100 ans du ministère des Transports -- 1912-2012 - L'âge d'or des grandes constructions

La cale sèche du pont-tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine, pendant sa construction, en 1964<br />
Photo: Ministère des transports La cale sèche du pont-tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine, pendant sa construction, en 1964

Avant les Transports, il y eut la Voirie, mais l'objectif de rendre accessible le territoire est demeuré le même. Le 3 avril 1912, le gouvernement de la province de Québec a créé un nouveau ministère qui allait participer à la modernisation du Québec. Depuis samedi, Le Devoir vous propose un tour d'horizon des 100 ans du ministère des Transports et de certains enjeux qui l'attendent dans les décennies à venir. Aujourd'hui, la deuxième partie du coup d'œil historique.

En 1951, l'abbé Proulx présente un documentaire, Les routes de Québec. «Le film s'ouvre sur une phrase pompeuse: le Québec a les plus belles routes du monde», se souvient l'historien Jean Provencher, en roulant ses «r» pour bien marquer le style de l'époque. «L'abbé Proulx répondait ainsi à une commande de Maurice Duplessis. À cette époque, l'effet Duplessis ne s'était pas encore fait sentir pour l'amélioration des routes. Mais ça ne tardera pas», ajoute-t-il.

En matière de surface asphaltée, le Québec se classe alors dernier au Canada, même après Terre-Neuve, qui vient de faire son entrée dans la Confédération canadienne. Mais la situation va s'inverser rapidement. En 1959, 24 % des routes du Québec sont asphaltées, contre 9 % ailleurs au Canada.

Ce n'est qu'à partir de 1940 que le ministère de la Voirie utilise l'asphalte. Jusque-là, la construction des routes se fait principalement en gravier ou en macadam. Sous l'impulsion du gouvernement de l'Union nationale, une nouvelle industrie voit le jour.

La voirie, un secteur privilégié

En 1960, comme le rapportent Jacques Lacoursière et Denis Vaugeois dans Canada-Québec, synthèse historique, les prévisions budgétaires consacrent 112 millions à la voirie, comparativement à 110 millions pour l'instruction publique et à seulement 74 millions pour la santé.

Tout au long de son règne, Maurice Duplessis dirige le tout d'une main de maître. Conrad Black raconte, dans le deuxième tome de sa biographie sur Duplessis, que le premier ministre faisait venir dans son bureau le ministre de la Voirie, Antonio Talbot, et un groupe de constructeurs de routes et «distribuait les contrats d'amélioration de chemin, fixait lui-même les prix, et le tout, sans même consulter la carte routière».

En 1952, les premières expropriations débutent pour permettre la construction de l'autoroute métropolitaine qui traversera Montréal d'est en ouest; celle-ci sera mise en service en 1960. «En son temps, ç'a été une merveille. Ça représentait un achèvement. On en rit aujourd'hui parce qu'on n'a pas de recul», explique Jean Provencher. «Deux ans plus tôt, en 1958, c'est l'autoroute des Laurentides qui a vu le jour. Et on y circule avec un système de péage», ajoute-t-il.

Les années 1950 connaissent donc une certaine accélération des travaux. De façon parallèle, il y avait du transport en commun dans les villes, mais cela relevait des Villes. Avec la démocratisation de la voiture, il faut maintenant faire place à ce symbole de la modernité. À Montréal, une première enquête sur la circulation automobile est réalisée en 1958, dont les résultats serviront à la planification du réseau routier de la région.

«Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement et les Villes partagent la même vision. On veut alors donner de l'oxygène aux villes et on va donc planifier l'étalement urbain. La banlieue arrive en même temps que l'automobile. À l'époque, c'était vertueux, puisqu'on voulait donner un accès à la propriété. On multiplie donc la construction des autoroutes urbaines Ce n'est que beaucoup plus tard qu'on en constatera les effets pervers», explique Christian Savard, porte-parole de Transit, un regroupement d'organismes favorables au développement du transport collectif.

L'élection des libéraux de Jean Lesage, le 22 juin 1960, va poursuivre l'élan amorcé et même le décupler. Deux semaines plus tard, le nouveau ministre de la Voirie, Bernard Pinard, crée l'Office des autoroutes du Québec, par lequel tous les projets d'autoroute passeront désormais. On y retrouve même un service de génie, qui prépare les plans et devis.

Quelques mois plus tard, le premier ministre donne suite à sa promesse électorale de construire la portion québécoise de l'autoroute transcanadienne. L'autoroute 20 prendra forme dès 1961 sur la rive sud du Saint-Laurent, pour s'ouvrir officiellement à la circulation, entre Montréal et Québec, le 27 novembre 1964.

Duplessis avait toujours refusé de participer à ce projet fédéral, y voyant une autre invasion du champ des compétences provinciales. «Sans doute, il est juste que les autorités fédérales puissent se rendre compte de la façon dont les crédits fédéraux sont dépensés, mais, à notre avis, il ne convient pas que les pouvoirs de la province en matière de voirie soient assumés par d'autres», écrivit à Ottawa Maurice Duplessis, en octobre 1949.

Avec les années 1960, le ministère de la Voirie connaît son âge d'or. Les projets routiers se succèdent à vitesse grand V. Tout le Québec est en chantier, et à Montréal, c'est particulièrement marquant. L'annonce, en 1962, de la venue de l'Exposition universelle de 1967 fait augmenter la cadence des travaux. La construction du tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine commence en 1962, tout comme celle du métro de Montréal. On amorce en 1965 l'autoroute Décarie et le complexe Turcot avec ses quatre échangeurs et douze bretelles.

