Crise étudiante: l’horizon est bouché

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	Échanges musclés hier à Québec entre la chef péquiste Pauline Marois et le premier ministre Charest.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Échanges musclés hier à Québec entre la chef péquiste Pauline Marois et le premier ministre Charest.

Québec – Québec rejette l’idée de nommer un médiateur dans le conflit qui s’enlise entre les étudiants au gouvernement. C’est une option que les deux grandes fédérations étudiantes, la FEUQ et la FECQ, disaient vouloir explorer, hier après-midi.

« Ce n’est pas un scénario qui est envisagé », a insisté Hélène Sauvageau, l’attachée de presse de la ministre Line Beauchamp en début de soirée. Aux yeux du cabinet de la ministre Line Beauchamp, « l’heure est à la discussion » entre l’équipe de négociateurs représentant le gouvernement, menée par l’avocat Pierre Pilote et les trois associations (FEUQ, FECQ et TACEQ).

Toute participation de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) est exclue par le gouvernement depuis mercredi après-midi. Ce qui a mis fin aux pourparlers qui avaient été lancés lundi, solidarité étudiante oblige. L’idée, proposée hier par la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, que deux membres de la CLASSE intègrent la délégation de la FEUQ, a aussi été jugée inacceptable par le gouvernement. Souhaitant « mettre fin aux enfantillages », Mme Desjardins et le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, avaient convié la ministre Beauchamp à 14 h aujourd’hui. Le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, avait accepté la proposition, mais le cabinet de la ministre a opposé peu de temps après une fin de non-recevoir à ce plan : « Faire indirectement ce qu’on ne peut faire directement » n’est pas une solution, a expliqué Mme Sauvageau. Le cabinet de la ministre a aussi rejeté la demande de M. Bureau-Blouin d’élargir le mandat du négociateur Pierre Pilote afin que ce dernier puisse aborder la question de la hausse des droits de scolarité.


En matinée, plusieurs membres du gouvernement s’en étaient d’ailleurs pris à la CLASSE et à M. Nadeau-Dubois, les rendant responsables des débordements lors de la manifestation de mercredi soir à Montréal, laquelle s’est soldée par 85 arrestations. Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a accusé la CLASSE d’« encourager la violence » compte tenu de sa position ambiguë au sujet de gestes répréhensibles posés lors des manifestations : « M. Nadeau-Dubois s’exprime avec volubilité, dit toutes sortes de choses et quand on décode, quand on ramasse l’ensemble de ses déclarations et qu’on fait un portrait, on doit constater qu’à la fin ce qu’il dit c’est : tous les moyens sont bons pour obtenir satisfaction, y compris la violence. » Faudrait-il faire arrêter le personnage ? « S’il contrevenait à la loi, c’est à la police à faire des accusations, et à la cour de justice, a répondu M. Dutil. Ce n’est pas à nous, on n’a pas de police politique. »


La crise étudiante a monopolisé les débats en Chambre. Jean Charest a soutenu que le dialogue avec les associations étudiantes était souhaitable, mais qu’il ne se ferait « pas au prix de la violence », c’est-à-dire avec la CLASSE. Pauline Marois a dénoncé le « refus obstiné de dialoguer avec les étudiants » qui a mené « tout droit à la crise sociale ». La chef péquiste a redemandé que le gouvernement suspende « la hausse prévue pour 2012 ». La critique péquiste Marie Malavoy a quant à elle rappelé la manifestation du 22 mars à Montréal, soutenant qu’à cette occasion, « le peuple du Québec a marché dans la rue, toutes générations confondues, parce qu’il pense qu’il y a une mauvaise décision qui a été prise ». Selon elle, « si ce peuple avait été écouté à temps », la crise aurait été évitée. Line Beauchamp lui a répondu que l’Assemblée nationale avec ses 125 élus incarnait mieux le peuple que les gens qui manifestent dans la rue. Or, « les élus du peuple, ici, ont exprimé, clairement et en majorité, leur appui à un meilleur financement des universités. Qu’est-ce que propose le Parti québécois ? De céder à la violence et à la rue ? Il n’en est pas question », a-t-elle lancé, visiblement excédée.


