Un député libéral effectue un rapprochement entre le « printemps québécois » et le FLQ

Gerry Sklavounos est député libéral dans Laurier-Dorion depuis mars 2007.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Gerry Sklavounos est député libéral dans Laurier-Dorion depuis mars 2007.

Le député libéral Gerry Sklavounos (Laurier-Dorion) craint la montée de la violence dans le « printemps québécois » actuel. Il l’a dit en termes crus au chanteur et comédien Dan Bigras, samedi soir sur Twitter : « Les dernières personnes qui ont utilisé ce type de langage au Québec ont kidnappé et tué un ministre. Prudence. »

Le rapprochement entre octobre 1970 et l’époque actuelle a enflammé une twittosphère déjà surchauffée par la question étudiante. M. Sklavounos a subi sarcasmes et menaces : « Ils se sont acharnés sur moi. » Il dit avoir été accusé de « twitter saoul », ce qu’il nie. « Je me suis même fait dire qu’en d’autres temps, je serais pendu ! » Un autre internaute lui a dit de « retourner dans [son] pays ».


Tout a commencé lorsque l’interprète de Tue-moi cita (en anglais) dans un message Twitter la fameuse phrase de John F. Kennedy : « Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable. » Ce à quoi M. Sklavounos a répliqué (en anglais) avec son rapprochement avec le FLQ. Joint hier, le député a soutenu que cette citation de l’ancien président américain « ne s’applique tout simplement pas à notre contexte ».


Nous vivons, insiste-t-il, dans une démocratie où les droits à la liberté d’expression, d’association et au droit de vote sont reconnus. Or, lorsque Kennedy prononça cette phrase en 1962, il s’adressait à des dirigeants de pays d’Amérique latine où ces droits n’existaient pas. Dans notre système, fait valoir M. Sklavounos, la violence n’est pas une avenue. « On n’est pas dans un État totalitaire. Dans notre régime, on attend les prochaines élections et on donne un botté dans le cul du gouvernement et on le met dehors. »


Pour la même raison, la notion de « printemps québécois est ridicule », insiste-t-il. Il trouve « irresponsable » pour une personnalité publique comme Bigras, dans la situation explosive actuelle, de citer la phrase de Kennedy. « Certains pourraient y voir une justification pour passer à l’action. » Joint à son tour, M. Bigras a qualifié de « diffamatoire » le message twitter du député. Lorsque Le Devoir a communiqué les explications présentées par ce dernier, M. Bigras a soutenu mieux comprendre : « Il aurait dû répondre ça au lieu d’associer mes propos à un meurtre de ministre ! », a-t-il répondu, indigné.

 

Conseil général déménagé


Les vives tensions découlant de la crise étudiante ont d’ailleurs conduit le PLQ à déménager à Victoriaville le conseil général de la fin de semaine prochaine, qui devait avoir lieu à Montréal. « Logistiquement, l’emplacement du Centre Mont-Royal dans la métropole aurait pu devenir difficile d’accès si jamais une manifestation devait avoir lieu », a écrit le directeur des communications du PLQ Michel Rochette, dans un courriel.


Lors de ce conseil général, les militants du parti de Jean Charest doivent terminer les travaux de leur congrès d’octobre 2011 « afin de doter le PLQ d’un nouveau programme politique ». Pour le député Sklavounos, il fallait « éviter le plus possible la confrontation».


En conférence de presse au terme du congrès de Québec solidaire, hier, Françoise David a dit trouver « rigolo » le changement de programme du PLQ. « Si vraiment il avait voulu échapper complètement aux manifestations, il aurait pu aller au nord », a ironisé la co-porte-parole de QS , « ou à Sagard », a raillé à son tour Amir Khadir. Victoriaville n’étant pas très loin de Montréal, « il n’est pas difficile pour les étudiants et étudiantes de louer des autobus ! », ont-ils indiqué. Quelques minutes après l’annonce du PLQ d’ailleurs, une page Facebook intitulée « Soyons 200 000 à Victoriaville » avait été créée.

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