Le respect perdu

La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, n’a pas eu le cynisme de dire que les firmes de génie-conseil organisent ses activités de financement simplement pour l’encourager à continuer son bon travail, comme l’avait fait son ex-collègue Nathalie Normandeau.


Mme Beauchamp a beau jurer qu’elle serait encore incapable de reconnaître Domenico Arcuri sur une photo, la présence d’un caïd de la mafia montréalaise parmi la quinzaine de convives à un petit-déjeuner-bénéfice dont elle était l’invitée-vedette n’en suscite pas moins un profond malaise.


Il est vrai que l’organigramme officiel d’une entreprise précise rarement qu’elle est contrôlée par la mafia, mais il est toujours étonnant de constater à quel point les apparatchiks libéraux semblent incapables de faire des liens qui n’échappent pourtant pas aux journalistes.


Dans le cas qui nous occupe, l’attaché politique chargé du dossier, Gilles Deguire, aujourd’hui maire de Montréal-Nord, n’a reconnu personne malgré ses 30 ans d’expérience policière. Ni Lino Zambito, ni Paolo Catania, qui étaient également présents, selon TVA. Un fin limier.


Résumons les faits révélés par La Presse hier. Une firme de génie-conseil, Génivar, organise un petit-déjeuner à Laval le 6 avril 2009. Pour une contribution minimale de 1000 $, les participants peuvent y rencontrer Mme Beauchamp, alors ministre de l’Environnement. M. Arcuri représente la société Énergie carboneutre, une firme spécialisée dans la décontamination des sols, dont les études techniques ont été réalisées par Génivar. En mai 2010, Énergie carboneneutre obtient du ministère l’autorisation qu’elle réclamait.


Bien entendu, il ne faut voir là aucun lien de cause à effet. Comme dans le cas de Boisbriand, où l’octroi opportun d’une subvention a permis aux commanditaires d’un cocktail-bénéfice au profit de Nathalie Normandeau, à l’époque ministre des Affaires municipales, de décrocher de plantureux contrats, il s’agit d’une pure coïncidence.


Les ministres du gouvernement ont beau répéter que toutes ces décisions ne sont jamais prises au niveau politique, les millions continuent pourtant d’affluer dans la caisse du PLQ. Que des hommes d’affaires aussi avisés s’entêtent à jeter ainsi leur argent par les fenêtres demeure un véritable mystère.



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Ces nouvelles révélations ne pouvaient survenir à un plus mauvais moment pour le gouvernement Charest, qui est complètement dépassé par la crise étudiante. Cela explique cependant très bien pourquoi il a perdu l’autorité morale qui lui permettrait de la régler.


À partir du moment où Line Beauchamp participe elle aussi au système que la commission Charbonneau a été chargée de démanteler, elle peut difficilement se présenter devant les associations étudiantes comme la protectrice de l’intérêt public.


Après avoir été surprise à prendre le petit-déjeuner avec des mafiosi, il devient assez délicat pour Mme Beauchamp de refuser de s’asseoir avec les représentants de la CLASSE sous prétexte qu’elle n’apprécie pas les méthodes de celle-ci.


Il y a d’excellents arguments qui peuvent militer en faveur d’une hausse des droits de scolarité. Encore faut-il que celui qui les défend ait la crédibilité requise. Les évaluations du coût de la corruption dans l’industrie de la construction peuvent varier, mais il est certainement supérieur à la contribution qui est exigée des étudiants pour le financement des universités.



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Si le groupe des « lucides » a décidé de reprendre du service sous la houlette de Lucien Bouchard, c’est manifestement qu’il estime que le gouvernement a perdu le contrôle de la situation.


« Voici une situation où, au-delà de toute allégeance politique, la population doit donner son appui à l’État, ultime responsable de la paix publique, de la sécurité des personnes et de l’intégrité de nos institutions », écrivent les « lucides » dans le texte qu’ils ont fait publier dans les journaux d’hier.


Le problème est que les magouilles libérales ont fait perdre à l’État le respect d’une grande partie de la population. En laissant se multiplier les injonctions de façon désordonnée en sachant très bien qu’elles ne seront pas respectées, malgré le cri d’alarme lancé par le juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland, le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, risque de faire payer l’ensemble du système judiciaire pour l’impuissance de son gouvernement à régler la crise. Manifestement, la solution ne peut être que politique.


