Québec - Le dur baptême de feu de la CAQ

Jean Charest (au centre) semblait heureux cette semaine de revoir Pauline Marois et Gérard Deltell.<br />
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Jean Charest (au centre) semblait heureux cette semaine de revoir Pauline Marois et Gérard Deltell.

Les neuf députés se frottent à la réalité d'une jeune formationLa Coalition avenir Québec a vécu son baptême de feu à l'Assemblée nationale, une dure semaine pour la troupe de neuf caquistes. Ils ont perdu le statut de deuxième groupe parlementaire dont bénéficiait feu l'Action démocratique du Québec. S'en tenant au règlement, le Bureau de l'Assemblée nationale a amputé de près de la moitié leur budget de recherche et de fonctionnement. Comme si la présidence de l'Assemblée avait pris François Legault au mot, lui qui juge que la présence sur le terrain de ses députés prime leur travail parlementaire.

Malgré les protestations de François Legault et de Gérard Deltell, les neuf députés «indépendants» de la CAQ disposent de plus de droits de parole que les quatre adéquistes lors de la période de questions, soit une question par séance au lieu de cinq toutes les sept séances. À l'étude des projets de loi en commission parlementaire, les caquistes jouissent du même temps de parole que les autres députés. Ce n'est que lorsque le temps imparti est compté, lors de l'audition du président de la Caisse de dépôt et placement du Québec ou de celui d'Hydro-Québec, par exemple, ou durant les consultations publiques et l'étude des crédits, que les caquistes perdent au change.

En outre, la réduction du budget de la CAQ n'aura pas d'impact: dans l'entente de fusion signée en décembre, François Legault s'est engagé à maintenir en poste les sept personnes qui composaient le personnel politique de l'ADQ. Le porte-parole de la CAQ, Jean-François Del Torchio, a confirmé hier au Devoir que le chef respectera sa parole.

Rien n'indique que les députés de la CAQ ne seront pas en mesure de faire un travail d'opposition honnête, dans la mesure où ils s'en donneront la peine. Les quatre élus adéquistes y arrivaient. Il y a aussi l'exemple d'Amir Khadir, le solidaire solitaire qui parvient plus souvent qu'à son tour à monopoliser l'attention.

Évidemment, libéraux et péquistes les attendent au détour. Ce qu'ils souhaitent, c'est que les caquistes, du fait de leur présence au Parlement, soient forcés de prendre position, qu'ils se définissent plus précisément afin que la CAQ ne soit plus la cible évasive qu'elle a été l'an dernier. Et surtout que ses prises de position étalent au grand jour les inévitables contradictions qui tiraillent cette poignée de transfuges.

Au premier vote nominal de l'histoire de la CAQ jeudi, François Rebello y a goûté: ses pairs lui ont réservé rires et quolibets quand il s'est levé pour voter contre une motion de son ancien parti. Mais il y a l'envers de la médaille: ce même François Rebello a pu défendre une position toute nouvelle de la CAQ en faveur de l'étiquetage des OGM.

Publiés jeudi dans les quotidiens de l'Empire, les résultats du sondage Léger Marketing ne constituent pas une excellente nouvelle pour la CAQ, et ce, au moment où François Legault tente de convaincre de jeunes cadres dynamiques, à défaut de têtes d'affiche, de se porter candidats pour le parti aux prochaines élections. Il y a trois semaines, le chef caquiste a promis de présenter «d'ici quelques semaines» une brochette d'une dizaine de candidats, à l'image de la sémillante présidente du parti, Dominique Anglade. On nous assure que François Legault se pointera la semaine prochaine à Montréal avec quelques candidats, et non pas une dizaine, d'illustres inconnus dans la fleur de l'âge.

Cette triple égalité statistique (29 % pour le PLQ, 29 % pour le PQ et 28 % pour la CAQ) montre que l'engouement pour la CAQ se dégonfle; il y a deux mois à peine, le parti de François Legault caracolait à 39 % dans les intentions de vote et à 44 % chez les francophones. Il faut convenir que ce coup de sonde n'annonce rien de bon pour Jean Charest: un taux d'insatisfaction à 74 %, un niveau formidablement élevé, et un appui rachitique chez les francophones, soit moins de 20 %. Il y a tout lieu de croire que Jean Charest aura encore besoin de plusieurs annonces, que son gouvernement multiplie à l'heure actuelle, et de tournées sur le Plan Nord avant d'être prêt à déclencher des élections. Le premier ministre était d'ailleurs au sud hier, plus précisément à Saint-Georges de Beauce, pour vanter le Plan Nord dans une manifestation très «chambre de commerce» appelée Rendez-vous Cap Nord.

