Manifestation étudiante à Québec - Les gaz étaient-ils nécessaires?

Un étudiant brandit le signe de la victoire devant un cordon de policiers de l’escouade antiémeute de la SQ déployé devant le parlement à Québec.<br />
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Un étudiant brandit le signe de la victoire devant un cordon de policiers de l’escouade antiémeute de la SQ déployé devant le parlement à Québec.

Québec — Deux députés de l'Assemblée nationale, Denis Trottier et Amir Khadir, déplorent l'utilisation, hier, de gaz lacrymogènes par la Sûreté du Québec, devant le parlement, pour disperser les manifestants contre la hausse des droits de scolarité.

Même que le député de Québec solidaire compte aujourd'hui «demander des explications» aux responsables de la sécurité à l'Assemblée nationale. «On va rapporter ce qu'on a vu et suggérer de modérer les ardeurs de l'escouade antiémeute», a confié le député hier soir.

M. Khadir a assisté à la manifestation hier, vers 16h30, devant la partie nord-est du parterre de l'hôtel du Parlement. Lorsque les leaders étudiants ont demandé à leur troupe de se disperser à 16h55 et de se rendre aux autobus, M. Khadir dit avoir franchi le cordon policier pour rentrer à son bureau, se disant que tout s'était globalement bien passé. «On n'était pas rendus à mi-chemin que tout d'un coup, on entend quelque chose détonner. On se retourne. Il y avait des gaz lacrymogènes! Je ne comprends pas pourquoi les policiers ont fait ça! Je déplore grandement leur attitude.» M. Khadir se demande si «l'escouade antiémeute n'est pas tombée dans une logique où il faut justifier sa présence en créant les conditions du grabuge. Je ne dis pas pour autant que c'est eux qui ont provoqué, mais la réaction était de toute évidence inappropriée pour tous les gens qui étaient là!»

En fait, une bousculade entre une rangée de policiers antiémeutes et des manifestants s'était produite entre la fontaine de Tourny et la tour centrale. De rares projectiles — des balles de neige et un bâton — ont été lancés vers les policiers. Quelques autres remous furent observés dans la partie nord-est. C'est d'ailleurs là que Le Devoir a observé les événements, dont l'utilisation d'une vingtaine de bombes de gaz par les policiers. Le député péquiste Denis Trottier (Roberval) se trouvait avec des journalistes. Ne faisant aucune distinction, les policiers antiémeutes de la Sûreté du Québec ont ordonné à ces derniers ainsi qu'au député de se déplacer. Alors que Le Devoir interviewait M. Trottier et s'identifiait avec sa carte d'accréditation, des policiers casqués et dotés de masques à gaz nous ont poussés vers les clôtures qui longeaient l'avenue Honoré-Mercier. «Moi, je pensais que j'allais être protégé par le corps policier... j'ai l'impression d'être attaqué plus qu'autre chose, agressé! En plus, c'est la première fois que je me faisais gazer dans ma vie», a alors déclaré M. Trottier. «C'est avec nos taxes qu'on te paie, là», a lancé le député, outré, à un des policiers qui le pressait avec son bouclier.

«Insurrection»

En tout, entre 7000 et 8000 personnes selon la CLASSE (Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante) et entre 3000 et 5000 selon des sources policières ont marché dans les rues de Québec hier avant de converger vers le parlement. Le rassemblement s'était effectué devant le parc des Braves sur le chemin Sainte-Foy à partir de 14h, puis les manifestants ont déambulé vers leur destination finale en deux groupes.

Devant le parlement, c'est l'ancien leader étudiant Xavier Lafrance qui a pris la parole. C'est lui qui, en 2005, avait dirigé l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) dans son combat contre la décision du gouvernement Charest de transformer 105 millions de bourses en prêts étudiants. À l'époque, le gouvernement avait reculé, a-t-il insisté. Il a aussi expliqué que la résistance contre la hausse des droits de scolarité s'inscrivait dans les luttes des indignés grecs et espagnols. Une «lutte des classes et une lutte entre ceux qui sont en haut, les super riches, le patronat» contre les «travailleurs, le 99 %». Même si la capacité de créer de la richesse a augmenté, les salaires stagnent et les gouvernements haussent les droits de scolarité, a-t-il dénoncé. Cela participe d'une vision de la «marchandisation de l'éducation», a-t-il pesté avant de réclamer la gratuité scolaire. L'éducation «est un droit», a-t-il soutenu. Puis, il a rappelé l'article 35 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793, durant la Révolution française: «Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus sacré des devoirs.» Aux yeux de M. Lafrance, les étudiants sont donc en droit de «faire monter la pression d'un cran», de multiplier «les blocages et les occupations».

«La décision est prise», martèle Beauchamp

De son côté, le gouvernement est resté sur ses positions, hier. La critique péquiste en matière d'éducation, Marie Malavoy, a qualifié la décision du gouvernement de hausser les droits de «mauvaise» et a exhorté la ministre Line Beauchamp à rencontrer les représentants étudiants. Mme Beauchamp a refusé: «La décision [d'augmenter les droits de scolarité], elle est prise parce que c'est une décision juste, responsable, raisonnable», a-t-elle martelé. En ce moment, a-t-elle argué, l'étudiant universitaire ne paie que 12 % de la valeur réelle de son diplôme. Au terme de la réforme qui fera augmenter les droits de 325 $ par session pendant cinq ans, ce chiffre sera de 17 % seulement, a-t-elle fait valoir. Et cela s'accompagnera d'une «bonification du régime d'aide financière». En tout, quelque 84 000 étudiants au Québec sont en grève pour s'opposer à cette hausse. Selon le coporte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, d'autres manifestations sont à prévoir. Selon Marie Malavoy, «l'entêtement de la ministre et du gouvernement dans son entier fait que la mobilisation va augmenter».


