820 000 compteurs d'Hydro émettent déja des radio-fréquences

800 000 compteurs émettent aux deux secondes, soit 43 000 fois par jour ou plus de 15 millions de fois par année.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir 800 000 compteurs émettent aux deux secondes, soit 43 000 fois par jour ou plus de 15 millions de fois par année.

Au cours des dernières années, Hydro-Québec a installé dans 800 000 résidences québécoises, sans que la chose se sache, des compteurs qui émettent des radiofréquences toutes les deux ou cinq secondes. Ces compteurs ont remplacé progressivement les vieux compteurs électromécaniques arrivés en fin de vie utile, qu'on reconnaît à leurs multiples petits cadrans ronds.

On a découvert le pot aux roses, hier, aux audiences de la Régie de l'énergie sur le projet d'installer au coût d'un milliard de dollars quelque 3,8 millions de compteurs dits «intelligents», qui vont transmettre leurs rapports six fois par jour à Hydro-Québec. Ces compteurs de «deuxième génération» vont émettre leurs ondes vers d'autres composantes du système à raison de 1400 émissions par jour environ, selon Hydro-Québec. Mais plus de 3000 fois par jours, selon des tests réalisés pour l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA).

Quant aux 800 000 compteurs intelligents déjà installés — dits de première génération —, ils émettent 43 200 fois par jour dans le cas du modèle qui émet aux deux secondes, soit plus de 15 millions d'émissions par année.

L'autre modèle, qui émet toutes les 30 secondes, propulse ses rapports par voie de radiofréquences 2880 fois par jour, ou environ un million de fois par année.

Et tout ça pour les six visites par année du releveur qui passe une fois tous les deux mois en fonction du mode de facturation. En somme, les planificateurs de ce système ont voulu que l'appareil émette ses rapports en quasi-permanence pour que le rapport soit disponible quand passe le releveur.

À ces 800 000 compteurs-émetteurs s'ajoutent les 20 000 autres, de deuxième génération, installés depuis un an dans le cadre des projets-pilotes en vue du programme de 3,8 millions, présentement examiné devant la Régie de l'énergie.

On peut reconnaître les compteurs dotés d'émetteurs, car ils se caractérisent par une petite fenêtre où des chiffres, produits par un afficheur digital, établissent le cumul des kilowattheures qui ont été utilisés dans une résidence. Il n'a pas été dit hier si on peut distinguer, grâce à leur apparence, lequel de ces deux compteurs émet aux deux secondes.

C'est une question du régisseur responsable de l'audience, Me Richard Lassonde, qui a permis d'établir que ces compteurs émettaient en permanence pour un rapport nécessaire une fois tous les deux mois. Le régisseur s'est dit surpris d'apprendre comment fonctionnaient ces appareils, tout comme la quasi-totalité des personnes présentes. La plupart pensaient que les releveurs activaient les appareils à distance pour qu'ils livrent leur bilan pendant quelques secondes, ce qui aurait limité les émissions de radiofréquences à une émission tous les deux mois.

Il n'a pas été possible non plus au cours de cette partie de l'audience d'apprendre comment les gestionnaires d'Hydro-Québec intègrent le principe de précaution dans leur prise de décision, compte tenu des études de plus en plus nombreuses qui mettent en doute le discours officiel rassurant sur l'innocuité des appareils homologués en Amérique du Nord en vertu des normes actuelles. Curieusement, hormis l'AQLPA, aucun des organismes à vocation environnementale présents aux audiences ne semble souhaiter fouiller le dossier de la contribution hydroquébécoise au phénomène de la pollution électromagnétique, reconnu aussi par la loi québécoise.

Il n'a pas été non plus dit du côté d'Hydro-Québec si les 800 000 compteurs déjà installés émettent avec moins ou plus de puissance que ceux de deuxième génération. Il se pourrait que leurs émissions soient moins puissantes que les futurs compteurs, car les releveurs semblent obligés dans certains cas de passer par les ruelles pour obtenir les rapports de consommation.

Mais, comme pour les compteurs de deuxième génération, les compteurs de la première mouture respectent le Code 6, soit la norme de Santé Canada, ont affirmé les porte-parole d'Hydro-Québec.

Cette norme est cependant moins sévère que celles de plusieurs pays européens et se retrouve loin derrière celles qui ont été proposées au Parlement européen à la suite d'un important rapport synthèse, qui plaide en faveur d'une protection contre de très faibles émissions, mais à long terme.

Au cours de l'audience d'hier, le Groupe de recherche en macro-écologie (GRAME) a cherché à savoir si le «hardware» acheté par Hydro-Québec pourrait s'avérer déclassé au point d'être limité dans sa capacité d'intégrer de nouveaux logiciels et de nouvelles fonctions. Hydro a répondu que son contrat lui permettait d'acheter toute nouvelle version disponible sans dire si le prix des nouveaux appareils serait le même que les versions actuelles.

Hydro-Québec a d'autre part précisé que les nouveaux compteurs pourraient lui permettre de réduire la consommation d'électricité disponible dans une résidence, en cas de pointe exceptionnelle de demande, par exemple, ce qui limiterait l'électricité disponible aux seuls appareils ménagers et à l'éclairage. Mais, ont assuré les porte-parole d'Hydro-Québec, il n'est pas question de «jouer à Big Brother» et d'activer ces fonctions, tout comme il n'est pas davantage question de mettre en place, «du moins pour l'instant», une tarification plus chère pour les kilowatts dépensés aux heures de grande demande, comme à l'heure des repas du matin et du soir.
53 commentaires
  • lucge - Inscrit 22 mars 2012 04 h 44

    Compteur

    Je me suis toujours demandé pourquoi certaines personnes s’inquiétaient des radiofréquences de ces compteurs. Dans cet article, le paragraphe le plus important est le dernier. Hydro-Québec, éventuellement, va jouer à « Big brother ». J’en suis convaincu. À long terme, HQ va modifier sa facturation en fonction de l’offre et de la demande. En bon politicien qu’ils sont, ils essaieront de nous convaincre que le prix au kilowatt/heure n’a pas été modifié, sauf que la façon de le calculer le sera. Ils ont commencé à employer la stratégie « des petits pas ». Actuellement ils nous disent que ce n’est pas le cas. Pourquoi ne pas utiliser un outil lorsque nous l’avons? Pour ce qui est des radiofréquences, il y en a partout!