Quelle solution ?


En après-midi, au moment de l’étude des crédits du Conseil exécutif, Pauline Marois a tenté à plusieurs reprises de savoir ce que Jean Charest envisageait comme sortie de crise. Ce dernier a systématiquement répondu en renvoyant la même interrogation à la chef de l’opposition : « Veut-elle que le gouvernement négocie avec la CLASSE ? » Mme Marois a refusé à son tour de répondre, soulignant que le premier ministre n’avait pas d’idées pour mettre fin à la crise qui perdure. Lorsqu’il a abordé le sujet, M. Charest s’est limité à dire que les injonctions obtenues par ceux qui souhaitent rentrer en classe doivent être respectées et qu’il était temps que les étudiants qui ont choisi le boycottage rentrent dans leurs salles de cours. Pour Pauline Marois, le premier ministre a « souhaité cette crise », une crise qu’il a « préméditée » et « nourrie à des fins partisanes ». Même son de cloche du côté des associations étudiantes. Martine Desjardins a qualifié l’attitude du gouvernement Charest comme relevant d’un « entêtement » laissant croire qu’il est payant pour lui « de laisser pourrir le conflit ». Lors d’un point de presse en matinée, Jean Charest a répondu en anglais que les scénarios d’élection déclenchés sur le prétexte de la crise étudiante étaient « grotesques ». À ses yeux, il n’y a que la chef péquiste, la CAQ et les médias qui « parlent d’élections ».


Semblant désemparées, la FEUQ et la FECQ, en fin d’après-midi, voulaient prendre du recul, consulter leurs associations pour imaginer la suite. « Il est clair qu’il y a urgence d’agir. Encore faut-il bien le faire, et prendre un peu de recul va permettre à tout le monde de se calmer un peu », a confié au Devoir Mme Desjardins. Elle entend évaluer avec les associations étudiantes d’autres propositions de sortie de crise.


***

Propos de Robert Dutil : Nadeau-Dubois inquiet

Le porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, n’a pas aimé que le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, évoque la possibilité qu’il soit arrêté par la police pour avoir incité à la violence lors de manifestation. Le porte-parole fait l’objet depuis le début de la crise étudiante de nombreuses menaces. Il a déjà d’ailleurs porté plainte à la police. Lorsqu’un caricaturiste ou un animateur de radio s’en prend à lui, a-t-il expliqué, il y a toujours, en écho, d’autres menaces qui surgissent. Mais quand le ministre de la Sécurité publique le fait, qu’il « personnalise » ainsi les attaques, « concrètement, ça peut devenir problématique », a confié M. Nadeau-Dubois. Il estime que l’accusation à son endroit et à l’endroit de la CLASSE est « décalée par rapport à la réalité » : « Ça a été martelé par les porte-parole de la CLASSE qu’on n’encourageait pas la violence. Je ne vois pas sous quels chefs d’accusation on pourrait s’en prendre à moi. Et si on le fait, ce serait politique, je crois. » La présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, a dénoncé hier la « vendetta personnelle » du gouvernement contre M. Nadeau-Dubois. « On considère que ceci a assez duré, c’est un cirque. » Le président de la FECQ, Léo Bureau-Blouin, au détour d’une phrase, a toutefois eu ces mots hier : « Peut-être que si la Coalition large avait une autre attitude, la situation serait différente. »

148 commentaires
  • camelot - Inscrit 27 avril 2012 02 h 16

    Minables

    Je n'ai pas d'autres mots. Pendant que nos enfants, l'avenir du Québec, se lèvent et revendiquent leurs droits, la ministre joue à la maîtresse d'école. Le premier ministre se cabre et fonce dans le tas, comme les casseurs des manifestations.

    • hugues2 - Inscrit 27 avril 2012 10 h 38

      Le gouvernement souhaite surtout plu de violence pour justifier son discours de la violence des autres. De tout mettre sur le dos de Gabriel est pour le moine faire preuve d'imagination de la part de Charest, Beauchap et Dutil.

      Il est de plus en plus clair, et je le dis depuis le début de la grève qu'il faut un médiateur, la ministre a personnalisé le débat au point d'être complètement inapte à occuper son poste.

