Le retour de l'État investisseur

Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a présenté hier à Québec son troisième budget, «celui où nous mettons en place les outils de notre enrichissement et du maintien de notre qualité de vie», a-t-il dit.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, a présenté hier à Québec son troisième budget, «celui où nous mettons en place les outils de notre enrichissement et du maintien de notre qualité de vie», a-t-il dit.

Québec — Avec son troisième budget, le ministre des Finances, Raymond Bachand, mise sur le contrôle des dépenses en y allant de mesures aussi diverses que modestes pour les aînés et en matière d'économie. Mais ce budget ne se contente pas de jouer une variation lancinante sur le thème de la contrainte budgétaire: il sonne le retour en force de l'État dans les secteurs miniers, pétroliers et gaziers.

Après le «budget de redressement» de 2010-2011 et celui de la «responsabilité» l'an dernier, le budget de cette année «est celui où nous mettons en place les outils de notre enrichissement et du maintien de notre qualité de vie», a fait valoir Raymond Bachand dans son discours prononcé à l'Assemblée nationale hier. «La famille québécoise a aujourd'hui plus d'argent dans ses poches qu'en 2003, même en tenant compte de l'effort demandé aux citoyens pour revenir à l'équilibre budgétaire», a plaidé le ministre des Finances.

Si ce budget ne comprend aucune nouvelle hausse de taxe ou de tarif, ses deux budgets précédents avaient déjà fait le travail en programmant des augmentations cette année de la taxe de vente, de la taxe sur les carburants, de la cotisation santé et des droits de scolarité. Compte tenu de cet «effort», le budget table sur des revenus de 69,4 milliards en 2012-2013, une progression de 5,9 %, ce qui comprend 733 millions en provenance du gouvernement fédéral pour l'harmonisation des taxes de vente. Les dépenses budgétaires de l'État s'élèvent à 70,9 milliards, ce qui laisse un déficit de 1,5 milliard, soit 500 millions de moins que prévu l'an dernier. Une réserve pour éventualité de 300 millions est constituée comme l'an dernier. Le déficit pour 2011-2012 est lui aussi moindre de 500 millions par rapport aux prévisions et s'établit à 3,3 milliards. Le gouvernement versera cette année 911 millions au Fonds des générations, tandis que la dette brute du Québec atteint 183,8 milliards et augmentera de 755 millions d'ici la fin de l'année pour atteindre 55 % du PIB québécois.

Croissance des dépenses

La présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, a fixé à 2 % la croissance des dépenses budgétaires du gouvernement en excluant le service de la dette. Si on tient compte de cette inévitable charge, la croissance sera de 3 %, le service de la dette bondissant de 10,5 % pour se fixer à 8,24 milliards. En santé, la croissance des dépenses sera de 4,7 %. En éducation, elle s'élèvera à 2 %, mais cela comprend une compression de 100 millions imposée aux commissions scolaires. À leur congrès en octobre dernier, les libéraux avaient rejeté cette mesure proposée par la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Line Beauchamp. Le gouvernement fait fi de la volonté des militants.

Le ministère de la Famille et des Aînés aura droit à une augmentation de son budget de 1,6 % alors que 3000 des 15 000 places promises en garderie seront autorisées en 2012-2013.

Le budget de l'ensemble des autres ministères sera réduit de 0,9 %, ou 123 millions, avec des coupes importantes aux Finances, aux Ressources naturelles, à la Sécurité publique, à la Culture et aux Communications, ainsi qu'aux Transports.

Le «coeur» de ce budget, selon Raymond Bachand, c'est tout ce qui touche aux ressources naturelles. En 2003, le gouvernement Charest avait ordonné à Hydro-Québec de mettre un terme à ses activités d'exploration pétrolière et gazière alors qu'un an auparavant, le gouvernement péquiste avait accordé 300 millions à la société d'État pour investir dans cette filière prometteuse. Le gouvernement libéral avait aussi réduit le rôle de l'État dans le capital de risque. Hier, Raymond Bachand a annoncé une volte-face.

Ainsi, le gouvernement Charest crée Ressources Québec, une nouvelle filiale d'Investissement Québec regroupant deux sociétés d'État moribondes, SOQUEM et SOQUIP, qui prendra des participations dans des projets miniers et pétrolifères. En outre, Québec formera une société de capital de risque, Capital mines hydrocarbures. Le capital disponible passera à 1,2 milliard. Ces sociétés étatiques pourront également investir dans l'exploration comme avait commencé à le faire Hydro-Québec en 2002.

Pour l'industrie forestière, Raymond Bachand rend prévisibles les investissements dans les travaux sylvicoles en y consacrant une enveloppe annuelle de 200 millions. En outre, un nouveau fonds de 170 millions, le Fonds Valorisation bois, dont 95 millions du capital proviendront de l'État et le reste du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ), prendra des participations dans des entreprises du secteur forestier.

