Nouveaux arrivants - Fini l'accès continu aux cours de francisation

La ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil

Québec — Le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles (MICC) a décidé de restreindre l'accès aux cours de francisation à temps partiel, ce qui empêche nombre de nouveaux immigrants d'apprendre le français dès leur arrivée.

C'est ce que dénoncent certains enseignants du MICC et employés d'organismes communautaires de la région de Montréal qui ont réclamé l'anonymat de peur de subir des représailles de la part de l'administration.

Depuis janvier, le MICC a aboli la pratique des «entrées continues» qui voulait qu'un nouvel immigrant puisse suivre, dès son arrivée, un cours de francisation à temps partiel même si celui-ci était déjà commencé. Maintenant, après un délai de sept jours, il est impossible d'intégrer le cours. Ainsi, les nouveaux arrivants peuvent attendre jusqu'à trois mois et parfois davantage avant d'assister à leur premier cours de francisation, a-t-on indiqué au Devoir. Ils doivent attendre qu'une nouvelle session de cours à temps partiel s'amorce ou encore qu'une place dans un cours à temps plein s'offre à eux. Une session s'étend habituellement sur onze semaines, et le ministère tolérait l'admission de nouveaux étudiants jusqu'à quatre semaines après le début du cours.

«Les élèves sont encouragés à suivre des cours en ligne, ce qui ne favorise pas l'intégration, ou encore à suivre des cours d'anglais en attendant», a déploré une enseignante.

«Depuis un an au ministère, on leur dit que l'anglais est vraiment nécessaire pour avoir un emploi», a soutenu une coordonnatrice d'un organisme communautaire de la région de Montréal. «C'est contradictoire. Logiquement parlant, est-ce que vous pouvez étudier les deux langues en même temps?» Selon son évaluation, par rapport à la situation antérieure, environ 20 % de nouveaux immigrants sont privés de cours à leur arrivée.

En 2010-2011, 9918 immigrants ont suivi un cours de francisation à temps partiel tandis que 12 877 d'entre eux faisaient de même à temps plein, selon les données du MICC.

On soupçonne aussi le ministère de vouloir «faire des économies de bouts de chandelles». Les «entrées continues» permettaient de maintenir un nombre d'élèves acceptable dans les classes: elles palliaient le fait que les immigrants qui suivent les cours à temps partiel les quittent souvent en pleine session pour s'inscrire à un cours à temps plein dont la session commence, a-t-on fait valoir. Mentionnons que suivre un cours à temps plein donne droit à une allocation de subsistance alors que seuls les frais de garde et de transport sont remboursés pour les cours à temps partiel.

Comme il y a moins d'élèves dans les classes à temps partiel, on mélange souvent des étudiants dont le niveau de maîtrise du français diffère: des élèves de niveau avancé avec d'autres qui ne sont pas tout à fait de niveau intermédiaire, a-t-on signalé.

Un responsable de la francisation dans un organisme communautaire estime, pour sa part, qu'en retardant la francisation des nouveaux arrivants, on retarde leur intégration en emploi et prolonge leur recours à l'aide sociale.

Le MICC ne fait que respecter la convention collective qui prévoit un délai maximum de sept jours pour l'admission, a soutenu le porte-parole, Réal Grégoire. «On a reçu des plaintes à ce sujet, et le ministère a resserré les règles d'admission.»

«Une inscription tardive — les professeurs le disent, il ne faut pas le cacher — peut retarder le reste du groupe. C'est pour ça qu'on met une limite de sept jours», a-t-il fait valoir.

Quant à l'apprentissage de l'anglais par les nouveaux arrivants avant ou en même temps que la francisation, «c'est la liberté de l'individu. C'est la personne qui juge si elle est capable de soutenir deux formations en même temps», estime Réal Grégoire, tout en rappelant que la priorité du ministère, «c'est l'apprentissage de la langue française. C'est la clé de l'intégration sociale».

De son côté, le président du Syndicat des professeurs de l'État du Québec (SPEQ), Claude Tanguay, a indiqué qu'il y a «deux profils de pensée» chez les professeurs: ceux qui tiennent à la règle de sept jours pour les mêmes raisons que celles invoquées par le MICC et ceux qui privilégient l'intégration rapide avant tout. Pour sa part, Claude Tanguay n'a pas d'opinion. Cependant, s'il y a eu plainte, elle ne vient pas du syndicat qui n'a pas déposé de grief à ce sujet.

Pour le directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées ou immigrantes, Stephan Reichhold, il est dommage que les immigrants doivent attendre une date fixe pour commencer leur apprentissage du français. «L'intérêt des cours à temps partiel, c'était que c'était assez flexible», juge-t-il. Stephan Reichhold a signalé qu'en Ontario, par exemple, pour les cours d'anglais destinés aux immigrants, «c'est beaucoup plus flexible alors qu'ici, c'est d'une rigidité, c'est des normes et tout ça, ce qui fait que ça en effraie plus d'un».
52 commentaires
  • Andre Vallee - Abonné 16 avril 2012 01 h 42

    Tu manges quoi?

    Du beuf de l'Ouest? Passe à la table.
    Du pâté chinois? Attends ton tour.

  • marc.collin - Inscrit 16 avril 2012 01 h 46

    Sélection

    pourquoi ne pas sélectionner ceux qui en n'ont pas besoin au lieu que la population doivent encore une fois payer pour les autres

  • Yves Côté - Abonné 16 avril 2012 04 h 15

    La bascule...

