Le Plan Nord et Hydro dans la mire de l'UPAC

«En fin de compte c’est toujours le citoyen qui paie. L’entrepreneur ne paie pas de sa poche les cadeaux qu’il donne, il les facture en chargeant plus cher pour le contrat qu’il obtient», explique Robert Lafrenière.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «En fin de compte c’est toujours le citoyen qui paie. L’entrepreneur ne paie pas de sa poche les cadeaux qu’il donne, il les facture en chargeant plus cher pour le contrat qu’il obtient», explique Robert Lafrenière.

Les frappes policières à Mascouche et Boisbriand ne doivent pas être perçues comme une limitation des enquêtes de l'escouade Marteau au seul monde municipal. Les garderies, les Transports, les contrats informatiques, Hydro-Québec et le Plan Nord sont dans la mire des enquêteurs, prévient le commissaire Robert Lafrenière de l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

Au lendemain du coup porté à Mascouche, où un système de corruption a été démantelé par l'arrestation et la mise en accusation de 14 personnes (une autre doit s'ajouter aujourd'hui) et de deux entreprises, M. Lafrenière lance le message que tous les grands donneurs d'ouvrage publics sont sur l'écran radar policier.

«Que ce soit au provincial ou au municipal, tous les contrats publics sont sous la loupe de l'UPAC. On fait enquête sur le ministère de la Famille pour les garderies. [...] On a une vigie importante sur le ministère des Transports, sur les contrats informatiques, le Plan Nord, les fournisseurs de services à Hydro-Québec», a affirmé M. Lafrenière lors d'un entretien au Devoir.

«Ce n'est pas de la vantardise de le dire, mais notre mandat est plus large que celui de la commission Charbonneau, qui touche l'industrie de la construction», a souligné le commissaire. Il ajoute toutefois qu'entre l'UPAC et la commission Charbonneau qui doit commencer ses travaux publics le mois prochain, «il y a une collaboration totale pour l'échange de renseignements». M. Lafrenière ne croit d'ailleurs pas que le dossier de Mascouche privera la commission Charbonneau de témoins importants.

Onde de choc à Mascouche

Chose certaine, Robert Lafrenière ne cache pas sa satisfaction quant à l'onde de choc qu'a provoquée l'opération Gravier. Et pour cause: Tony Accurso, l'un des entrepreneurs incontournables au Québec, a été épinglé et devra répondre à six chefs d'accusation notamment de fraude, de complot et d'abus de confiance. Son célèbre et luxueux bateau le Touch aurait servi de monnaie d'échange pour brasser des affaires avec la Ville de Mascouche et son maire, Richard Marcotte. Ce dernier doit être arrêté ce soir à sa descente de l'avion le ramenant des plages de Cuba.

Hier, la légitimité de M. Marcotte à conserver son poste de maire a été remise en question encore une fois. Ses adversaires municipaux ont réclamé son départ et même le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, a déclaré que le maire devrait se poser des questions sur son aptitude à siéger. La loi actuelle prévoit toutefois qu'un élu est inhabile à assumer ses fonctions lorsqu'il est reconnu coupable. Or, la culpabilité de Richard Marcotte et de ses acolytes reste à démontrer.

MM. Marcotte et Accurso n'auraient pas agi seuls. Dans le stratagème mis au jour, on retrouve cinq firmes de génie-conseil, six ingénieurs, un avocat associé au cabinet Fasken Martineau, un haut fonctionnaire, des entrepreneurs en construction et deux collecteurs de fonds passés maîtres dans l'art de créer des passerelles entre l'argent des entreprises et les caisses électorales. Les récompenses, les avantages ou les bénéfices en considération d'une collaboration en vue de mettre la main sur de lucratifs contrats auraient transigé par Claude Lachapelle, le directeur de cabinet du maire Marcotte. M. Lachapelle ne fait face à aucune accusation, ce qui s'explique par sa collaboration étroite avec les enquêteurs de l'escouade Marteau pour amasser la preuve dans le dossier.

