Pauline Marois veut taxer les riches pour abolir la contribution santé

Pauline Marois a soutenu qu’avec son annonce d’hier, elle prenait «le parti de la classe moyenne et des familles québécoises».<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pauline Marois a soutenu qu’avec son annonce d’hier, elle prenait «le parti de la classe moyenne et des familles québécoises».

Québec — Plusieurs y verront la première promesse électorale du Parti québécois. Si elle prend le pouvoir, Pauline Marois a annoncé hier qu'elle abolira la fameuse «contribution santé». Cette taxe de 200 $ par adulte a été instaurée par le gouvernement Charest en 2010 (elle était de 25 $ en 2010 et a été majorée progressivement à 200 $ cette année). Au dire de la chef péquiste, c'est «ce qui se fait de pire en matière de fiscalité» parce qu'elle est «injuste», «régressive» et «mauvaise pour l'économie». «Que vous gagniez 1 million ou que vous gagniez 15 000 $ [...] c'est toujours le même montant», a-t-elle déploré. Mais en l'abolissant, l'État se priverait de 950 millions annuellement. Le PQ propose de combler ce trou en haussant les impôts des Québécois les plus fortunés. Les contribuables qui gagnent entre 130 000 $ à 250 000 $ verraient leur taux d'imposition augmenter de quatre points de pourcentage, passant de 24 à 28 %. Au-delà de 250 000 $, il serait fixé à 31 %. «Il est grand temps, à mon avis, d'injecter plus de justice économique dans notre fiscalité», a déclaré le critique en matière de finances, Nicolas Marceau, qui accompagnait Mme Marois. L'opération se ferait donc à «coût nul», a insisté Mme Marois. Autre ponction chez les plus riches: un gouvernement du PQ réduirait de 50 % les crédits d'impôt pour dividendes et la «déduction partielle applicable sur les gains en capital», sauf pour la vente de maisons dans le cas de la résidence principale.

La contribution santé a été instaurée pour régler en partie le problème de financement du secteur de la santé, qui grève une part toujours plus élevée du budget de l'État québécois. Pauline Marois a expliqué qu'elle n'avait pas l'intention hier d'annoncer un programme complet de mesures pour régler le problème du financement de la santé. Elle a tout au plus évoqué des compressions — et non des abolitions — dans les agences de santé, admettant ne pas en avoir évalué les économies. Ces calculs seront dévoilés lors d'une éventuelle campagne électorale, a-t-elle dit. «Nous sommes à travailler à nous préparer et nous ne nous ferons pas prendre comme la dernière fois», a-t-elle insisté, notant que le premier ministre pourrait surprendre la classe politique à tout moment en déclenchant un scrutin. Sur un ton électoral, Mme Marois a soutenu qu'avec son annonce d'hier, elle prenait «le parti de la classe moyenne et des familles québécoises»: 4,5 millions de personnes qui retrouveraient «un peu d'espace dans leur budget». Selon elle, Jean Charest a depuis 2003 pressé les familles de la classe moyenne «comme des citrons» en haussant la TVQ à plusieurs reprises, la taxe sur l'essence, les tarifs d'électricité et les droits de scolarité.

«Lutte des classes»


Mais à resserrer l'étau fiscal sur la classe la plus aisée, celle-ci ne sera-t-elle pas tentée de quitter le Québec? «Je ne crains pas un exode des gens qui ont de grands revenus», a répondu la chef péquiste, soutenant qu'il y avait «énormément d'avantages à vivre au Québec», notamment le prix des maisons, les taxes foncières, l'accès à l'université.

Le ministre des Finances Raymond Bachand a répliqué que le PQ se «radicalisait». «On croirait entendre Québec solidaire parler!» Le taux d'impôt marginal au Québec, actuellement à 48 %, est le plus élevé au Canada, a-t-il dit. Or, avec les mesures annoncées hier, un gouvernement Marois le ferait grimper à 56 %: «Au lieu de relancer une lutte des classes, est-ce qu'on pourrait regarder comment on crée la prospérité, comment on crée la richesse?», a-t-il répété. Les Québécois les plus fortunés ne sont à son sens pas assez nombreux: 4 % des Québécois paient 33 % des impôts. M. Bachand a défendu sa contribution santé, soulignant que les plus pauvres ne la paient pas. Avec différentes mesures (allocations familiales, primes au travail, etc.), les couples avec deux enfants ont de 5000 à 10 000 $ de plus dans leurs poches qu'en 2003, a-t-il fait valoir.
57 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 9 février 2012 03 h 35

    Quelle femme... quand même...

    Pauline Marois continue à m'épater au plus haut point.
    Une véritable femme d'État! Et la pasionaria qui nous manquait!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 février 2012 04 h 59

    Bien Joué, Mme Marois ! ?

    Pövre Madame Marois, va !

    Pourquoi Taxer la Richesse plus haut que la Pauvreté ? Que se passe-t-il dans la Tête de Celle qui désire acheminer le Québec vers la Souveraineté ?

    Est-ce un Ballon Politique lancé à qui veut-veut, juste pour ce plaisir de Tester le "Social" et d'Emmerder le Monde de la Fiscalité ?

    Le Jour où la Richesse va être taxée, ce Jour-là sera, possiblement, une Grande Libération de Classe pour tout le Monde, sauf que ... ? !

    Bien Joué, Mme Marois ! ? - 9 février 2012 -

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 9 février 2012 05 h 57

    Qui doit payer?

    De 1964 à 2004, la contribution des entreprises aux recettes fiscales du Québec est passée de 38% à 12% et n’a cessé de décroître depuis ce temps. En résumé, ces entreprises paient aujourd’hui 42% moins d’impôts qu’il y a quarante ans, alors que leurs bénéfices ont triplé.
    De plus, le dollar canadien, dont la valeur est artificiellement gonflé par les sables bitumineux, nous empêche de plus en plus d'être compétitif sur le marché des produits manufacturés.
    À quand un dollar québécois?

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 9 février 2012 05 h 59

    Taux d'imposition réel, taux statutaires, ventilation accrue des recettes fiscales et de la fiabilité des déclarations fiscales

    Madame Marois poursuivra encore mieux sa lancée politique en clarifiant publiquement les notions et en ventilant les pourcentages d'impôt effectivement payés par les plus riches, ceci point pas point. Elle devrait également évaluer la fiabilité des déclarations fiscales en fonction des sources de revenus et des niveaux de revenus. Plus elle le fera, plus on oubliera 'son chäteau' et son train de vie. Plus on se souviendra aussi des mesures sociales mises de l'avant dans les gouvernements précédents. Bravo.
    Quant à la déclaration de M. Bachand sur la 'lutte des classes', il devrait, comme nous tous d'ailleurs, non seulement l'oublier parce qu'elle est indigne de lui, mais surtout parce qu'elle pourrait être malheureusement reprise par ceux qui s'en serviront pour faussement soutenir une lutte des classes. L'aspect 'création de la richesse' de son discours n'est guère mieux, un meilleur et plus équitable partage (OCDE) étant nécessaire à une création où nous avons tous besoin les uns des autres. Je m'attends à beaucoup mieux de M. Bachand: plus de clarté et moins de démagogie.

  • yvesdeau - Inscrit 9 février 2012 06 h 09

    l'appauvriseement de la classe moyenne est bien réelle

    Madame Marois, faites de la politique dans cette direction et vous aurez mon vote. Un message pour Québec Solidaire: joignez-vous au PQ, uniseez les forces sociale-démocrates afin de contrer les Charest,, Legault et l'insignifiant Deltell