Après les tempêtes qu'elle a traversées, Pauline Marois planait cette semaine, ragaillardie par les données de ce sondage. Chose qui ne s'était pas vue depuis belle lurette, son entourage était tout sourire. Pauline Marois sort gagnante, bien que le PQ, qui a choisi de se braquer à gauche et qui occupe le terrain identitaire que la timidité de la CAQ sur ce plan lui a laissé, n'est pas au bout de ses peines.

Mais la palme de la semaine revient sans doute à Amir Khadir. Mis à part les chefs libéral et péquiste, il est devenu le seul chef d'un parti (ou cochef dans son cas) à avoir été élu sous la bannière de sa formation politique. À ce titre, le député de Québec solidaire a pris le siège qu'occupait Gérard Deltell à l'Assemblée nationale, au centre de la section arrière du Salon bleu, directement en face du président. C'est le même siège que Pauline Marois occupait quand l'ADQ formait l'opposition officielle, le même qu'ont réchauffé Mario Dumont pendant longtemps et les chefs créditistes Camil Samson et Fabien Roy.

La même logique, qui étaie le règlement parlementaire, a permis à Amir Khadir d'accéder à l'establishment parlementaire, à ce club sélect qu'est le Bureau de l'Assemblée nationale où, derrière des portes closes, dix élus, dont le président de l'Assemblée, veillent aux affaires de la confrérie.

C'est «un cénacle qui nous conforte», convient Amir Khadir. «Même si ce n'est pas conscient, on peut se retrancher dans des positions de confort pour éviter le trouble, pour éviter l'acrimonie», confie le député. Il ose un néologisme: «Il y a des choses qui paupérisent; celle-là pépèrise.» Mais celui qui est perçu comme l'empêcheur de tourner en rond au Parlement jure qu'il ne perdra pas de son mordant.

Amir Khadir se fait humble. Il aspire à ne plus être l'unique porte-étendard de la gauche au Parlement, à laisser l'avant-scène à d'autres à la faveur de l'élection de plusieurs députés de QS. «Quand on sera au pouvoir, ce que je me plais à dire, c'est que j'aimerais être dernier ministre. S'il y a un premier, il doit y en avoir un dernier», affirme Amir Khadir, sourire en coin.
10 commentaires
  • Daniel Hémond - Inscrit 18 février 2012 05 h 39

    Que dire de Khadir

    je ne peux m'empècher de trouver notre compatriote Khadir lumineux à bien des points de vue.
    Il est intelligent, voir même brillant, certainement pas plein de lui même comme tant de Ministres, il semble d'une honnêteté qui aurait sans doute fait plaisir rà feu René lévesque.
    Je ne peux souhaiter que d'autres honnêtes gens de son parti soient élus, à commencer par sa co-présidente. Ça ne remonteras sans doute pas la qualité de la mode vestimentaire mais certainement la qualité des débats.
    J'attends avec impatience le nouveau parti politique qui n'en sera pas un...

  • Normand Carrier - Inscrit 18 février 2012 07 h 02

    Mais qu'avaient-ils a pleurnicher ces caquistes ?

    A entendre Francois Legault et Bonnardel qui braillaient comme des veaux a la tv et qui n'avaient plus de temps de parole et qui devraient aller sur le terrain pour se faire entendre ...... Ces caquistes sont-ils devenus un club de pleurines ? Ces neufs députés dont aucun n'est élus sous la bannière caquiste ont obtenu justice selon les lois parlementaires et ce sera a eux de se faire valoir et de définir leurs positions .....

  • ysengrimus - Inscrit 18 février 2012 07 h 59

    Amir Khadir, l'espoir de mon enfant...

    Perso, depuis son élection, je m'inquiète fortement pour la santé... politique de Monsieur Khadir.

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/12/14/amir-kh

    Danger tangible de récupération en direction du centre.
    Paul Laurendeau

  • Carole Dionne - Inscrite 18 février 2012 09 h 37

    Un petit bémol, cher analystes érudit de politique..

    Je suis une caquiste et je ne m'en cache pas. Et le dernier sondage ne me fait pas peur. Pourquoi? Il y a un élément important qui manque dans ce sondage que Leger-Marketing a oublié de considérer: est-ce que la CAQ a des , soit des députés, soit des candidats (au moins) dans chacun des comtés du Québec, parce que les autres partis ont presque tous, soit des députés , ou soit des candidats. Présentement, un électeurs ne peut s'identifier à un candidats caquiste dans 116 comtés environ. Donc, quand les candidats seront connus, là on pourra dire que ce sondage est significatif.

    Merci.

  • Gilles Théberge - Abonné 18 février 2012 10 h 27

    C'est la vie

    On dirait qu'il y a comme un petit trou d'épingle à couche dans la balloune des Caqueteux. Ça se dessoufle lentement mais sûrement.