Commission Charbonneau - La juge lance un appel au public

La juge Charbonneau a lancé son appel sur vidéo.
Photo: Source ceic.gouv.qc.ca La juge Charbonneau a lancé son appel sur vidéo.

La juge France Charbonneau, qui préside la commission d'enquête sur l'industrie de la construction, invite les citoyens à contribuer aux travaux s'ils savent des choses, et les assure qu'ils peuvent avoir confiance.

La présidente de la commission d'enquête, qui était restée discrète à ce jour, vient de faire une première sortie pour s'adresser au public par le biais du site Web de la commission, qui a été lancé par la même occasion.
 
Dans son message, la juge Charbonneau invite tous ceux qui détiennent des informations d'intérêt à communiquer avec la commission en toute confiance, soit par téléphone, soit par courriel. La commission assure que les informations données seront traitées en toute confidentialité.
 
«Il est essentiel que tous contribuent ouvertement, pleinement et sans restriction à nos travaux», affirme-t-elle.
 
«Si vous avez des informations sur le fait que des soumissionnaires s'entendent pour fixer des prix à l'avance, pour se réserver des territoires, pour obtenir des contrats à tour de rôle, pour exclure quelqu'un d'un appel d'offres, ou si vous constatez qu'un élu ou un fonctionnaire reçoit une faveur ou un avantage d'une personne dans le domaine de la construction, ou si vous apprenez qu'un parti politique, provincial ou municipal, obtient du financement relié à l'octroi de contrats de construction, contactez-nous», a lancé la juge.
 
«En nous informant, vous vous aidez, vous nous aidez», a-t-elle ajouté.
 
Rencontres

Elle a également indiqué que les enquêteurs travaillent déjà activement au dossier en rencontrant des gens dans les ministères, les entreprises privées et les organismes du secteur de la construction.
 
«Ils rencontrent différents intervenants et recherchent les éléments de preuve qui établiraient des stratagèmes de collusion et de corruption. Ils scrutent également de possibles liens avec le financement des partis politiques. Enfin, ils enquêtent activement sur la possible infiltration du crime organisé dans l'industrie de la construction», a-t-elle soutenu.
 
Elle s'est dite aussi «très satisfaite de l'avancement des travaux à ce jour», bien que plusieurs aient manifesté de l'impatience.
 
La juge a prévu faire une déclaration d'ouverture au cours du mois de mai puis, dans les jours suivants, son équipe entendra ceux qui veulent être reconnus comme partie intéressée ou intervenant. Elle a dit cependant ignorer encore à quel moment débutera l'audition des premiers témoins.
 
Pression

La Commission d'enquête sur l'octroi de contrats et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction a été créée par décret, l'automne dernier, sous la pression populaire. Le gouvernement Charest s'était refusé jusque-là à créer une telle commission, affirmant que les différentes mesures qu'il avait mises en place porteraient fruit et qu'il fallait faire preuve de patience.
 
La pression publique avait eu raison de lui et la commission d'enquête avait alors été créée, puis la juge France Charbonneau, de la Cour supérieure, nommée. Ensuite, le procureur chevronné Sylvain Lussier a été nommé procureur-chef de cette commission en novembre dernier.
 
Interrogé à ce sujet à Québec, le ministre des Transports, Pierre Moreau, a précisé qu'il avait donné instruction à son ministère de collaborer pleinement à la commission d'enquête, d'ouvrir les livres et de transmettre toute documentation requise. «J'ai demandé à l'administration du ministère de collaborer avec la Commission Charbonneau. Le ministère des Transports est le plus gros donneur d'ouvrage du gouvernement du Québec», a-t-il rappelé.
 
Il ignorait si son ministère demandera le statut de participant ou d'intervenant devant la commission.
 
Le numéro de téléphone pour communiquer avec la commission est le 1-855-333-2342, sans frais. Pour communiquer par Internet, les gens peuvent s'adresser au info(at)ceic.gouv.qc.ca.
 
Lia Lévesque, la Presse canadienne
19 commentaires
  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 21 février 2012 11 h 38

    Une obligation civique de rapporter les malversations.

    Devant la corruption généralisée dans l’octroi de contrats gouvernementaux de construction, dans l’octroi de places de garderies, et dans le financement illégal des partis politiques, la délation devient un devoir civique. L’argent de tous les contribuables est dilapidé.

    Si on laisse circuler les rats sans les débusquer, ils se multiplient sans fin. La même chose pour les magouilleurs, mafieux et autres bandits qui sucent l’argent des contribuables.

    La situation actuelle est tellement pourrie que la délation est devenue la seule voie accesssible à M et Mme Tout-le-monde.

    La délation devient une obligation civique.

  • François Dugal - Inscrit 21 février 2012 11 h 42

    Enrichissons notre vocabulaire

    Déchiqueteuse:
    Machine servant à déchirer le papier afin de le rendre son contenu illisible.

  • JimGray - Inscrit 21 février 2012 11 h 52

    À défaut de...

    À défaut d'un exercice de démocratie représentative en mai prochain, nous aurons droit à bien mieux: de la démocratie directe. Ou quelque chose d'un peu semblable. Bon je m'en vais de ce pas fouiller mes archives pour trouver quelque chose à mettre sous la dent de la juge.

  • Gilbert Talbot - Abonné 21 février 2012 12 h 28

    Comme en Italie, face à la mafia

    C'est la pieuvre de la mafia italienne qui tend ses tentacules jusqu'à nous et qui étouffe tout le milieu de la construction, par le billet d'entrée politique, que lui ont offert certains partis, ministres ou conseillers. C'es tout cet écheveau que madame la juge Charbonneau devra démêler. Une bonne partie du travail d'enquête a déjà été fait par de bons journalistes de l'émission enquête à la SRC, par Rue Frontenac, par Le Devoir aussi. Maintenant, madame la juge nous demande à nous d'y collaborer. Comme c'est nous le peuple qui l'a demandé, il va de soi, que nous allons tout faire, tout dire pour éclairer sa lanterne. Il ne faut pas oublier non plus que dans le lot se trouvera, comme dans toute enquête, des éteignoirs, des pourfendeurs et carrément des menteurs professionnels. Ce sera à la Commission de les reconnaître et de les dénoncer. Et à nous aussi de l'aider et la soutenir.

    Comme la date du début des audiences publiques n'est pas encore annoncées, cela devrait le premier ministre à préciser la date prévue des élections québécoises, avant ce début des audiences, vu, comme l'affirmait Jean-Pierre Charbonneau aux club des Ex, qu'il est peu probable que le premier ministre déclenche des élections en même temps que les audiences publiques de la Commission. Mon petit doigt me dit que ces élections se tiendront après le 21 avril, mais avant la rentrée de l'automne, où devrait débuter ces audiences.

  • J Babin - Inscrit 21 février 2012 12 h 30

    Pas l'air commode

    Oulala ! La chasse est ouverte et cette fois ce n'est pas le payeur de taxe le gibier mais ceux qui s'en ont mis plein les poches. Quel plaisir de savoir que tous ces ingénieurs corrompus, hommes d'affaire véreux et politiciens malhonnêtes tremblent. L'employeur peut toujours envoyé ses employés impliqués travailler à l'étranger, il finiront bien par se faire questionner par un enquêteur de Madame Charbonneau.

    Ceci dit, les malfrats ont raison de vouloir cacher leurs combines, sur la photo la juge n'a pas vraiment l'air commode, ça ajoute au plaisir de la voir en pleine action bientôt.