour cela qu'il a été congédié comme ministre de l'Éducation) est aussi incapable d'éprouver une certaine gêne. On l'avait oublié, voilà qu'il s'agite, toujours avec la même inhabilité.

    Gaston Langlais - Gaspé.