Des personnalités lancent un appel d’urgence

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	Le syndicaliste Gérald Larose, le comédien Jacques L’Heureux et le médecin Alain Vadeboncœur font partie des 15 personnalités qui ont lancé un appel au gouvernement. </div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Le syndicaliste Gérald Larose, le comédien Jacques L’Heureux et le médecin Alain Vadeboncœur font partie des 15 personnalités qui ont lancé un appel au gouvernement. 

Le gouvernement Charest doit suspendre sa proposition d’augmenter les droits de scolarité de 75 % pour les cinq prochaines années, créer un espace de dialogue, rencontrer les trois associations étudiantes et ainsi permettre aux grévistes de retourner sur les bancs d’école.

Voilà la proposition formulée par un groupe de personnalités québécoises qui, au terme d’une journée de violentes manifestations, vendredi, ont « décroché le téléphone » et choisi de « lancer un message pressant pour le dénouement de la crise ».


Ces personnalités, parmi lesquelles figurent l’ancien ministre libéral Jean Cournoyer, l’ancien ministre péquiste Robert Burns, l’ancien président de la CSN Gérald Larose, les comédiens Luc Picard et Jacques L’Heureux ainsi que l’ancien président du Mouvement Desjardins Claude Béland, craignent que l’intransigeance manifestée par les deux parties ne nuise au tissu social et politique québécois.


Le Québec, disent-ils, a traversé de graves crises depuis la Révolution tranquille. Mais si les événements d’Octobre, l’emprisonnement des chefs syndicaux en 1972, la crise d’Oka et les deux référendums « ont soulevé les passions », « jamais », écrivent-ils dans une lettre qui détaille leur invitation au dialogue, « dans des moments dramatiques, le gouvernement du Québec, l’État québécois, n’a-t-il opposé une aussi incompréhensible fin de non-recevoir aux groupes s’opposant à ses volontés ».


Et pendant que la poussière retombe, le Québec doit se défaire des diversions qui l’aveuglent afin de recentrer le débat, proposent les signataires. « C’est trop court comme raisonnement, c’est terriblement court », a lancé le célèbre interprète de Passe-Montagne, Jacques L’Heureux, en référence à la possibilité que le gouvernement Charest profite de la situation actuelle pour s’attirer la sympathie de certains électeurs.


« Jean Charest, c’est quelqu’un qui a toujours dirigé avec les maudits sondages, et je pense que c’est ça qu’il regarde. Il faut aller plus loin que ça. Il faut voir qu’historiquement, le Québec a toujours massivement subventionné l’éducation supérieure. »


Pour Gérald Larose, syndicaliste devenu professeur, l’expulsion de la CLASSE de la table des négociations proposée par la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, comme la blague du premier ministre Charest - qui a proposé d’offrir un emploi, « dans le Nord, si possible », aux étudiants qui frappaient à la porte du gouvernement vendredi - ne sont que des manoeuvres de diversion. « Il faut trouver un règlement rapide, a-t-il tranché. Ça a trop duré, le tissu social est mis à mal. Il y aura des coûts importants pour notre propre jeunesse. »


C’est ainsi que, devant « une incompréhension qui risque de détruire l’espoir et la confiance envers la société et ses mécanismes démocratiques, acquis de haute lutte depuis des générations », les signataires de l’appel au dialogue demandent notamment au gouvernement de rencontrer « ensemble et sans délai les trois associations étudiantes », de suspendre sa proposition et de mettre en place des mécanismes pour un large débat sur l’éducation et son financement.


En contrepartie, la proposition est faite aux associations étudiantes de mettre un terme à la grève dès que le gouvernement québécois aura donné une réponse positive, et de s’engager « avec ouverture et espoir » au dialogue. « Ce qui manque depuis le début, c’est un espace de discussion et de négociations », a commenté M. Larose.


« Quand on a affaire à un conflit de principes et que les parties ne peuvent pas le régler, il faut rouvrir la table, créer un comité s’il le faut. On s’organise pour que le débat se fasse. »


Et selon lui, ce n’est pas ce que la ministre Beauchamp a fait en invitant deux des trois associations étudiantes à la rencontrer pour discuter de la gestion des universités.


