Point chaud - À la défense des fonctionnaires

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	Selon l’ancien président du Syndicat de la fonction publique du Québec Serge Roy les assauts contre la Fonction publique découlent de « l’hymne néolibéral ».</div>
Photo: Yan Doublet - Le Devoir
Selon l’ancien président du Syndicat de la fonction publique du Québec Serge Roy les assauts contre la Fonction publique découlent de « l’hymne néolibéral ».

Québec - Alors que, de plus en plus, on entend dire que l’État est trop lourd et que les fonctionnaires sont des privilégiés, l’ancien syndicaliste Serge Roy publie un essai pour se porter à leur défense.

« J’ai senti le besoin de présenter une série d’arguments pour défendre la fonction publique », a-t-il expliqué mercredi dernier lors d’une conférence de presse. Signe des temps ? Une seule journaliste s’était déplacée pour l’entendre.


« On entend souvent dire qu’il y a trop de fonctionnaires, que ça coûterait moins cher si c’était privé… Moi, ça me fatigue beaucoup parce que les employés de la fonction publique travaillent très fort pour rendre un service de qualité à des prix qui, bien souvent, sont inférieurs à ce que le privé peut réaliser. »


Ex-président du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ), il est un militant de gauche bien connu dans la capitale. Considéré comme un des éléments solides de Québec solidaire, il défend depuis 2007 les couleurs du parti contre la péquiste Agnès Maltais, dans Taschereau.


Bien conscient que les fonctionnaires n’ont pas la cote, il rappelle dans son livre qu’en 2010, le chef de l’ADQ Gérard Deltell avait proposé de réduire la portée de la sécurité d’emploi qui protège les « incompétents » et les « emplois inutiles ».


Or à son avis, c’est « ne pas comprendre à quoi sert la sécurité d’emploi ». « La sécurité d’emploi, moi, je n’ai jamais mis ça dans la balance des conditions de travail, explique-t-il en entretien. C’est un choix politique pour faire en sorte que les fonctionnaires soient indépendants de toute influence, c’est un bien extrêmement précieux. »


En la remettant en question, on s’expose à « une corruption beaucoup plus grande que celle que nous connaissons à l’heure actuelle, plaide-t-il. Imaginez s’il n’y a plus de sécurité d’emploi. Il y a plein de gens de l’extérieur qui vont chercher à obtenir des faveurs de la part du gouvernement. Je veux bien croire qu’on a une loi sur le lobbyisme, mais ce n’est pas une garantie contre les malversations ! » Sur les « incompétents » et les « emplois inutiles », Serge Roy répond que « c’est beaucoup plus rare qu’on le pense ce genre de situations ». « Il y a eu tellement de réductions d’effectifs dans les ministères… S’il en reste, je questionnerais les gestionnaires, voir ce qu’ils font avec leur personnel. »


Oui, répète-t-il, une personne peut être congédiée pour incompétence au gouvernement. Toutefois, en protégeant certains employés, on fait preuve de « responsabilité sociale », suggère-t-il. « Moi, j’ai été représentant syndical au Revenu et il m’est arrivé d’avoir des cas d’incompétence liés à des déficiences. On ne pouvait pas défendre l’idée que cette personne-là était compétente, mais il y avait des responsabilités sociales… »

 

Un ouvrage historique


Intitulé Fonction publique menacée ! Le néolibéralisme à l’assaut des services publics 1981-2011, le livre ne contient pas de grandes révélations, à part peut-être sa proposition d’interdire le lobbyisme autour du gouvernement du Québec.


C’est plutôt un ouvrage historique sur les nombreuses tentatives des gouvernements de réduire la taille de l’État depuis 30 ans, qu’ils soient péquistes ou libéraux.


Sur le mode « on vous l’avait bien dit », Serge Roy rappelle les nombreuses mises en garde du SFPQ sur les conséquences néfastes des baisses d’effectifs.