    N'en doutons plus, la bascule linguistique irréparable est pour demain si nous ne faisons pas le grand ménage.
    Le gouvernement Charest, assemblage de personnes n'ayant plus aucune colonne vertébrale et ayant abandonné toute filiation française que ce soit en termes linguistiques et culturels, joue son va-tout pour montrer à ses patrons qu'ils ont été prêts à aller jusqu'au bout de ses promesses de destruction sociale.
    Le PM et ses amis savent ce qui les attend à la prochaine élection et pour tendre la main aux postes de direction et de conseil qu'ils espèrent pour après celle-ci, ils démontrent sans état d'âme leur obéissance et leur veulité totales .
    Le PM et ses amis savent aussi que Pauline Marois ne fera jamais l'indépendance du Québec et l'idée de leurs maîtres est de tuer l'espoir de sa majorité par étouffement.
    Pour les Québécois, la bascule déterminante viendra le jour où la majorité des Montréalais ne sera plus francophone; Montréal étant le poumon économique du Québec, là se trouve le coeur de la stratégie célérate des libéraux...
    Mais ils présument tous de leurs certitudes.

    Vive le Québec qui se libérera malgré ces gens !

  • Chantal_Mino - Inscrite 16 avril 2012 05 h 43

    Québécoi(se)s, réveillez-vous ! Soyez tous présents à la manifestation du 22 avril 2012.

    -Perte de notre belle langue française, autant dans son parler que dans son écriture que dans les publicités, que dans les affiches à Montréal que dans les postes de pouvoir donnés dans nos institutions pourtant francophones;

    - Diminution de l’accès aux études supérieurs à plusieurs québécois francophones. Empêchement d’accès aux francophones à des postes de pouvoir et encouragement à suivre des formations comme ouvrier pour être de vrais larbins au service du capitaliste et des anglais;

    - L'envahissement de l'anglais et l'assimilation des francophones à cette langue est de retour;

    - Cours d'anglais dès la 1e année du primaire quand nos jeunes ne savent même pas encore leur français, dont certains le parle à peine;

    - Cours intensif d'anglais au 3e cycle du primaire;

    - Et maintenant, empêchement aux immigrants d'avoir accès à des cours de français dès leur arrivée au Québec, car ceci est remplacé par un encouragement à s’intégrer dans notre société avec un ordinateur et à suivre des cours d'anglais à la place;

    Wow ! J'ai l'impression de revivre une partir de l'histoire du Québec que j'ai appris au secondaire. Et ça fait très peur. Oui ! J'ai peur qu'on m'enlève mes racines québécoises, mes valeurs québécoises, ma belle langue française que j'aime tant. Déjà que certains cherchent à enlever toutes nos belles traces d’histoire catholique au Québec en ne se centrant que sur des points négatifs de certains et en voulant faire de notre Québec, une province d’athéismes. Où s’en va-t-on ? Quelle société laissera-t-on à nos enfants ? Comment seront nos vieux jours lorsque nous serons tous vulnérables face à ces gens ? Déjà qu’ils s’en passe assez comme ça des situations inadmissibles envers les plus démunis de notre société. Rajoutons la désinformation fait par nos grands médias dont Quebecor, Power Corporation, Transcontinental ainsi que la corruption, la collusion et les élections cl

    • Lorraine Dubé - Inscrite 16 avril 2012 08 h 31

      Ce gouvernement est conséquent avec ses positions depuis 2003.

      Rapport accablant de l'OQLF sur le recul du français à Montréal tabletté par le PLQ pendant 18 mois.

      04-2010
      Compressions de 6 millions $ par année en francisation des nouveaux arrivants malgré une immigration record, 54,000 en 2010, soit 21 % de plus qu'en 2006.
      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/316825/le

      10-2010
      Promulgation sous bâillon de la loi 115 des écoles passerelles. Refus d'utiliser la clause dérogatoire. La Cour suprême a invalidé une disposition de la loi 101 adoptée par le PQ en 2002 mais condamnait le subterfuge qui consiste à utiliser les écoles privées non subventionnées pour acheter un droit à l'école anglaise. On suggère même que le cheminement scolaire de bon nombre des enfants dont le dossier était soumis à la Cour ne serait pas jugé authentique selon le critère qualitatif
      http://www.cyberpresse.ca/opinions/200910/22/01-91

    • Gilles Théberge - Abonné 16 avril 2012 10 h 06

      D'accord avec vous Chantal. Le 22, dimanche prochain, nous serons dans la rue. Avec espérons-le le plus grand nombre possible de nos compatriotes.

  • France Marcotte - Abonnée 16 avril 2012 05 h 44

    Quand le coeur n'y est pas


    C'est bien certain. Il y a mille petites manières, quand c'est ce qu'on veut, de miner le rayonnement du français, de le gruger par en dessous et même les enseignants n'osent en parler sans se couvrir le visage.

    Y'a pas de quoi être fier.
    Pas vraiment besoin d'intervenir en haut lieu, on se dit que ça tombera tout seul.

    Sinon, comment expliquer l'intention derrière ce qu'on lit ici?

    Le maximum de dégâts avant de partir, tel semble être le programme.
    Et cela à l'intérieur des murs pendant que de l'extérieur, on s'affaire aussi mais autrement.

    Par quel diable de miracle survivons-nous?

    Vos jours sont comptés comme premier ministre et cette fois les jeunes iront voter en masse, contre vous, naturellement. Même les plus vieux, comme "clientèle naturelle", vous rejetteront.

    Vous serez éjecté du corps social comme dans un grand mal de coeur.

    Faudra être fait forts pour se relever de vous, mais on y arrivera, comme toujours.

    • Gilles Théberge - Abonné 16 avril 2012 23 h 03

      Le maximum de dégâts avant de partir, tel semble être le programme. En effet ça semble bien être le programme.

      Et cette ministre fait bonne équipe avec l'autre, qui est apparemment irresponsable de la Loi 101 et de l'OQLF compte tenu de sa conduite des affaires touchant la langue.

      Des élections avant qu'ils aient tout détruit.