Informatique - Québec veut s'affranchir de Microsoft

Un des sièges sociaux de Microsoft<br />
Photo: - Archives Le Devoir Un des sièges sociaux de Microsoft

Tout en reconnaissant sa dépendance à «un environnement informatique unique», le gouvernement du Québec cherche désormais à réduire cet état de servitude et veut profiter du vaste plan de renouvellement de quelque 738 000 postes informatiques de la fonction publique, d'ici 2014, pour le faire.

Comment? En confiant au Conseil du trésor la supervision des appels d'offres qui se préparent à être lancés par les différents ministères et organismes gouvernementaux, y compris ceux des réseaux de la santé et de l'éducation, afin de s'assurer qu'ils respectent l'esprit de loi provinciale sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles, mais aussi qu'ils fassent place aux logiciels libres, a appris Le Devoir. Ce vaste projet de «migration des postes», comprenant le remplacement des ordinateurs et des logiciels informatiques, devrait laisser au gouvernement une facture évaluée à 1,4 milliard de dollars répartis sur deux années financières.

Dans la foulée, Québec entend également revoir de fond en comble la structure de son parc informatique et de ses réseaux afin de rendre ses équipements moins tributaires d'une seule famille de produits, en l'occurrence ceux de la multinationale américaine Microsoft. Et ce, en prévision de la migration suivante prévue en 2022.

Le logiciel libre

Au cabinet de la ministre responsable de l'Administration publique et présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, on explique que cette décision a été prise afin de répondre aux nombreuses critiques formulées par les défenseurs du logiciel libre dans les derniers mois. Selon eux, Québec, tout en exposant régulièrement ses intentions de faire une place plus grande aux logiciels libres dans son environnement informatique, laisse régulièrement des organismes publics prendre des décisions contraires, au profit de Microsoft.

Le gouvernement souhaite aussi s'assurer que les appels d'offres lancés pour ce marché de plus de 1 milliard de dollars soient cohérents avec sa loi qui stipule désormais qu'en matière d'informatique, les solutions issues du logiciel libre doivent être évaluées sur un pied d'égalité avec les produits Microsoft. Le contraire a été jugé illégal d'ailleurs par la Cour supérieure du Québec en 2010 au terme d'un procès opposant l'entreprise Savoir-Faire Linux et la Régie des rentes du Québec (RRQ). Un appel d'offres ciblant uniquement les produits du géant informatique américain avait alors déclenché la poursuite judiciaire.

Les acteurs du logiciel libre contactés hier par Le Devoir n'ont pas souhaité faire de commentaires sur ce plan de migration du gouvernement et sur la supervision envisagée par le Conseil du trésor, préférant «attendre pour voir».

Depuis quelques mois, la question de la dépendance informatique du gouvernement tout comme celle des logiciels libres, dont l'usage n'est pas associé à de coûteuses licences, fait régulièrement surface dans la foulée des débats en cours sur la modernisation de la mission de l'État, sur la transparence des données informatiques ou encore sur la construction d'une démocratie numérique. Invité à réfléchir sur l'idée de la gouvernance 2.0, le député Henri-François Gautrin se prépare d'ailleurs à recommander à Québec, dans un rapport dont Le Devoir a présenté les grandes lignes fin février, de faire une priorité des données informatiques produites «dans des formats libres».

Selon les informations obtenues, une commission scolaire de la Beauce, la Commission de protection du territoire agricole et la Commission de la santé et sécurité au travail (CSST) vont ouvrir le bal de ces appels d'offres supervisés par le Conseil du trésor.
18 commentaires
  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 30 mars 2012 07 h 59

    appuyons le logiciel libre

    Je suis prof d'informatique ainsi que conférencier avec tandem en sécurité informatique. Plus je lis sur les logiciels malveillants, les attaques informatiques et la préservation de la vie privée sur internet, plus je me rends compte que les logiciels libres (système linux ; essayez mint) font un travail extraordinaire.