      Soit Beauchamp démissionne, ce qui serait très surprenant avec ce gouvernement d'entêtés ou Charest nomme un médiateur.

      Je crois que le Québec est entre très mauvaises mains depuis 9 ans, le pire qu'il ait connu depuis Duplessis.

  • Francis Robillard - Inscrit 27 avril 2012 02 h 42

    Mais ils attendent quoi

    Ils attendent quoi les défenseurs de la liberté et du droit de manifesté contre la violence et l'unilatéralisme du pouvoir arbitraire? Trop noyauté par les soldats de l'islam qui ont infiltré le conseil du statut de la femme pour imposer le voile partout ou l'esprit d'un État pour tous s'efface? La gauche fédéraliste canadienne avec son NPD qui a noyauté tous les groupes de gauche au Québec et qui dort en attendant le pouvoir et organiser la grande centralisation de l'État canadien?

    Mais ils attendent quoi les syndicats, les grandes centrales avec leurs fonds d'investissements pour défendre ceux qui se battent vraiment, non pour eux-mêmes, mais surtout pour ceux qui les suivront? Dénoncez du bout des lèvres et ne pratiquement rien faire c'est une honte. Comme le dit si bien Raymond Lévesque l'espoir sans actions c'est le désespoir. Alors bougez-vous les nuls!

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 27 avril 2012 09 h 54

      Oui, les syndicats devraient intervenir dans le débat et forcer Charest à reculer.

      Au lieu de simplement favoriser un peu plus d’endettement des étudiants, on devrait imiter la Suède qui a un programme de remboursement différé mais assorti de la gratuité scolaire. C’est cela la vraie solidarité sociale.

      La solution du gouvernement Charest d'augmenter les frais de scolarité et d'augmenter l'endettement des étudiants est une solution de broche à foin qui coûterait plus cher à gérer que cela rapporterait.

      Et cela diminuerait d'autant le financement des universités déjà sous-financées.

      La vraie solution à court, moyen et surtout long terme est la gratuité scolaire pour tous les Québécois , ce qui serait un gage de notre développement futur.

      Cependant, des balises doivent être mises en place.

      1.- Les critères d’admission dans les programmes doivent être justes mais non laxistes.

      2.- Le nombre d’années pour terminer un programme doit être raisonnablement limité.

      3.- En entreprenant ses études, l’étudiant s’engage à rembourser à l’État le coût de ses études s’il quitte le Québec avant d’y avoir travaillé un certain nombre d’années, au prorata du nombres d’années.

      4.- Les frais de scolarité devraient être la totalité des coûts réels de cette scolarité pour les non-résidents qui viennent ici profiter de notre système pour s’en aller ailleurs ensuite.

      L’éducation gratuite pour tous les Québécois facilitera l’accès de tous les jeunes à l’éducation et sera la meilleure façon d’augmenter à moyen et long terme notre productivité et le PIB par habitant, ce qui profitera à toute la population, riches et pauvres confondus. Plus de gens auront de meilleurs emplois et de meilleurs salaires, les riches paieront plus d’impôt, et la richesse créée permettra d’améliorer le filet social pour les personnes à faibles revenus.

  • Pensé Libre - Inscrit 27 avril 2012 02 h 42

    La CLASSE = casseurs?

    Est-ce que la CLASSE a déjà ouvertement encouragé le vandalisme? Gabriel Nadeau-Dubois a expliqué que l'organisation se dissociait de tels gestes et qu'elle ne les encourageait pas.

    Je me demande si c'est l'horizon qui est bouché?

    Bref, M.Charest se prépare pour les élections. Il tentera de manipuler l'opinion publique via les médias.

    "Si vous n'êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les opprimés et aimer ceux qui les oppriment" MalcomX

    • François Ricard l'inconnu - Inscrit 27 avril 2012 08 h 27

      Il nous royalement manipulé lors de la dernière campagne électorale.
      Charest et le PLQ avaient changé la vocation de la Caisse de dépôt. Lors de la dernière campagne électorale, la Caisse accusait un trou de 40 milliards de dollars. Charest le savait. Sciemment il nous a caché ce fait car c'eut été une défaite certaine pour lui. Il a donc été élu sous de fausses présentations. Son gouvernement est, pour le moins, illégitime.