97 commentaires
  • Michele Johnston - Inscrit 2 mars 2012 00 h 55

    Un ras le bol ....

    Devant la lamentable condition des finances publiques et le gaspillage éhontée de notre argent, sans compter les résultats pitoyables du travail de nos grands «managers» de la chose publique, le Gouvernement a perdu une crédibilité dont il a grandement besoin pour faire valoir ses arguments dans cet affrontement qui se dessine avec la génération des étudiants. Comment légitimement leur demander de faire cet effort financier alors que tant d'argent glisse entre les doigts du Gouvernement pour se retrouver là où il ne devrait pas aller. Il y a ce conflit inter-générationnel qui va commencer à prendre de l'ampleur et celà est inquiétant. Je comprends la frustration que ressentent les étudiants envers ceux qui incarnent le grand gaspillage et qui tentent effrontément de les faire sentir «cheap».

  • Carole Dionne - Inscrite 2 mars 2012 01 h 48

    C'était des pets de vaches

    Du gaz naturel, quoi. Pauvres petits étudiants. N'impotrem laquelle raison est bonne pour geler les frais étudiant. On cite seulement des partis de faits, jamais au complet. seulement ce qui fait notre affaire.


    je me rappelle d'un PQ qui était pour tout révolutionner à son arriver au pouvoir. Il donnait tout. Puis c'est là qu'on commencer les très gros déficits. Donc ceux qui savent comment gérer l'état, j'ai hâte de vous voir à l'oeuvre.

    C'est inscrit où que l'éducation à l'université c'est gratuit pour tous ceux qui veulent y aller? Est-ce un bar ouvert? Plus personne ne travaille et on va tous à l'université. Pardon, les professeurs travaillent, les concierges, etc. Mais le reste , on est tous à l'université

  • Yves Côté - Abonné 2 mars 2012 04 h 01

    A Madame Dionne...

    Madame, vous avez bien raison...
    Non mais c'est quoi cette idée durable de s'instruire quand on est pas de la belle catégorie des favorisés ?
    Soyons sérieux, laissons diriger les puissants et contentons-nous de suivre leurs dictats. Leurs études, les étudiants devraient les payer à leurs prix véritables et ainsi, le contribuable pourrait de moins en moins... contribuer. Juste justice après tout puisque, tel on le sait depuis la nuit des temps, les pauvres ne sont bons qu'à profiter du système.
    Salaud de pauvres ! Ce n'est certainement pas en donnant à tous la possibilité de s'instruire qu'ils finiront par disparaître du paysage... Pour cela, la solution serait de les faire travailler en abolissant toutes ces idées stupides de normes du travail et ainsi, ils crèveraient au plus tôt en laissant la place nette pour ceux qui ne se plaignent pas et avalent tout sans rechigner contre leurs maîtres.
    L'éducation, l'instruction, devrait être réservée à qui a les moyens de se la payer et un point c'est tout. Pour les autres, l'horizon ne devrait être fait que d'usine, de travaux de force et de mendicité... Tel est leur destin après tout !
    Encore que pour la mendicité, il lui faudrait une discrétion suffisante pour ne pas qu'elle puisse se voir dans les beaux quartiers et les lieux touristiques. Ah Saint-Jean Drapeau, ce que vous pouvez nous manquez avec vos exemples de ce qu'il faut faire !
    Le gaz anesthésiant pour l'Assemblée Nationale, le gaz lacrymogène pour les étudiants, le gaz hilarant pour les festivaleux d'été et les spectateurs en manque d'émotions, le gaz, le gaz, le gaz pour remplacer les solutions... <oui, oui et oui, en voilà un vrai beau programme !
    Vous avez bien raison Madame d'être certaine qu'il soit impossible que vous vous trompiez même lorsque vous vous emmêlez tous les pinceaux.
    Et que, pour de vrai, votre raisonnement se trouve complètement dans le champ.
    A bon entendeur, salut !

  • Dane Kennedy-Tremblay - Inscrit 2 mars 2012 04 h 37

    À Mme. Carole Dionne

    Les étudiants font grève pour préserver l'accès à l'éducation. L'égalité d'un tremplin social qui permet, entres autres, d'être en mesure d'écrire notre langue. Peut-être devriez-vous vous inscrire pour ne plus faire 6 fautes en 120 mots dans vos commentaires réactionnaires et populistes.

  • Luc Fortin - Inscrit 2 mars 2012 05 h 34

    C'est inscrit où?

    @ Carole Dionne

    C'est inscrit où que le recteur de l'Université Laval doit avoir une augmentation de salaire de plus de 40% en 2 ans? Je ne sais pas pour vous mais moi si par miracle j'obtiens 2% par année je serais chanceux.

    Université Laval - Augmentation du salaire du recteur: les profs sont outrés

    http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/actualites/edu

    C'est inscrit où que les universités doivent dilapider des sommes dans l'immobilier?

    UQAM - Ilot Voyageur

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/324802/en

    Uiniversité Concordia - On achète le condo du recteur

    http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/201