La solution de Charest mal reçue par les étudiants

Jean Charest et Line Beauchamp ont présenté hier une offre globale aux étudiants.
Photo: Clément Allard - Le Devoir Jean Charest et Line Beauchamp ont présenté hier une offre globale aux étudiants.

Le premier ministre Jean Charest a décidé de se mêler directement du règlement de la crise étudiante en dévoilant une «solution globale» et en appelant les étudiants en grève à retourner en classe pour sauver leur session.

« Quand on a tout le portrait, on en arrive à une conclusion : le moment est venu de réintégrer les cours et de permettre aux étudiants de terminer leur session », a affirmé Jean Charest aux côtés de la ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Line Beauchamp, lors d’une conférence de presse.


Les associations étudiantes ont cependant mal reçu la « solution » du gouvernement. À la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), on s’est dit « insulté » par l’offre gouvernementale. Pour la présidente, Martine Desjardins, c’est du réchauffé. Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, a souligné que les représentants des étudiants ont l’impression « de se faire niaiser ».


« Je veux que les Québécois sachent qu’on a toujours été ouverts, a plaidé Jean Charest. Parce qu’on a voulu justement respecter la confidentialité, ça donnait l’impression que le gouvernement était obtus, têtu, n’écoutait pas. »


La « solution globale » présentée hier apparaît comme une offre définitive de la part du gouvernement. Ses éléments avaient d’ailleurs été communiqués, jeudi, aux deux fédérations étudiantes.


Jean Charest semble résigné à voir les étudiants qui poursuivront leur « boycott » perdre leur session. « Notons-le : la majorité des étudiants suivent leurs cours. La majorité des étudiants vont finir leur session dans les délais prescrits. Le mouvement étudiant n’est pas monolithique », a-t-il dit. Le gouvernement table sur sa division.


Au dernier décompte de la CLASSE, la moitié des étudiants des cégeps, soit 89 000, et le tiers des étudiants universitaires, ou 95 000, étaient en grève, pour un total de 184 000, soit 40 % des effectifs.


La nouvelle offre du gouvernement comprend un étalement de la hausse de 1625 $ sur sept ans plutôt que cinq. Comme l’augmentation est indexée, elle sera donc de 1785 $, selon les calculs du gouvernement. L’offre porte également sur une bonification de l’aide financière qui consiste à majorer de 35 000 $ à 45 000 $ le seuil de revenu familial en deçà duquel un étudiant reçoit le montant maximum en bourse.

 

50 ¢ par jour


« Je ne crois pas que, pour un effort de 50 ¢ par jour, on doive compromettre l’obtention de son diplôme ce printemps », a fait valoir Line Beauchamp. La hausse annuelle passe de 325 $ à 255 $, une somme de laquelle est déduit le crédit d’impôt pour les droits de scolarité, soit 177 $ au net, soit un peu moins de 50 ¢ par jour.


L’offre du gouvernement reprend les éléments auxquels le gouvernement avait déjà consenti. Ainsi, les étudiants dont le revenu des parents n’excède pas 100 000 $ auront droit à un prêt permettant de couvrir les droits de scolarité et le coût du matériel scolaire. Le gouvernement augmente à 60 000 $ le seuil de revenu familial pour l’obtention d’un prêt, ce qui leur accordera 2850 $ de plus. En outre, un régime de remboursement proportionnel au revenu sera instauré. Enfin, un conseil d’évaluation de la gestion des universités sera institué et l’impact de la hausse des droits sur l’accessibilité aux études sera réévalué périodiquement.


Line Beauchamp a pressé les leaders étudiants à « prendre le temps d’apprécier la solution du gouvernement » et à « laisser le temps à leurs membres » de faire de même.


La ministre a révélé que le négociateur du gouvernement, Pierre Pilote, a constaté que les leaders étudiants « étaient incapables d’avancer sur leurs positions ». Elle a parlé de leur « position de fermeture » et de leur « position intransigeante où les différentes associations étudiantes semblent être poussées vers des positions assez extrémistes ».


