Échec d'une première tentative de sortie de crise

Line Beauchamp et Raymond Bachand ont proposé hier d’améliorer le programme des prêts et bourses.
Photo: Clément Allard - Le Devoir Line Beauchamp et Raymond Bachand ont proposé hier d’améliorer le programme des prêts et bourses.

Sitôt connue, la proposition du gouvernement d'améliorer le programme de prêts et bourses a été balayée par les trois grandes organisations étudiantes. Mince espoir, toutefois, car bien que les leaders étudiants n'aient pas du tout apprécié cette «fin de non-recevoir» qu'ils ont qualifiée «d'opération de relations publiques» et de «procédures préélectorales», ils ont néanmoins promis d'y réfléchir et de la soumettre à leurs membres.

«L'accueil est assez froid, mais on va prendre le congé pascal pour analyser ça», a déclaré le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin. À la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), la réaction est déjà plus ferme: c'est non. «Nos associations étudiantes ont déjà toutes adoptées des mandats et des positions pour ou contre. Et personne ne parle de RPR [remboursement proportionnel au revenu]. C'est non», a expliqué la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, qui dit néanmoins voir une ouverture au dialogue. La Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) soumettra la proposition à ses membres à son congrès en fin de semaine.

Disant vouloir alléger le fardeau de la classe moyenne, les ajustements annoncés hier matin par la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, et celui des Finances, Raymond Bachand, coûteront 21 millions supplémentaires, une facture refilée aux universités.

Ainsi, une première mesure permettra, dès l'automne 2012, l'accès à un prêt couvrant les dépenses de matériel scolaire et les droits de scolarité à un étudiant venant d'une famille dont le revenu est inférieur à 100 000 $. Par ailleurs, aucune contribution parentale ne sera prise en considération jusqu'à un revenu familial de 60 000 $.

D'autre part, le gouvernement veut mettre en place pour l'automne 2013 un nouveau régime de remboursement des prêts en proportion du revenu (RPR). Contrairement à la méthode actuelle, qui répartit le montant du prêt à rembourser sur un certain nombre d'années, le nouveau mécanisme tiendra compte de la capacité de payer de l'étudiant nouvellement arrivé sur le marché du travail. En clair: on évite au travailleur à petit salaire de consacrer au remboursement de son prêt une trop grande part proportionnellement à son revenu.

Cette dernière mesure, jusqu'ici très floue, avait déjà été suggérée par plusieurs, notamment Claude Montmarquette et Luc Godbout, tous deux fellows au CIRANO. Pour M. Godbout, c'est une nette avancée. «On vient s'assurer que si tu n'as pas un gros salaire, la part consacrée au remboursement de ton prêt ne soit pas trop grande», a-t-il résumé. «Dans l'ancien système, on ne s'occupait que de ta condition de vie pendant les études. Mais là, on s'y intéresse aussi après», a-t-il souligné.

Plusieurs pays, dont les États-Unis, l'Afrique du Sud et l'Allemagne ont de tels programmes de remboursement différé. La Suède a été le premier pays à mettre un tel régime en place, malgré la gratuité scolaire, rappelle M. Godbout. «Ça montre que les frais de scolarité, ce n'est qu'une des multiples dépenses que l'étudiant doit assumer. Et même s'il n'y en a pas, ils ont quand même le RPR pour d'autres dépenses», a-t-il souligné.

Rejet de l'endettement

La CLASSE dénonce les effets dévastateurs du RPR, notamment en Australie, où l'endettement étudiant a bondi de 120 %. Le gouvernement de ce pays ne s'est effectivement pas empêché d'accompagner la mesure d'une forte hausse des droits de scolarité. L'endettement ne doit pas être la solution, insiste Jeanne Reynolds, coporte-parole de la CLASSE. «C'est déjà ce qui décourage des milliers de personnes d'entreprendre des études universitaires.»

Martine Desjardins constate des irrégularités dans le calcul du gouvernement. «En 2005, cette mesure avait été proposée et on la chiffrait à 60 millions. Là, on dit que ça va coûter 21 millions, ça ne correspond pas», a-t-elle noté. Selon un calcul hypothétique fait par les chercheurs de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques, le seul coût du RPR est évalué à 20 millions.

En revanche, la proposition a été saluée notamment par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, son pendant jeunesse, ainsi que par la direction de l'Université du Québec et la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ).

En Chambre en matinée, la critique du Parti québécois Marie Malavoy s'est dite «scandalisée» de voir que le gouvernement servait du «réchauffé» aux étudiants. La députée a déposé un communiqué daté du 12 janvier 2005 par lequel le ministre de l'Éducation de l'époque, Pierre Reid, annonçait que les étudiants auraient «accès à un programme de remboursement proportionnel au revenu dès l'automne 2005». Le programme n'a finalement jamais vu le jour, car celui qui a remplacé M. Reid, Jean-Marc Fournier, l'a aboli.

Bien que la proposition du gouvernement soit similaire à celle faite par François Legault, le chef de la CAQ a qualifié hier de «quasi insultante pour les étudiants» la formule mise en avant par le gouvernement. «Nous, on a annoncé un régime pour bonifier les prêts et les bourses avec un financement qui vient de l'abolition des crédits d'impôt de 121 millions de dollars. Ce que le gouvernement annonce aujourd'hui, c'est un programme de 21 millions qui n'offre aucune bonification des bourses pour la classe moyenne», a-t-il dénoncé. Le RPR proposé par la CAQ ferait en sorte que les étudiants n'auraient à consacrer, pendant 10 ans, que 5 % de leur revenu au remboursement. Après 10 ans, la dette serait effacée.

Malgré cette proposition chiffrée que la ministre Beauchamp a pourtant présentée comme une «décision», les étudiants, qui ne démordent pour l'instant pas de l'idée d'un gel, refuseront-ils de négocier? «On est en train de voir s'il y a une possibilité d'une rencontre, a dit Martine Desjardins. On a appelé à son bureau et on attend de ses nouvelles.»

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Avec la collaboration de Mélissa Guillemette

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