    • Francois Laforest - Abonné 22 mars 2012 22 h 33

      Absolument ! C'est la première préoccupation; la plus importante. La gestion des données va se raffiner au point d'avoir un impact sur les consommateurs.
      Pour ce qui est des champs électromagnétiques, c'est surtout en terme de facteur contribuant qu'il faut se questionner.
      Finalement, c'est la qualité de gestion de notre société d'État qui apparait encore une fois sur la sellette.

    • Pierre-Alain Gouanvic - Inscrit 22 mars 2012 23 h 38

      « Des études épidémiologiques menées dans le monde entier démontrent que l'exposition aux radiofréquences peut causer des problèmes neurologiques, ce que le technicien dit avoir constaté. « Ça fait depuis 2005 que je fais ce type d'expertise. Ce que je vois chez les citoyens, c'est des troubles du sommeil, des troubles de la concentration, des étourdissements, de l'arythmie cardiaque, baisse du système immunitaire dans certains cas », explique-t-il. » Source : « Hydro-Québec : des compteurs intelligents qui inquiètent » SRC,19 janvier 2012

  • André Chevalier - Abonné 22 mars 2012 04 h 49

    Données intéressantes

    Voilà des donnée qui pourraient être intéressantes pour la recherche scientifique.

    On pourrait vérifier si «les victimes» de ces radiations ont développé des symptômes anormaux par rapport à une population témoin, même en ignorant qu'ils sont soumis à ces radiations, ce qui élimine un effet nocebo éventuel.

    On pourrait vérifier également si ces «victimes» vont développer ces symptômes après qu'on les ait informés de ces «agressions» électromagnétiques. Si on démontre que tel est le cas, on pourrait conclure que ce n'est pas d'être soumis à ces radiations qui est nocif, mais c'est de savoir qu'on l'est.

    • Yvan Dutil - Inscrit 22 mars 2012 10 h 54

      Il y a une abondante littérature scientifique sur le sujet avec un nombre considérable d'étude en double aveugle. Or, selon toutes vraissemblance, l'électrosesibilité est un phénomène inexistant ou extrêmement faible.

  • Pierre Cossette - Inscrit 22 mars 2012 06 h 34

    Intrusions ...

    Hydro-Québec s'immice subreptiscement dans nos foyers et pourra varier ses interventions à distance sans que nous en ayons le contrôle. En fait la seule option qu'il nous restera sera de payer notre compte et nous fermer la gueule. Notre orgeuil énergétique national se comporte de plus en plus comme un étât dans l'étât il s'auto régule, s'impose et fait quoi bon lui semble avec la bénédiction de tous les gouvernements successifs depuis fort longtemps car il ristourne sans maugréer au budget selon les désiderata du Conseil du trésor. Des systèmes comme ces compteurs intelligents sont fortement contestés ailleurs dans le monde puisqu'ils briment les libertés individuelles et émettent des ondes en quantité industrielle qui peuvent compromettre la santé. Pourquoi Hydro nous impose-t-elle en plus de leurs tarifs en hausse exponentielle des technologies qui n'ont pas encore fait leurs preuves et qui portent flanc à toutes sortes d'abus puisque leur contrôle échappe totalement à l'utilisateur payeur. Encore une forme d'interventionnisme étatique pour presser le consommateur citron jusqu'au zeste.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 22 mars 2012 07 h 16

    La transparence ...

    Puisque les compteurs émettent, les émissions sont captées quelque part. Par Hydro-Québec, bien entendu. Mais aussi par quiconque possède ou possédera les instruments nécessaires: corps de police, crime organisé, agences des gouvernements et, à la limite (une limite vite atteinte), les grandes entreprises qui veulent connaître vos habitudes quotidiennes.

    Ô transparence!

    Desrosiers
    Val David

    • Yvan Dutil - Inscrit 22 mars 2012 10 h 56

      Cryptographie vous connaissez. En passant, je ne vois aps en quoi la connaissance de la consommation totale viole la vie privé des gens.

    • Lfa - Abonné 22 mars 2012 18 h 11

      Le problème n'est pas là... H.Q. (Big Brother) utilise actuellement la stratégie « des petits pas » pour ne pas créer trop d’opposition… Le but ultime est toutefois de connaitre les habitudes des consommateurs aux 15 minutes.

      Lorsque que des tierces parties autres qu’H.Q. pourront percer le cryptage des données, et cela finira par arriver, ces tierces parties pourront déduire les habitudes d’entrée/sortie (présence) de cette personne dans son domicile…

    • Yvan Dutil - Inscrit 22 mars 2012 19 h 42

      @LFA So what! Les appels de puissances sont dominés par le chauffage, le chauffe-eau et le four. Vius n'apprendrez rien d'intéressant en analysant le profil de consommation.

  • Nicolas Milot - Inscrit 22 mars 2012 07 h 25

    On vient de créer un vrai beau nuage, en très peu de temps. On ne peut plus penser à ce problème compteur par compteur, c'est les effets cumulatifs que l'on doit mieux comprendre. Et aussi, il faudra arrêter de faire l'autruche et ouvrir le débat aux téléphones cellulaires...