Le Plan Nord occupe une bonne place dans le dernier budget. Raymond Bachand a annoncé que la Caisse de dépôt et placement du Québec s'est alliée au CN pour un projet de chemin de fer de 800 km reliant Sept-Îles et les projets miniers de la fosse du Labrador. De son côté, Hydro-Québec entame des études pour relier le Nunavik au réseau de transport de son complexe La Grande, là encore pour favoriser l'exploitation minière. Enfin, le gouvernement Charest accordera une subvention à Gaz Métro pour une étude visant la construction d'un gazoduc pour desservir la Côte-Nord.

La partie congrue du budget porte sur la «solidarité». Comme pièce de résistance figure la politique Vieillir chez soi. Le gouvernement Charest annonce un plan d'action de 2,7 milliards, dont 900 millions «à partir de 2016-2017». Pour l'heure, ce programme, qui porte sur des crédits d'impôt plus généreux, reste modeste et représentera un débours de 28 millions cette année et de 66 millions dans deux ans.

Enfin, Raymond Bachand va de l'avant avec une mesure qu'il avait annoncée l'an dernier, les Régimes volontaires d'épargne-retraite (RVER), qu'il mettra en place à compter du 1er janvier 2013. Ces RVER sont des régimes de retraite collectifs que les entreprises de six employés et plus, si elles n'ont pas déjà un régime de retraite pour leurs employés, devront obligatoirement leur offrir.

Un budget «irresponsable»


L'opposition a qualifié le budget d'«irresponsable» et d'«électoraliste». Le porte-parole du Parti québécois en matière de Conseil du trésor, Sylvain Simard, a accusé le gouvernement de ne pas avoir de plan de développement pour le Québec. «Le gouvernement a parsemé son budget de plusieurs mesures à tendance électoraliste, je ne vous ferai pas de dessin là-dessus. On essaie de créer la satisfaction de certaines attentes à gauche et à droite.»

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a pour sa part critiqué «l'explosion du service de la dette». Il croit aussi que Québec fait erreur en mettant tous ses oeufs dans le même panier sur le plan de l'économie. «Les seuls investissements importants viennent du Plan Nord. Or, ce n'est pas vrai qu'on va être capables de redresser la situation seulement avec un Plan Nord, a-t-il dit. Ça nous prend aussi un Plan Sud, un Plan Est, un Plan Ouest.»

Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, estime que le budget Bachand fragilise les services publics. Pourtant, «quand il s'agit d'investir des milliards de dollars dans les infrastructures, quand il s'agit d'allonger les chèques pour les surfacturations des milieux d'affaires proches du parti au pouvoir, on n'est jamais à court d'argent», a-t-il déclaré.

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Avec La Presse canadienne
34 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 21 mars 2012 01 h 54

    Bon!

    Un dernier tour de piste avant les élections, monsieur Bachand!
    Tous ces voeux pieux quant à l'économie ne résisteront pas au tsunami qui emportera ce gouvernement dans à peu près un an. À quoi bon prévoir pour plus d'un an alors que les conservateurs-libéraux rejoindront la poubelle de l'Histoire comme l'équipe gouvernementale la plus corrompue que le Québec ait connue.
    Il faut vraiment être déconnecté de la réalité pour faire ainsi des projections de cet ordre-là sachant ce qui s'en vient : une colère sourde qui s'exprimera dans l'isoloir et l'urne électorale.

  • Jean Besset - Inscrit 21 mars 2012 05 h 35

    10 milliards de plus dans la dette

    La dette nationnale va atteindre 55% du PIB du Québec en 2014... Les libéraux ont augmenté la dette de 30% depuis 2004... En plus ils veulent nous faire payer le développement des infrastructures du Plan Nord. Je crois que le privé peut faire sa part. Ce manque d'implication du privé démontre que le PM et son équipe de sans génie n'ont pas de couille en plus de faire des fellations aux entreprises privées en leur donnant nos ressources et en leur fournissant les infrasrtuctures... Voilà le résultat de la libéralisation... Bien à genoux le PM annonçait la couleur de son partie en scandant: '' Nous sommes prêt!''

  • ROCH AMYOTTE - Inscrit 21 mars 2012 05 h 58

    Des élections en vue

    Un budget d'entreprise qui fait évidemment fi de la volonté sociale. Que vaut-il ce budget: rien. Car il sera mis aux poubelles le lendemain des élections. Le parti Libéral a déjà creusé sa propre tombe et tous ses petits amis de la construction se feront un plaisir de bulldozer le sol sous lequel il reposera. RIP au parti Libéral. J'espère que le déclenchement d'élections se fera dans les prochaines semaines.

  • ClarkeCity - Inscrit 21 mars 2012 06 h 09

    Un pas en arrière

    L’an passé, le gouvernement avait demandé aux électeurs de se serrer la ceinture. Le gouvernement devait en faire de même. Avec la dette toujours grandissante, où est-ce qu'il est passé la présumée participation du gouvernement du budget de l'année dernière ???

    Aux oubliettes une fois de plus !

  • M. Miclot - Inscrit 21 mars 2012 06 h 16

    Equilibre budgétaire 101

    Que tous ceux qui ont volé le peuple québécois avec la bénédiction des gouvernants remboursent avec intérêt, les députés et ministres (actuels ou ex ) compris.