Ressources naturelles - L'effet Parizeau?

Le gouvernement du Québec investira dans certains projets touchant les ressources naturelles, tels des projets miniers.<br />
Photo: Source Osisko Le gouvernement du Québec investira dans certains projets touchant les ressources naturelles, tels des projets miniers.

Est-ce l'effet Parizeau? Le gouvernement Charest a annoncé hier une série de mesures pour que le Québec profite davantage de l'exploitation de ses ressources naturelles, notamment dans le cadre du Plan Nord. On se souviendra qu'en novembre, dans une interview au Devoir, l'ancien premier ministre péquiste exprimait son inquiétude de voir l'État investir dans de coûteuses infrastructures dont le privé seul pourrait profiter en fin de compte. «On est sur le point de se faire avoir», avait-il dit. À ses yeux, Québec devrait accompagner toute aide publique d'un mécanisme obligeant les entreprises à lui céder une participation dans leur projet.

Or, le «coeur du budget» déposé hier, selon les termes mêmes du ministre des Finances Raymond Bachand en conférence de presse, consiste à mettre en place des outils pour «tirer le maximum de nos ressources naturelles». Pour ce faire, le ministre a annoncé une stratégie en six points comprenant la création de Ressources Québec (RQ), «une nouvelle filiale d'Investissement Québec» qui se spécialisera dans les mines et les hydrocarbures. RQ deviendra «l'outil principal» pour que le Québec «prenne des participations» dans les projets miniers et d'hydrocarbures. La Société québécoise d'exploration minière (SOQEM) et la Société québécoise d'initiative pétrolière (SOQUIP) seront redéfinies et transformées en filiales de RQ. Leur portefeuille respectif fondu permettra de créer un fonds global de 235 millions, auquel le gouvernement ajoutera 250 millions. Québec crée en plus un fonds consacré aux investissements du Québec, Capital mines hydrocarbures, par lequel les projets présentés à RQ seront analysés. D'éventuels profits des participations y seraient déposés pour «être réinvestis dans les projets futurs». Il ajoute aussi 500 millions à l'enveloppe disponible pour investir dans des projets miniers et pétroliers partout au Québec.

Les participations ne seront toutefois pas systématiques: «Le gouvernement pourra négocier une option de participation dans tous les projets» en contrepartie de toute forme d'appui gouvernemental, a précisé le ministre. Dans la phase d'exploration minière, l'État propose aussi de bonifier le crédit d'impôt «en échange d'une option de prise de participation». La mesure n'entrera toutefois en vigueur que le 1er janvier 2014. Le gouvernement se montrera prudent, a insisté le ministre, puisque ces secteurs, bien que potentiellement lucratifs, peuvent être très risqués: «On ne jouera pas aux dés avec l'argent des Québécois.»

«Sagesse financière»

Effet Parizeau, donc? Lorsque Le Devoir lui a posé la question, M. Bachand a commencé par soutenir que l'ancien premier ministre était «d'accord» avec la réforme des redevances minières que le gouvernement a effectuée. Pour ce qui est des participations, il a soutenu que le principe était «déjà dans le budget de l'an dernier» alors qu'il avait annoncé 500 millions pour un fonds de participation. «Cette année, on le structure pour s'assurer que ça soit fait avec toute la sagesse financière qu'il faut mettre derrière des projets comme ceux-là.» Selon nos informations confirmées par le bureau de M. Bachand, l'ancien premier ministre a demandé à consulter le budget hier.

Par ailleurs, M. Bachand a annoncé des études directement liées au Plan Nord. Une première qui évaluera la faisabilité d'un approvisionnement de la Côte-Nord en gaz naturel, avec l'appui de Québec. Puis une deuxième étude de 10 millions, payée par Hydro-Québec, visant à étudier l'alimentation du Nunavik en électricité venant du complexe La Grande. Enfin, le CN et la Caisse de dépôt travailleront au développement d'un lien ferroviaire de 800 kilomètres, jusqu'au nord de Schefferville, visant le développement de la fosse du Labrador.

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Autres mesures pour les ressources naturelles

Mise aux enchères des permis de recherche de pétrole et de gaz dont 25 % seront versés au Fonds des générations.

Québec sera plus exigeant à l'endroit des détenteurs actuels des «claims» pour que ceux-ci retombent dans le domaine public.

Mise en place d'un nouveau régime de redevances visant le pétrole extrait en milieu terrestre «à des taux variant de 5 % à 40 %».

Forêts 200 millions à la réalisation de travaux sylvicoles et création du Fonds Valorisation bois.
4 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 21 mars 2012 10 h 44

    Se réclamer de Parizeau

    Raymond Bachand se réclame de la position des Jacques Parizeau vis-à-vis l'exploitation des ressources naturelles, « Cheap shut! » Il ne mentionne par que cette position a été prise dans la visée d'un Québec politiquement indépendant qui peut réglementer cette exploitation. Mais peut-on s'attendre à autre chose ?
    Roland Berger

    • France Marcotte - Inscrite 21 mars 2012 14 h 51

      Où avez-vous lu qu'il se "réclamait" de Parizeau? C'est le journaliste qui l'a suggéré.

      On parle de "l'effet Parizeau" et tant mieux si la sortie de l'ancien PM nous a évité le pire.

      Car du côté des redevances, on voit que ce gouvernement ne bronche pas. C'est à se demander ce qui l'empêche de mettre à cette exploitation de nos ressources exactement toutes les conditions qui nous seraient favorables.

      A-t-il peur que nous devenions riches?

      Des Québécois riches, quel danger!

    • Roland Berger - Inscrit 21 mars 2012 23 h 02

      À Madame Marcotte,
      Raymonde Bachand s'est appuyé en conférence de presse sur le propos de Jacques Parizeau.
      Roland Berger

  • Jean-Guy Leger - Inscrit 21 mars 2012 17 h 25

    Une mesure d'un autre temps

    Prisonnier du huard canadien dôpé aux effluves bitumineuses, le gouvernement actuel du Québec voit dépérir le secteur manufacturier de notre économie sans trop pouvoir intervenir. Ne lui reste qu'à offir l'immense potentiel en ressources naturelles du grand Nord pour attirer les investissements étrangers et divertir l'opinion publique, pendant que même des entreprises de haute technologie du secteur tertiaire quittent pour des cieux moins exigeants.

    Non seulement s'agit-il là d'un aveu d'impuissance, mais en plus il adopte une stratégie des années soixante pour apaiser les critiques à son égard. S'il est opportun que les Québécois participent et bénéficient du développement économique sur leur territoire, pourquoi faut-il que ce soit par l'entrermise de leur gouvernement? Que celui-ci perçoive sa 'juste part' de redevances est une chose, qu'il soit actionnaire en est une autre.

    À mon sens, le gouvernement aurait dû faciliter l'injection de capital privé dans les entreprises minières et pétrolières actives au Québec en incitant celles-ci à s'ouvrir à l'actionnariat québécois.

    Il y a là à la fois méprise et myopie...