Édith Piaf, Dieu et les accommodements raisonnables

Québec — Le débat sur les accommodements raisonnables a resurgi, hier, à l'Assemblée nationale. La vice-première ministre et ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Line Beauchamp, a dû se dissocier de la décision d'un enseignant de censurer L'hymne à l'amour d'Édith Piaf pour l'amputer de son dernier vers: «Dieu réunit ceux qui s'aiment».

La porte-parole de l'opposition officielle en matière de laïcité, Carole Poirier, a interpellé la ministre, hier, en dénonçant le geste de ce professeur de musique de l'école primaire Saint-Gabriel-Lalemant. L'information a fait le tour du monde sous la rubrique «Insolite».

«Je veux commenter la décision d'un enseignant, qui n'était pas une réponse à une demande d'accommodements, en passant. On n'est pas dans cette sphère-là. C'est un enseignant qui a pris une décision et pour laquelle je veux exprimer mon désaccord», a répondu Line Beauchamp.

«Au Québec, on n'est pas en train d'effacer les mots "Dieu", le mot "Jésus" ou quelque autre référence à une entité, un dieu auquel on croit. Au Québec, on est en train d'additionner», a poursuivi la ministre. Cette référence fait partie de l'histoire et l'identité québécoise, a-t-elle souligné.

La commission scolaire de Sorel-Tracy, de laquelle relève l'école, a défendu la décision «prise de bonne foi» par l'enseignant. «ll faut comprendre que le contexte actuel dans lequel les enseignants exercent leur profession, où tout ce qui entoure les débats sur les accommodements raisonnables n'est pas pour l'instant balisé ou encadré [fait en sorte que] plusieurs éducateurs marchent sur des oeufs lorsque confrontés à ces questions», écrit son président, Denis Rajotte.

La députée péquiste est revenue à la charge avec l'exemple de cette élève musulmane de la maternelle dans une école du quartier Saint-Michel à Montréal: la direction de l'école lui a permis de porter des écouteurs antibruit parce que sa religion lui interdit d'écouter de la musique. Pour la ministre, il s'agit d'un accommodement raisonnable à la maternelle, mais qui ne le sera plus au primaire. «En septembre prochain, cette petite Québécoise suivra les cours comme tous les autres», a affirmé Line Beauchamp.

Cet échange a permis à la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, Kathleen Weil, d'évoquer le projet de loi 94 sur les accommodements raisonnables dans l'administration publique, un projet de loi auquel le Parti québécois préfère une Charte de la laïcité. Le projet de loi 94 est dans les limbes depuis la fin de septembre dernier.

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