« Ce n’est pas une table qu’elle proposait. Elle suggérait d’abord de diviser le mouvement et ensuite de discuter d’une autre question. C’est comme une porte qui est ouverte, mais qui est peinturée sur un mur. On comprend que les associations n’aient pas accepté », a expliqué M. Larose, qui cumule quelques décennies d’expérience dans la défense des causes syndicalistes. « Dans ce cas-ci, c’est pas un débat à deux, c’est un débat de société. On a à se prononcer collectivement. Demandons-nous si l’orientation globale qu’on s’est donnée avec le rapport Parent doit être remise en question. Est-ce qu’on pourrait en débattre ? », a-t-il demandé.


À la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), cet appel au dialogue a été accueilli comme un vent de fraîcheur. « On a l’impression, depuis une semaine, qu’il y a des conditions qui s’ajoutent pour aller s’asseoir à une table de discussions afin de finaliser une solution à ce conflit qui perdure depuis plus de dix semaines », a expliqué la porte-parole de la FEUQ, Martine Desjardins.


« De voir plusieurs personnalités publiques qui sortent, qui proposent une solution concrète, on trouve ça intéressant, rafraîchissant. »


Par ailleurs, le groupe de signataires n’hésite pas à condamner la présence des casseurs lors des récentes manifestations, les qualifiant de « parasites qui ne peuvent qu’exacerber les tensions et nous éloigner d’une résolution de la crise ».


Il est donc plus que temps d’ouvrir la porte pour que la violence cesse, au dire de M. L’Heureux. « On peut pas se mettre la tête dans le sable et faire des jokes sur le dos des étudiants devant tout le gratin des affaires qui sont intéressés a faire de l’argent avec le Plan Nord. C’est triste, je suis écoeuré de voir mes enfants se faire taper sur la tête », a lancé, avec émotion, celui qui a animé les débuts de soirées de nombreux jeunes à l’époque de Passe-Partout.


Au passage, il a rappelé le potentiel qu’il voit et l’espoir qu’il place dans la jeunesse.« Avec son Plan Nord, il [Jean Charest] cherche une façon d’exploiter les richesses sans, disons, polluer. Eh bien, c’est un jeune qui est dans la rue présentement qui va avoir l’idée brillante d’inventer une machine qui ne pollue pas et qui va exploiter notre minerai de fer sans détruire l’écologie. Ce sont nos cerveaux qui vont trouver des trucs comme ça. Il faut les éduquer, il faut leur donner la chance de s’éduquer. »

2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 23 avril 2012 10 h 28

    Autre pays, même débat, ou presque...

    http://sociedad.elpais.com/sociedad/2012/04/19/act

    L'Espagne vient d'annoncer que les frais d'inscription à l'université seront majorés de façon à ce que la contribution des étudiants puisse aller jusqu'à 25 % du coût réel. Le minimum serait fixé à 15 %. On estime que l'augmentation moyenne sera de plus de 500 € par année.

    Le plafond de la contribution sera majoré pour les redoubleurs, pouvant aller jusqu'à 100 % selon le nombre d'années.

    Dans ce pays où les Indignados ont précédé de plusieurs mois nos Indignés québécois ou l'Occupy Wall Street américain, les mesures annoncées n'ont pas été accueillies dans l'indifférence. Il faudra voir toutefois si les mesures annoncées par le nouveau gouvernement de droite (PP) soulèvent le même niveau de protestation qu'au Québec.

  • Theodoric - Inscrit 24 avril 2012 04 h 28

    Vive la pseudo-impartialité

    J'adore les passages où l'auteur a décidé de préciser à nouveau les qualifications des locuteurs dans un espoir de nous faire ressentir plus de sympathie envers eux!
    "[...] a lancé, avec émotion, celui qui a animé les débuts de soirées de nombreux jeunes à l’époque de Passe-Partout."
    De toute beauté!

    Si le texte n'est pas un éditorial ou une diatribe, prière de rester dans le descriptif là où c'est nécessaire. Le texte ne m'aurait peut être pas fait grimacer autant ainsi.