Un système de corruption similaire pourrait se retrouver dans bien d'autres municipalités, mais aussi au sein du gouvernement, de l'appareil paragouvernemental ainsi que les sociétés d'État. «Ça finit par se ressembler, le grand principe étant qu'une entreprise et un fonctionnaire ou un élu peuvent voir des avantages illégaux à se rendre service. Il y a des variantes, mais c'est la base. [...] Ce qui m'horripile, c'est qu'en fin de compte c'est toujours le citoyen qui paie. L'entrepreneur ne paie pas de sa poche les cadeaux qu'il donne, il les facture en chargeant plus cher pour le contrat qu'il obtient», a expliqué Robert Lafrenière.

Étude de crédits


C'est dans ce contexte turbulent que le patron de l'UPAC se rendra aujourd'hui à Québec pour répondre aux questions des parlementaires sur les dépenses de son équipe. M. Lafrenière se montre confiant. Si les résultats ont été lents à venir, le bilan est maintenant éloquent, croit-il. Et le terrain à couvrir de plus en plus important. «Ça pourrait arriver que je demande des effectifs supplémentaires», a-t-il indiqué, précisant toutefois qu'aucune demande officielle n'a été formulée. L'escouade Marteau compte actuellement 84 personnes, y compris le personnel administratif.

Outre l'équipe d'enquête, l'UPAC a un groupe de «préventionnistes» qui font de la formation et de la prévention. Plus de 1000 personnes ont été rencontrées à cet égard, a mentionné Robert Lafrenière.
36 commentaires
  • Daniel Hémond - Inscrit 19 avril 2012 02 h 17

    On verra

    J'espère que ce Monsieur n'est pas en train de nous emberlificoter... Je ne peux plus supporter les ripoux et les menteurs et les profiteurs... etc. Il faut éliminer la vermine qui a envahi notre société.

    • Pierre Brulotte - Inscrit 19 avril 2012 09 h 15

      Tout le monde à guillotine?

    • Dominic Lamontagne - Inscrit 19 avril 2012 12 h 59

      Éliminons d'abord les multiples pallier de gouvernement qui contribue à ce système de pot de vin.

      L'entrepreneur veut tout simplement travailler... Ce n'est pas lui le véritable coupable....

      La droite veut tout simplement moi de gouvernement .. Pensez-y...

  • Messire Mathieu - Inscrit 19 avril 2012 02 h 46

    L'Hydro?

    Cette nouvelle ne tombera pas dans l'oreille d'un sourd. Y'a d'la paprasse qui va se faire déchiqueter aujourd'hui, surtout concernant les études d'Anticosti.

  • M. Miclot - Inscrit 19 avril 2012 05 h 36

    Du progrès

    Continuez dans cette voie M. Lafrenière et vous aurez droit à mes excuses pour vous avoir mal jugé et vous avoir pris pour un marionnette des libéraux surtout après l'épisode Duchesneau.

    • Assez merci - Inscrit 19 avril 2012 16 h 02

      Vous n`aurez pas besoin de lui faire des excuses, soyez en assuré!
      Sa sortie est juste pour que son ami john james se fasse du capital politique avant des élections...
      Voyons...
      Lisez:
      Ils aiment le français présentement aussi.
      Projet de déclaration sur la langue française du PLQ..
      http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/201

  • Alain Lavallée - Inscrit 19 avril 2012 07 h 38

    Vantardise et "digue municipale"... on verra


    M. Lafrenière de l'UPAC en mène soudainement très large. Lorsqu'il nous dit ""Ce n'est pas de la vantardise de le dire, mais notre mandat est plus large que celui de la commission Charbonneau"", faut-il s'en réjouir ou s'en inquiéter ?