Le premier ministre a signalé que la somme de 51 millions que coûtent les mesures, dont 39 millions pour la nouvelle bonification du régime de prêts, viendra d’une réduction du crédit d’impôt pour les droits de scolarité et du budget des universités.

 

Rien de nouveau


Pour la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. « D’abord, la commission d’évaluation [des universités] avait déjà été annoncée de façon unilatérale par la ministre, le remboursement proportionnel au revenu et la hausse du plafond des prêts également. Pour la hausse du seuil de [revenu familial exempt de] contribution parentale à 45 000 $, tous les groupes à la table de négociations avaient refusé cette mesure » cette semaine.


La Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), exclue mercredi de la table des négociations, soumettra l’offre du gouvernement à ses membres en congrès ce week-end, à Québec. Mais d’après les premiers échos, « clairement », la proposition ne correspond pas aux demandes des étudiants en grève, a indiqué Jeanne Reynolds, coporte-parole de la CLASSE. « Si les associations étudiantes ont pris comme mandat de contrer la hausse, cette proposition n’entre pas dans la définition d’un compromis. L’offre étale la hausse, mais la hausse reste quand même là. »


Les associations étudiantes consultées hier après-midi par la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) n’ont également pas manifesté un grand « enthousiasme » devant l’offre du gouvernement. « J’ai l’impression que le gouvernement ne cherchait pas à convaincre les étudiants aujourd’hui [hier], mais plutôt à marquer des points dans l’opinion publique », croit Léo Bureau-Blouin.


La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), qui appuie la hausse des droits de scolarité, espère que l’offre du gouvernement mettra fin au conflit qui dure depuis 11 semaines. « Les mesures annoncées aujourd’hui méritent d’être analysées attentivement par toutes les personnes concernées », jugent les recteurs.

 

Calculs électoraux : « grotesque ! »


Jean Charest s’est défendu de profiter de la crise étudiante pour se faire du capital politique en vue d’un rendez-vous électoral au printemps. « Les gens qui évoquent le fait que le gouvernement aurait un calcul politique derrière ça, je trouve ça franchement grotesque », a-t-il dit. Quant à un appel aux urnes ce printemps, il n’est pas « programmé », a-t-il dit à Radio-Canada. Sur ses intentions, il est resté ambigu en conférence de presse. « On n’est pas là aujourd’hui. » Le chef libéral s’en est plutôt pris à la chef du Parti québécois, Pauline Marois, qui a réclamé jeudi des élections. « Franchement, j’ai trouvé ça ignoble » qu’elle puisse penser tirer un avantage politique de la situation, s’est-il indigné.


De son côté, la porte-parole du PQ en matière d’enseignement supérieur, la députée Marie Malavoy, a reproché au gouvernement de ne pas s’être attaqué au coeur du problème, soit la hausse « brutale » des droits de scolarité.


« On ne peut que se réjouir de la bonification des bourses, mais l’augmentation des droits reste élevée. Elle passera de 75 % sur cinq ans à 82 % sur sept ans en tenant compte de l’inflation », a-t-elle souligné.


Du reste, l’offre du gouvernement n’ébranle pas la volonté du PQ d’annuler la hausse projetée aussitôt porté au pouvoir, a dit Mme Malavoy.


Pour sa part, la Coalition avenir Québec (CAQ) a déploré le « manque de leadership » du premier ministre Charest, qui a attendu des semaines avant de s’engager dans le dossier.


Néanmoins, la proposition soumise par Québec mérite d’être analysée sérieusement par les étudiants, a dit le chef François Legault. « Si Jean Charest avait eu le leadership d’un homme d’État, il aurait pris le dossier en main depuis longtemps et aurait fait cette offre aux étudiants bien avant. Il faut maintenant que la FEUQ et la FECQ acceptent de revenir à la table de négociation et parviennent à une entente rapide sur les bases de cette proposition », a-t-il déclaré.


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