Transports Québec - 32 ingénieurs privés dans les bureaux du ministère

Invité récemment à commenter la situation, le ministre Pierre Moreau a estimé que les règles déontologiques auxquelles sont soumis les ingénieurs par l'intermédiaire de leur ordre professionnel donnent des garanties suffisantes de probité.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Invité récemment à commenter la situation, le ministre Pierre Moreau a estimé que les règles déontologiques auxquelles sont soumis les ingénieurs par l'intermédiaire de leur ordre professionnel donnent des garanties suffisantes de probité.

En dépit des appels à la prudence du rapport Duchesneau quant à la promiscuité entre le ministère des Transports (MTQ) et les firmes de génie, on compte 32 ingénieurs privés installés dans les bureaux du MTQ et travaillant à d'importants dossiers, dont Turcot, a appris Le Devoir.

De ce groupe d'ingénieurs, 16 oeuvrent à des projets routiers d'envergure depuis les bureaux montréalais du MTQ. À la manière du désormais célèbre contrat des compteurs d'eau à Montréal, où la firme BPR était intégrée à l'administration municipale pour gérer le dossier, ces ingénieurs travaillent sur l'échangeur Dorval, le complexe Turcot et l'autoroute 30.

Pour le dossier de l'échangeur Dorval, les ingénieurs sont liés à la firme SM ainsi qu'au consortium Roche-Axor. Pour Turcot, les ingénieurs proviennent d'AECOM et de BPR, deux firmes qui ont formé un partenariat d'affaires pour ce dossier. Quant à l'autoroute 30, les firmes CIMA+, BPR et Roche ont fourni les employés.

En outre, le MTQ accueille dix ingénieurs spécialisés en informatique et six autres (trois ingénieurs mécaniques et trois spécialisés en génie industriel) qui se penchent sur des projets «d'optimisation des processus internes».

Pour le ministère, la présence des firmes privées ne soulève pas de problème éthique et ne démontre aucune perte de contrôle des dossiers à leur profit. Il s'agit, explique-t-on, d'une pratique courante dans la mise en place de grands projets. «Leur présence dans les bureaux optimise le rendement des équipes, facilite le transfert d'expertise spécifique à l'interne et permet une collaboration quotidienne dans le cas de projets ciblés pour une période déterminée», a indiqué la porte-parole du MTQ, Isabelle Monette.

Invité récemment à commenter la situation, le ministre Pierre Moreau a estimé que les règles déontologiques auxquelles sont soumis les ingénieurs par l'intermédiaire de leur ordre professionnel donnent des garanties suffisantes de probité. «Ils ne travaillent pas en vase clos. Ils sont encadrés. [...] Il y a une contre-vérification qui se fait», a-t-il affirmé.

«Malgré toute la bonne volonté qu'il pourrait exprimer, le ministère ne pourra jamais tout faire les travaux en régie interne. Il n'y a aucun gouvernement dans le monde qui a l'ensemble des professionnels pour faire des projets aussi énormes que Turcot, par exemple», a ajouté le ministre des Transports.

En février dernier, la Ville de Montréal a été la cible de critiques parce que des ingénieurs sont installés dans les bureaux municipaux afin de préparer et de rédiger des dossiers pour que les élus puissent prendre des décisions. Le président du comité exécutif, Michael Applebaum, a nié que cela puisse s'apparenter à quelque dérive que ce soit.

Au MTQ, on souligne que les firmes de génie signent un engagement de confidentialité et que les ingénieurs n'ont qu'un accès limité aux systèmes informatiques correspondant à leur mandat. De plus, on banalise la situation en rappelant le ratio: 32 ingénieurs privés pour 586 salariés du MTQ.

En 2007, l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ) avait déposé un grief concernant la présence d'ingénieurs de firmes privées dans les mêmes bureaux que les ingénieurs du gouvernement. Le syndicat estimait alors que les professionnels étaient privés d'un lieu de travail adéquat pour traiter les dossiers de façon confidentielle. Les discussions entre collègues ou les communications au téléphone risquaient d'être éventées, arguait alors l'APIGQ.

Celui qui a dirigé l'Unité anticollusion du MTQ, l'ex-chef de police Jacques Duchesneau, dont le rapport a secoué tout le Québec l'automne dernier en forçant même le gouvernement à mettre sur pied une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, estime que la situation demande réflexion. «Il devrait y avoir un mur de Chine entre le ministère et les firmes de génie. Une trop grande proximité soulève une question morale importante, surtout que la machine des contrats est ouverte avec beaucoup de chantiers qui sont lancés», a commenté M. Duchesneau.

