Québec renonce à son devoir d'accueillir les immigrants

La ministre Kathleen Weil
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir La ministre Kathleen Weil

Québec — L'État québécois se déleste de sa responsabilité d'accueillir les nouveaux arrivants pour confier cette tâche aux organismes communautaires.

C'est ce qu'a confirmé, hier, la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, après que le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) eut révélé ses intentions. Les organismes communautaires, «c'est les premiers répondants. Ils font déjà la francisation et l'accueil. L'idée, c'est: comment réussir mieux l'intégration avec des partenaires qui sont les plus forts et les plus proches de l'immigrant aux premières heures?» a fait valoir la ministre.

À l'heure actuelle, les fonctionnaires du MICC offrent de rencontrer individuellement les immigrants dès leur arrivée pour leur donner des informations de base concernant, notamment, le logement ou l'obtention d'une carte d'assurance maladie, d'un numéro d'assurance sociale ou d'un permis de conduire. Ces rencontres ont lieu en français, mais aussi en anglais ou en espagnol si le nouvel arrivant en fait la demande. Cette première rencontre est suivie quelques jours plus tard d'une séance d'information en groupe qui se déroule en français. Environ 17 000 des 50 000 nouveaux arrivants se prévalent de ce service chaque année. Ce sont surtout des immigrants du programme de regroupement familial ou des réfugiés.

À compter du 1er juillet, ces deux rencontres seront remplacées par une séance donnée par un organisme communautaire en français, en anglais ou en espagnol à des groupes de nouveaux arrivants. Des discussions en ce sens ont cours à l'heure actuelle entre le ministère et la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI). Il est possible que ces séances se donnent dans d'autres langues éventuellement, a indiqué Stephan Reichold, le directeur de la TCRI.

«C'est l'approche dans le reste du Canada, a indiqué M. Reichold. Mais au Québec, on avait choisi de faire autrement. L'idée tout à fait légitime est que c'est important que l'immigrant soit en contact avec l'État québécois. Maintenant, il n'y aura plus de contact direct.»

Des raisons d'efficacité justifient le changement. «Ce qu'on constate, c'est qu'il y a beaucoup de dédoublements entre ce qu'offre le communautaire et ce qu'offre le MICC», a-t-il signalé.

Kathleen Weil a soutenu qu'il n'en coûterait pas plus cher. Le SFPQ, se basant sur un document interne du ministère, soutient le contraire: il en coûtera 300 $ par immigrant, contre 67,50 $ pour le salaire du fonctionnaire pendant trois heures. Ce salaire ne comprend toutefois pas tous les coûts afférents (salle, projecteurs, rédaction de rapports), a souligné Stephan Reichold.

Selon le SFPQ, le MICC est tenu de respecter la politique linguistique de l'administration. Il ne peut offrir tout de go aux immigrants des rencontres dans d'autres langues que le français. L'immigrant doit en faire la demande. Les organismes communautaires n'ont pas cette contrainte: ils peuvent simplement offrir des séances dans d'autres langues sans demande expresse.

Discrimination

Par ailleurs, Kathleen Weil a affirmé qu'il serait discriminatoire de ne pas offrir de cours d'anglais aux immigrants francophones qui sont au chômage comme à tout autre Québécois à la recherche d'un emploi. Québec dépense 400 000 $ par an pour des cours d'anglais dispensés à des immigrants. «Un immigrant francophone, est-ce qu'il devient anglicisé parce qu'il parle un peu d'anglais? Non», estime la ministre. «Il est impossible de trouver un emploi à Montréal si on ne parle pas français», a affirmé Kathleen Weil en s'inspirant d'un article du Journal de Montréal.

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