Lors de la conférence de presse, l’actuelle présidente du Syndicat, Lucie Martineau, a d’ailleurs souligné que, dès les années 1990, ils s’inquiétaient que le ministère des Transports ait cédé à d’autres la responsabilité de certaines routes. « On les accusait de corporatisme ! » s’est-elle indignée.


Des exemples, Serge Roy en pointe un peu partout. Il avance par exemple que le ministère de la Sécurité publique aurait réagi plus vite lors de la crise du verglas si on ne lui avait pas auparavant imposé une réduction de 15 % de ses ressources.


Il revient aussi sur des épisodes méconnus ou oubliés, comme le scandale de la Curatelle publique au début des années 1990. « Pour s’occuper de 25 000 dossiers, on passait de 308 à 240 personnes et on se retrouvait dans une situation intenable. […] Ils ont été obligés de réembaucher du personnel. C’est un exemple dramatique parce que ça touche des personnes déclarées inaptes, qui n’ont personne. »


Au Développement durable et à l’Office de protection du consommateur, il déplore le manque d’inspecteurs. À la Solidarité sociale, les compressions se traduisent par la « déshumanisation » des services. À la Régie du bâtiment et aux Ressources naturelles, il s’insurge contre le fait qu’on ait laissé l’industrie « s’autocontrôler ».


Comparaisons injustes


On s’en doute, les comparaisons faites entre le public et le privé lui paraissent bien injustes. « Des services pouvant recevoir les plaintes existent dans tous les organismes de la fonction publique, sans compter le Protecteur du citoyen et le Vérificateur général, écrit-il. Si l’entreprise privée était soumise au même exercice de


Les assauts contre la fonction publique découlent à son avis de « l’hymne néolibéral » et d’une obsession de la lutte contre le déficit, qu’il récuse. Si le gouvernement manque de revenus, c’est aussi parce qu’il a consenti des baisses et des crédits d’impôt importants, répète-t-il.


D’emblée, Serge Roy estime qu’on dramatise à des fins idéologiques la crise des régimes de retraite. « Oui, il y a des problèmes avec les régimes de retraite, mais les problèmes ne sont pas catastrophiques au point où on est au bord de la banqueroute. Il y a des sommes gigantesques qui sont dans les fonds de pension des employés du gouvernement à l’heure actuelle. »

17 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 avril 2012 07 h 49

    La fonction publique n'est pas l'endroit pour ca

    Monsieur je ne sais pas comment vous en êtes venu à défendre cette cause, mais mon expérience m’a démontré que la sécurité d’emploie permet souvent a certaines personnes de se planquer, quand ce n'est pas tout simplement d'encourager l'esprit tatillon. La fonction publique n'est pas l'endroit pour ca.

    • dany tanguay - Inscrit 23 avril 2012 08 h 46

      M.Paquette, vous voyez ce qui se passe quand on abolit des postes au gouvernement et qu'on laisse les grandes firmes privées d'ingénieurs prendre soin de nos infrastuctures....on se fait voler, c'est pourtant simple à comprendre...

  • Demosthene - Abonné 23 avril 2012 07 h 53

    Garder la sécurité d'emploi

    M. Roy a tout à fait raison quant au fait que la sécurité d'emploi à été mise en place pour éviter que les fonctionnaires changent au gré des élections comme dans le temps de Duplessis et de Taschereau.

    Malheureusement, lorsque certaines villes ont fusionné, cette mesure à été éliminée en douce pour les cadres.

    Vos lecteurs auraient avantage à s'en rappeler lors des prochaines frappes de l'UPAC...

    • Francois Laforest - Abonné 23 avril 2012 15 h 58

      Très bon point !!

  • parade21 - Abonné 23 avril 2012 08 h 00

    Pourquoi la fonction publique?