«Ce fut le temps de la construction des grandes autoroutes québécoises et des projets au-dacieux», affirme M. Provencher, qui rappelle que des infrastructures comme le tunnel, Décarie et Turcot retiennent l'attention d'ingénieurs dans plusieurs pays.

Les investissements routiers effectués en 1960 par le ministère de la Voirie s'établissent à 66 millions. Ils feront un bond important pour atteindre 300 millions en 1966. Et rien ne semble ralentir la Voirie. De novembre 1966 à mars 1967, 259 kilomètres d'autoroutes sont parachevés dans la région de Montréal, mentionne l'historien Provencher.

En décembre 1969, le gouvernement crée le ministère des Transports, qui coexistera avec le ministère de la Voirie jusqu'au 1er avril 1973. C'est à cette date que Québec fusionne les deux ministères; le nouveau ministère des Transports encadrera désormais tous les modes de transport.

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Le ministère des Transports de 1952 à 1973

1958: Ouverture de l’autoroute des Laurentides sous les critiques du Devoir, qui souligne qu’il s’agit d’une route qui vise d’abord et avant tout à faciliter l’accès aux pentes de ski pour les anglophones de Westmount.

1958: Première enquête sur la circulation automobile dans la région de Montréal. Les résultats permettront une planification du développement du réseau routier. Trois ans plus tard, en 1961, la Commission de transport de Montréal (l’ancêtre de la Société de transport de Montréal) réalise, auprès des usagers d’autobus, une enquête origine-destination qui servira de base pour le choix des corridors du futur métro de Montréal, inauguré en 1966.

1960: Le transport de marchandises se fait pour la première fois jusqu’à Sept-Îles en camion. Jusque-là, il se faisait en bateau à partir de Rimouski ou Matane.

1960: Entente avec Ottawa pour la participation du Québec à l’autoroute transcanadienne. Moins d’un an plus tard, le gouvernement de Jean Lesage lance le 1er de 39 contrats par soumissions publiques pour la construction de l’autoroute 20. Le 27 novembre 1964, un premier tronçon est ouvert à la circulation, entre Québec et Montréal. Coût du projet: 360 millions, partagé entre les deux ordres de gouvernement.

1961: Une enquête de l’Office des autoroutes conclut à la rentabilité d’une autoroute à péage entre Montréal et Sherbrooke. Rapidement, on enclenche le projet de l’autoroute des Cantons-de-l’Est. Son ouverture se fera le 1er janvier 1965, six mois avant l’échéance prévue.

1961: Décision de construire un nouveau pont à Québec. Le pont Pierre-Laporte sera inauguré le 6 novembre 1970.

1962: Le gouvernement opte pour un pont-tunnel pour la traversée du fleuve dans le projet de la transcanadienne. On estime que les coûts seront de 5 % à 10 % moins élevés que pour un pont suspendu. L’année suivante, le chantier de construction du pont-tunnel débute. Les travaux coûteront 75 millions. Le 11 mars 1967, on procède à son inauguration.

1962: Début des travaux du métro de Montréal. Jusqu’en 1966, 4000 hommes y travaillent.

1964: Début des travaux du pont Laviolette, à Trois-Rivières. L’inauguration se fait trois ans plus tard.

1965: Début des travaux de l’autoroute de la rive nord, qui deviendra l’autoroute 40. Le premier tronçon, Montréal-Berthier, est mis en service le 25 juin 1967.

1965: Début des travaux de l’autoroute Décarie, à la suite d’une modification du tracé de la transcanadienne, qui devait d’abord passer par l’autoroute métropolitaine. Le chantier sera livré 48 heures avant l’ouverture d’Expo 67.

1965: Début des travaux de l’échangeur Turcot, un projet de 25 millions qui sera mis en service en 1967.

1969: Aménagement de la colline parlementaire, à Québec, et construction du boulevard Champlain, des autoroutes Du Vallon, de la Capitale et Dufferin-Montmorency.

1969: Création du ministère des Transports.

1972: Construction de l’autoroute de la Beauce.

1973: Fusion des ministères des Transports et de la Voirie. La configuration du ministère correspond essentiellement à ce qu’est encore aujourd’hui le ministère des Transports.
3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 2 avril 2012 08 h 07

    2012

    2012: le ciment s'effrite et les ponts tombent.

  • France Marcotte - Abonnée 2 avril 2012 08 h 43

    Archéologie de la bêtise


    Dire qu'à la même époque, l'urbaniste Jane Jacobs écrivait des traités avant-gardistes sur les villes de l'avenir qu'on cherche à reproduire aujourd'hui de peine et de misère.

    Mais qui était disposé à l'écouter?

  • PClermont - Inscrit 2 avril 2012 08 h 52

    les années 1940

    À Montréal, la planification de plusieurs autoroutes réalisées (Est-Ouest, Décarie, 25...) ou non (Nord-Sud - sur St-Laurent; Papineau) a en fait été amorcée par le service d'urbanisme de la Ville de Montréal, dès les années 1940. Il y a de magnfiques plans (:)) qui laissent voir des autstrades à peu près partout, dont au-dessus ou au-dessous du Mont-Royal!