    En plus, après avoir vu win8, qui causera surement le syndrome de tourette chez plusieurs, particulièrement les ainés, et l'avoir comparé avec un environnement graphique comme cinnamon, on peut prévoir des couts de formation plus élevés en mettant à jour vers win8 que linux mint 13.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

  • M. Miclot - Inscrit 30 mars 2012 08 h 57

    Chercher l'erreur

    Le gouvernement Charest va donner le feu vert pour que les milliers d'ordinateurs des ministères et des réseaux de la santé et de l'éducation migrent vers la nouvelle version de Windows 7, de Microsoft.

    Qui erre? La Presse ou Le Devoir ? Assez contradictoires ces articles. Vérifiez vos sources MM. les journalistes.

  • Renaud Blais - Inscrit 30 mars 2012 09 h 32

    Et pour nos universités ?

    Les logiciels libres sont une solution pour une diminution de coût extraordinaire, dans tous les milieux. Évidemment pour nos dirigeants qui ont vendu leur âme à la gang du 1%, ce n'est pas évident, ils fond face à un linchage.
    Renaud Blais

  • Notsag - Inscrit 30 mars 2012 09 h 37

    Comment noyer le poisson

    Voilà la phrase clé: "Et ce, en prévision de la migration suivante prévue en 2022."

    À court terme, il ne faut donc pas s'attendre à grand chose. On ne fait que pelleter cette question pour dans 10 ans.

    Plus rien ne me surprend avec ce gouvernement qui est infiltré de partout par une myriade d'intérêts économiques, dont Microsoft, bien sûr.

  • Jean Richard - Abonné 30 mars 2012 10 h 08

    Microsoft dans les écoles

    Il n'y a pas qu'au gouvernement du Québec qu'on engloutit des millions pour engraisser Microsoft, il y a aussi dans les écoles.

    Un gamin de 10 ans, au deuxième cycle du primaire d'une école de la CSDM me racontait tout naïvement que son école venait de mettre à la disposition de tous les élèves (des élèves en difficulté d'apprentissage soit dit entre parenthèses) la nouvelle version de Word. Il me racontait par ailleurs que Word lui mettait des fautes là où il n'y en avait pas, mais qu'il suffisait d'ajouter le mot fautif au dictionnaire pour qu'il soit accepté par la suite. Tous les élèves connaissaient le truc (mais peut-être pas les directeurs).

    Les licences pour Microsoft Office ne sont pas gratuites. C'est probablement la suite bureautique la plus coûteuse sur le marché et probablement la suite bureautique la moins adaptée à une école primaire, surtout quand cette dernière s'oriente vers les enfants ayant des difficultés d'apprentissage.

    Installer Microsoft Office dans des écoles primaires, c'est non seulement lancer de l'argent par les fenêtres (ou les Windows), mais c'est imposer aux enfants un outil totalement inapproprié à leurs besoins (avec un peu de malice, on pourrait dire qu'il n'y a pas d'argent pour lutter contre la prolifération des champignons dans les murs, mais qu'il y en a pour la multimilliardaire américaine).

    Qu'est-ce qui est derrière ce choix tout aussi douteux que coûteux ? L'ignorance des administrateurs ou des lobbys de commerçants ? À d'autres de donner une réponse.

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 30 mars 2012 11 h 59

      Installer Microsoft Office dans des écoles primaires, c'est s'assurer qu'une génération de gens grandissent avec l'idée que Microsoft Office est la normalité même ; c'est investir dans la perpétuation de la domination économique. Simplement imposer le logiciel dans les entreprises, ou rendre la compatibilité plus difficile avec les fichiers DOC, ne sont pas des mesures suffisantes pour Microsoft. Il faut introduire ses produits au plus jeune âge afin que Microsoft soit encore plus la référence par laquelle tous les produits compétiteurs sont jugés.

      Donc c'est pas juste une question d'être approprié aux besoins, ou de prix. Microsoft pourrait donner généreusement aux écoles une édition de MS-Office spécialement conçue pour l'école primaire, on serait pas dans une meilleure situation, et ça serait encore plus compliqué de combattre la dépendance aux logiciels propriétaires, parce qu'on est dans un contexte où tellement de gens voient pas c'est quoi le problème avec des pratiques anticompétitives de la part d'une compagnie monopoliste dans un marché de plus en plus inévitable.