    Tout le travail de la droite actuellement consiste à dénigrer, sinon démoniser, l'État. La fonction publique est principalement dans la mire du Capital assoiffé de profits. Mais surtout, ses dignes représentants veulent agir en toute impunité, ils diraient liberté, sans bâtons dans les roues, c'est-à-dire sans contrôle de l'État. Et on voit ce que ça donne. Corruption à n'en plus finir, insécurité collective lors de nos déplacements sur les routes; prendre un café ou un repas sur une terrasse est devenu un sport extrême. La liste pourrait être longue de ces insécurités vécues dans tous les secteurs de la vie humaine sans le contrôle de l’État. L’environnement est sans conteste un domaine où il est nécessaire que la fonction publique joue un rôle de premier plan. Malheureusement, le Plan Nord est mal parti à ce point de vue. Servez-vous, nous dit Jean Charest. Et en prime pas de contrôles de l’État! On n’a encore rien vu. Il en faudra des centaines de milliers de citoyens et citoyennes pour dire au gouvernement de cesser de se comporter comme un voyou dans l’exploitation des ressources naturelles.

    Le travailleur de la fonction publique existe parce qu’une société veut vivre en sécurité. Sécurité financière, sécurité sur les routes, sécurité alimentaire, sécurité au travail, sécurité du revenu, sécurité du bâtiment, assurance maladie, assurance automobile, assurance agricole, sécurité des marchés financiers… Le fonctionnaire est, socialement, un être invisible, mais oh combien nécessaire, pour notre sécurité collective. Il n’y a que les néolibéraux qui cherchent par tous les moyens à nous le rendre odieux et on sait parfaitement pourquoi. Laissez-moi piger dans la caisse sans me badrer nous crie-t-il aux oreilles depuis plus de trente ans. Il est temps que ça cesse.

    • Jack Bauer - Inscrit 23 avril 2012 14 h 17

      Au contraire... le privé aime bien prendre avantage de la fonction publique car ceux-ci ont le pouvoir de force et de taxation sur leur peuples respectifs, choses qu'aucune entreprise privée possède, je crois que c'est assez simple

  • Denis-Émile Giasson - Abonné 23 avril 2012 08 h 43

    Oui... mais!

    Une fonction publique à l'effectif pléthorique est une nuisance pour le public et un fardeau pour les finances de l'État sans aucun effet positif sur la qualité du service. Je prends pour exemple la multiplication des postes pour orienter et encadrer du Central les opérations directement offertes aux citoyens.
    Le meilleur, en fait le pire exemple demeure la CSST, où l'appareil central est devenu éléphantesque au cours des 20 dernières années, alors que le nombre de réclamations et le nombre de visites d'inspection ont peu ou pas augmenté pendant ce temps, que les projets d'informatisation se sont succédés sans donner un juste retour sur investissement.
    Serge Roy a raison de défendre la qualité du service direct au citoyen mais il aura toujours tort de défendre l'énorme appareil bureaucratique qui se terre dans les «sièges sociaux» des ministères et organismes, appareil qui trop souvent ne sert qu'à nourrir les multiples founisseurs privés de services de
    développement et de conseil de toutes natures.

    • Sylvie - Inscrit 23 avril 2012 12 h 02

      Il est parfois surprenant de voir à quel point ce mot de pléthorique, à lui seul, semble s'autodémontrer. Qu'est-ce qu'une fonction publique pléthorique... j'entend cette incantation depuis plus de 30 ans et pourtant on a sabré à de nombreuses reprises depuis... or, on peut, dans bine des cas, être très nombreux et pourtant en sous-effectifs par rapport à l'ampluer des tâches à accomplit.
      Un exemple qui revient sans cesse: l'ONU, dont on dit aussi souvent quue le problème est la lourdeur et les nombre, pléthorique encore, de fonctionnaires internationaux... et pourtant le budget de l'ONU est environ celui de la ville de Montréal... pléthorique pour ce qu'on lui assigne comme tâches??? Dans la pratique, quand on les anlayse une par une, les fonctions que doivent exercer les appareils publics aujourd'hui se sont complexifiées et de nombreux ministères sont en sous-effectifs pour remplir adéquatement leur mandat.

  • Alexandre Couture Gagnon - Inscrite 23 avril 2012 09 h 55

    Phrase tronquée

    « Si l’entreprise privée était soumise au même exercice de »