    Car comme nous le rappelle ce matin Michel David, dans sa chronique ""La digue municipale"" (que je vous invite à lire)

    """"des membres de la SQ affirmaient qu'aucun membre du gouvernement ne serait inquiété par l'UPAC, parce que celle-ci ne jouissait en réalité d'aucune indépendance face au pouvoir politique, mais cela n'exclut pas de s'en prendre au menu fretin libéral."""" (comme le collecteur de fonds libéral arrêté hier à Mascouche).

    En résumé, si on tient compte de l'avertissement de policiers de la SQ, l'UPAC en posant "ses pattes "" dans tous les dossiers (construction mais aussi garderies, Hydro, Plan Nord,,,) est-ce qu'elle ne rejettera pas dans l'ombre le volet témoignage public de ces "personnes arrêtées... comme Accurso (qui s'empresseront de ne pas témoigner en public ?

    Est-ce que cela forcera la commission Charbonneau a travaillé entièrement à huis clos ou presque?

    Entretemps, Jean Charest aura eu le temps de se fire réélire pour 4 ans, en profitant d'une part de la prise médiatique d'Accurso et Mascouche (ce que Michel David appelle la "digue municipale" qui protège les élites du gouvernemnt libéral de Jean Charest) et d'autre part de l'instrumentalisation de la grève étudiante (ou son inertie et le refus de négocier finit par provoquer des comportements dysfonctionnels).

  • Airdutemps - Inscrite 19 avril 2012 07 h 39

    C'est révoltant

    On se demande s'il reste quelques Québécois honnêtes, puisque tous les niveaux de gouvernement, y compris les commissions scolaires sont infiltrés par la mafia et le crime organisé, à la solde de certains politiciens.

    Hydro ? Pas surprenant. Rappelez-vous l'OTS.

    Et jusqu'aux garderies. On pourrait se demander si l'intimidation dont on se plaint ne s'ensegnerait pas dans les garderies...

    C'est révoltant.

    • ghislaine fortin - Inscrite 19 avril 2012 13 h 15

      On devrait ajouter l'UPA (Union des producteurs agricoles) qui avait pris en contrôle la Financière agricole, et en moins de 7 ans, a réussi a accumuler un déficit de plus de UN milliard trois cents millions, pelleté sans plus de question, aux générations futures.
      Parlons de l'achat de l'abattoir Colbex Levinoff à plus de 10 fois sa valeur malgré les avis contraires des fonctionnaires du ministère de l'agriculture sous la gouverne de Mme Françoise Gauthier.
      Parlons de 5 producteurs porcins qui empochent, bon an mal an, plus de $100 millions de dollars pour les "aider", l'UPA qui essaie de faire croire qu'elle est là pour aider tous les agriculteurs et en profite pour exiger encore plus d'argent.

      Qui paie pour tout ça? Les contribuables et personne ne peut examiner les états financiers (les vrais) de ce monopole qui, lorsque quelque chose le dérange, n'hésite pas à poursuivre tout ce qui bouge en agriculture.

    • ghislaine fortin - Inscrite 19 avril 2012 13 h 15

      On devrait ajouter l'UPA (Union des producteurs agricoles) qui avait pris en contrôle la Financière agricole, et en moins de 7 ans, a réussi a accumuler un déficit de plus de UN milliard trois cents millions, pelleté sans plus de question, aux générations futures.
      Parlons de l'achat de l'abattoir Colbex Levinoff à plus de 10 fois sa valeur malgré les avis contraires des fonctionnaires du ministère de l'agriculture sous la gouverne de Mme Françoise Gauthier.
      Parlons de 5 producteurs porcins qui empochent, bon an mal an, plus de $100 millions de dollars pour les "aider", l'UPA qui essaie de faire croire qu'elle est là pour aider tous les agriculteurs et en profite pour exiger encore plus d'argent.

      Qui paie pour tout ça? Les contribuables et personne ne peut examiner les états financiers (les vrais) de ce monopole qui, lorsque quelque chose le dérange, n'hésite pas à poursuivre tout ce qui bouge en agriculture.