Selon le ministre des Finances, Raymond Bachand, il est maintenant illusoire d’espérer un règlement négocié, de sorte que le débat ne pourra être tranché qu’à l’occasion des prochaines élections générales. Très bien, mais qu’entend faire le gouvernement d’ici là pour ramener le calme dans les établissements d’enseignement postsecondaire et sauver la session ?


Pauline Marois a annoncé hier qu’un gouvernement péquiste annulerait la hausse des droits de scolarité et se contenterait d’une simple indexation. En donnant ces assurances aux associations étudiantes, elle s’est cependant bien gardée de leur suggérer de mettre fin à la grève. Veut-elle à son tour laisser mûrir les raisins de la colère ?

57 commentaires
  • lagenda - Inscrit 3 mai 2012 02 h 11

    Madame

    Ne sous-estimons pas madame:
    Pauline Marois a démontré qu'elle est une fine «renarde», une femme tenace et décidée, connaissant tout de l'appareil gouvernemental.
    Ce n'est pas pour rien que Charest la voit, avec haine, dans sa soupe. Pourtant, elle ne propose que le bon sens.
    Que le simple bon sens:
    Indexation et discussion respectueuse sur le financement des universités. Comme si les étudiants étaient des citoyens aussi respectables que des chefs d'entreprise.

    Madame est plus qu'une lucide d'estrade. Elle est une chef.
    Et par ailleurs, vous savez, il y a toujours un 40% latent de souverainistes. Il ne suffit que d'une occasion.
    Plutôt que faire des charges de cavalerie, comme aimaient tant faire les grandiloquents MM. Parizeau, Landry et Bouchard, elle amènera tout doucement les Québécois à la souveraineté. Selon sa manière:
    Dans un gant de velours...

    • glanglais - Inscrit 3 mai 2012 07 h 29

      Bonjour,

      Je vous dis que vous l'avez la vraie affaire. M. Yvon Deschamps ne ferait pas mieux.

      Gaston Langlais - Gaspé.

  • Andre Vallee - Inscrit 3 mai 2012 02 h 44

    Confiance

    Henri Bourrassa a dit: ”Le gouvernement Laurier s'enlise et c'est dans la merde qu'il s'enlise”. Aujourd'hui on pourrait répéter la même phrase en changeant Laurier pour Charest. Et, éventuellement, sa statue aurait plus de chance de rester debout de l'autre côté de la Rivière des Outaouais.
    Quand la confiance n'y est pas...

  • Louka Paradis - Inscrit 3 mai 2012 04 h 30

    Le summum du cynisme

    Maintenant que nous sommes instruits des pratiques douteuses de Mme Beauchamp et de son gouvernement, nous pouvons mesurer l'abyssal mépris que portent ces tristes acteurs envers les Québécois, et particulièrement envers la CLASSE et son brillant porte-parole M. Nadeau-Dubois qui a été exclu des discussions autour de la soi-disante table des discussions la semaine dernière. Aujourd'hui, on comprend mieux les réels motifs de cette attitude. C'est de plus en plus inquiétant pour notre démocratie. Comme nous n'aurons sans doute pas d'élection générale sous peu, il ne reste qu'une solution : un MORATOIRE dès que possible. Pour la paix publique et pour mettre un terme à tout ce gaspillage d'argent, de temps, d'énergie et d'espérance.
    Louka Paradis, Gatineau

  • glanglais - Inscrit 3 mai 2012 07 h 07

    Est-il encore possible...

    Bon matin,

    La question qui se pose de plus en plus est la suivante: Peut-on encore faire quelque chose à Montréal sans avoir à passer obligatoirement par des membres du crime organisé? Un autre média nous apprend ce matin que c'est la pègre irlandaise qui nettoye les murs graffitiés de Montréal. Soutient-elle aussi des équipes chargées de salir les mêmes murs? On ne sait plus quoi penser dans la Métropole de la Belle Province.

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • jeanduc - Abonné 3 mai 2012 07 h 31

    Déjeuner bénéfice

    Les étudiants devraient organiser une levée de fonds afin de convier Line Beaucham à un déjeuner bénéfice pour le PLQ. À 1$ par gréviste cela fera 175000$ ce qui comblera une bonne part de ce que M. charest exige de ses ministres. Rien ne devrait-être plus convainquant!