    • Pierre Sabourin - Inscrit 27 avril 2012 11 h 37

      La solution pour la Classe, changer de porte parole temporairement. Je sais que c'est un gros non sens que de dire que M. Nadeau est coupable des actes des casseurs mais la les membres du gouvernement du plq agissent en sophistes. Cela vas montrer au médias comment ils ont dit des propos irrationnels. Par la suite, après un petit congé d'une semaine comme pignata du plq, M. Nadeau reviendrais tout reposé, prêt à stopper les matraques à pignata..parce que oui on leurs en donne des bonbons!

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 27 avril 2012 02 h 54

    pas de solutions du PLQ

    Dans une démocratie idéale, on aurait un budget participatif pour définir entre citoyens d'où on prélève le trésor collectif, à quoi on l'alloue, et faire un suivi pour éviter la corruption. On peut critiquer personnellement le règne Charest, son augmentation de dépenses et diminution de revenus en faveur du 1% et le contraire pour le 99%, mais je crois que cette situation démontre l'inaptitude de la structure politique actuelle.

    Il y a eu plusieurs propositions de financement alternatifs faites, entre autres du coté de QS et des assos. Du coté du PLQ, à part un millitant qui veut constituer une fondation: rien. Et ce n'est pas le temps qui leur a manqué.

    Il y a eu plusieurs appels pressant au dialogue, entre autres de G.Tremblay et du groupe de Y.Cournoyer, C.Béland et consorts : Charest devrait écouter ces alliés. Apparament la volonté manque, le temps commence aussi à manquer. Il est flagrant que le PLQ attise la crise à des fins électorales, et je trouve ça socialement dangeureux comme stratégie.

    Si le PM ne veut pas écouter les propositions ou décréter un moratoire sur la hausse d'ici lundi, qu'il assume sa position et qu'ils annulent la session.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

    • François Ricard l'inconnu - Inscrit 27 avril 2012 08 h 29

      Pourquoi ne pas demander à la population de se prononcer après lui avoir présenté les différentes façons de payer pour les droits de scolarité. Tous les partis seront à même de présenter leur approche respective et la population pourra décider.

  • Simone Denis - Inscrite 27 avril 2012 03 h 52

    Rappel: 250 000 dans la rue le 22 mars

    Le point de vue de 250 000 personnes desendues dans la rue le 22 mars doit être entendu. Les élus représentent TOUT le monde et ils doivent accorder valeur encore plus importante à une opinion quand des gens se déplacent pour la défendre. Pure bêtise pour ce Gouvernement d'ignorer cela.
    Courage à madame Martine Desjardins, vous êtes un phare dans la grisaille. Courage à touts les leaders étudiants. Il est inacceptable de personnaliser le problème, de pointer un bouc émissaire chez les représentants étudiants, de même suggérer qu'il soit arrêté, mais bon sens!

    • Fernand Lavigne - Inscrit 27 avril 2012 08 h 45

      Rappel: Le 22 mars l'évaluation faite à patir des vues aériennes étaient seulemt de 108, 000 oparticipants avec une marje d'erreur de 34,000.

    • Marc-Andre Fortier - Abonné 27 avril 2012 09 h 43

      À monsieur Lavigne, votre commentaire me fait sourire. «Seulement de 108,000 participants...» À partir de quel nombre doit-on considérer que la marche a été un succès qu'elle est le reflet de quelque chose dans notre société?

      Personnellement je n'ai pas marché ce qui ne m'a pas empêché de les encourager donc vous pouvez dire 108,000 + au moins 1.

    • Killian Meilleur - Inscrit 27 avril 2012 14 h 10

      Monsieur Lavigne.

      Ce n,est pas la première fois qu'on vous voit citer ce nombre, avec de supposés « sources » à l'appui.

      Toutefois, vous ne semblez pas capable, ni ici ni ailleurs, de fournir ladite source...

      Pour corriger les autres et parler de précision, il faut être précis soi-même.