Ce dernier a rappelé que son rapport a largement fait état de la perte d'expertise au sein du MTQ qui expliquerait une certaine fragilité du processus d'octroi de contrats. Dès l'automne 2009, le vérificateur général du Québec avait procédé à l'analyse du ministère pour conclure que la gestion de contrats présentait des «situations à risque».

Le ministre Moreau, soutenu par la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, a annoncé en octobre dernier l'embauche de 970 ingénieurs et techniciens en génie civil au cours des cinq prochaines années afin de regarnir les rangs du MTQ. Concrètement, 10 ingénieurs doivent être embauchés au cours des prochaines semaines pour un service spécialisé en structures qui est mis sur pied à Montréal. Les entrevues ont débuté.
35 commentaires
  • Pierre Cossette - Inscrit 5 avril 2012 03 h 48

    Pour la probité on repassera ...

    j'ai hâte de voir la Commission Charbonneau entamer ses travaux pour voir le niveau de probité de tous les ingénieurs de firmes de génie conseil. Du moins ceux qui accepteront de venir témoigner.

  • Jacques Morissette - Abonné 5 avril 2012 03 h 53

    Véritable comédie vaudeville mal ficelée.

    La candeur est au rendez-vous. Le titre: Les adolescents s'amusent. Comme si nous assistions à une comédie vaudeville vraiment mal ficelée. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. On ne sait pas si l'argent coule à flot? On se doute bien que mécanisme il peut y avoir pour en favoriser le débit dans un sens ou dans l'autre.

  • meme40 - Inscrite 5 avril 2012 06 h 58

    La saison de l'humour...

    Le père noel est bien content.

  • jacques bisson - Inscrit 5 avril 2012 07 h 09

    Bonne ou mauvaise nouvelle ?

    32 ingénieurs privés dans les bureaux du ministère: Bonne ou mauvaise nouvelle ?

    Pour moi, nonobstant les questions d'informations contractuelles inhérentes et strictement sur la base de la gestion des ressources humaines, c'est une bonne nouvelle. D'une part, le pelletage vers l'avant de travaux non réalisés au moment ou ils auraient dû l'être et d'autre part le saccage des équipes techniques ces dernières années justifient l'embauche "ponctuelles" (on parle sans doute de quelques années) de ressources externes au ministère.

    Le lourd et coûteux programme de réfection des infrastructures que nous connaissons nécessite un support additionnel qui autrement nécessiterait la création de postes permanents difficiles à justifier à long terme. Il n'en demeure pas moins que la retructuration des équipes techniques tel que proposée par le ministère doit être maintenue, question de lui redonner son caractère de CLIENT AVERTI qui prévalait encore dans un passé pas si lointain.

    Il existe bien une alternative: la création d'une mini société autonome mandatée à cette fin sur une base temporaire à l'image de la S.E.B.J. des années 70. Cette option n'est certainement pas souhaitable et non justifiée par l'envergure du mandat. De plus, ces unités spéciales ont tendance à opérer en vases clos, rendant ainsi la transmission des informations et des connaissances difficiles.

    De plus, le recours au service d'ingénieurs chevronnés est essentiel pour assurer la formation des jeunes de la relève dans le contexte de la restructuration des effectifs du ministère. Finalement, la démarche adoptée par le ministère me semble aller dans la bonne direction.

    Jacques Bisson

    • Marc-Andre Fortier - Abonné 5 avril 2012 09 h 23

      Monsieur Bisson si nous étions sur une plateforme de type Facebook, je mettrais un «J'aime» à la suite de votre commentaire. Surtout à lire le cynisme de ceux qui vous précèdent et vous suivent...

    • Jacques Morissette - Abonné 5 avril 2012 09 h 53

      Messieurs Bisson et Fortier, je serais tout à fait d'accord avec vous, si au lieu d'un ministère, c'était un monastère. J'espère que vous comprenez que ce que j''ai dit plus haut, je ne le dis pas de tout coeur. Mais, en tenant surtout compte de la nature humaine et du système qui semble en mener large au point de vue de la gestion de l'argent public. J'ai malheureusement l'impression, avec votre rigueur comptable, que vous prenez candidement les ministères pour des monastères.

  • Daniel Houx - Inscrit 5 avril 2012 07 h 36

    Le MTQ, pas fort en calcul

    Le MTQ devrait d'abord engager un mathématicien au lieu d'ingénieurs.

    970 personnes en 5 ans cela fait environ 4 employés à engager par semaine. Les 10 ingénieurs engagés au cours des prochaines semaines représentent donc environ les besoins pour 2.5 semaines.

    Le MTQ a besoin de se bouger un peu plus s'il veut arriver à 970.