Thériault confronte la FTQ-Construction

Une vingtaine de travailleurs affiliés à la FTQ-Construction ont assisté hier à la conférence de presse de leurs dirigeants syndicaux.
Photo: - Le Devoir Une vingtaine de travailleurs affiliés à la FTQ-Construction ont assisté hier à la conférence de presse de leurs dirigeants syndicaux.
À l'approche de la période de maraudage syndicale prévue en mai et juin prochains, la ministre Thériault rappelle que la loi 33 éliminant le placement syndical qu'elle a fait adopter l'automne dernier facilitera le changement d'allégeance. «À partir du moment où tu donnes la chance égale à tous les syndicats, les syndiqués vont pouvoir changer d'accréditation syndicale s'ils le veulent», a affirmé hier au Devoir Mme Thériault.

Les paroles de la ministre ont fait bondir la FTQ-Construction alors que les relations avec Mme Thériault sont déjà très tendues depuis l'automne dernier. La FTQ-Construction crie à «l'ingérence», au «parti pris» et à «une tentative de manipulation». «Il est totalement inacceptable que la ministre du Travail tente de dicter aux travailleurs [...] à quel syndicat ils devraient appartenir», juge le directeur général du syndicat, Yves Ouellet. Du coup, le président Arnold Guérin a demandé au premier ministre de remettre sa ministre à l'ordre.

Lise Thériault a exposé son point de vue dans les différents médias en réaction aux déclarations des dirigeants de la FTQ-Construction, qui ont réitéré leur refus de participer au comité de transition sur le placement syndical. En effet, le comité a amorcé ses travaux hier sans la FTQ-Construction et le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International).

Pour Arnold Guérin, il s'agit d'un «comité bidon qui n'a aucun pouvoir». «On n'a pas de lien de confiance. Il n'y en a jamais eu», a lancé M. Guérin en conférence de presse, devant une vingtaine de travailleurs affiliés à la FTQ-Construction qui s'entassaient dans le fond de la salle. M. Guérin estime que la ministre Thériault n'a pas fait preuve d'ouverture à l'égard de la FTQ. «On n'a même pas été écoutés. Il n'y a pas une de nos recommandations qui a été retenue ou même analysée», déplore-t-il.

En plus de boycotter le comité de transition qui va définir comment dorénavant les employeurs pourront embaucher des électriciens, monteurs d'acier, charpentiers et aux opérateurs de machinerie lourde, la FTQ-Construction ne transmettra aucune donnée concernant ses membres. De plus, le syndicat s'est entendu avec ses 17 locaux affiliés pour ne pas demander de permis afin de faire du placement de travailleurs comme le prévoit la nouvelle loi.

Mais les menaces du plus gros syndicat de l'industrie de la construction n'ébranlent pas la ministre. «Il y a d'autres joueurs. On va jouer avec les autres», prévient-elle. La FTQ-Construction et l'International représentent ensemble 70 % des travailleurs de l'industrie. La CSN, la CSD et le Syndicat québécois de la construction collaborent au comité de transition où siègent également des représentants patronaux ainsi que la Commission de la construction du Québec (CCQ) à titre d'observatrice; la gestion du placement sera confiée à la CCQ.

Forte de l'indignation populaire qu'ont provoquée, en octobre dernier, les débrayages musclés dans les chantiers, la ministre Thériault croit nécessaire d'aller de l'avant. Et cela n'a rien à voir avec «un show de boucane», précise-t-elle. «Avec 63 000 nouveaux travailleurs dans l'industrie depuis les dix dernières années, ce n'est pas vrai qu'ils vont accepter de se faire complices d'un système et qu'ils vont rester assis chez eux sous l'emprise de leur syndicat», soutient Mme Thériault.

Quant à la rumeur selon laquelle les syndicats de la FTQ-Construction planifient de contourner le placement officiel pour fournir aux employeurs des listes de syndiqués afin d'assurer à ces derniers la priorité d'emploi, Lise Thériault se montre tranchante et promet de les attendre au détour. À cet égard, elle rappelle que les changements législatifs font suite au constat de «pratiques malsaines» dans l'industrie (collusion, corruption et intimidation). «Plutôt qu'il y ait des gens qui se parlent en cachette et qu'il y ait des deals qui s'arrangent, on veut que tout le monde puisse se parler et soit en mesure d'exercer le pluralisme syndical sur un chantier. C'est aussi simple que ça», a dit Mme Thériault. À la FTQ-Construction, on soutient que «ça reste une rumeur».

Chose certaine, c'est avec intérêt que la ministre du Travail va suivre de près le procès débutant lundi prochain, à Sept-Îles, du désormais célèbre représentant syndical pour l'Union des opérateurs de machinerie lourde (local 791) sur la Côte-Nord, Bernard Gauthier, surnommé «Rambo». Ce dernier est accusé d'avoir intimidé des travailleurs portant ainsi atteinte à leur liberté syndicale. S'il est reconnu coupable des faits remontant à février 2009, «Rambo» pourrait devoir payer une amende minimale de 700 $, mais surtout, il pourrait être déclaré inhabile à exercer ses fonctions pour une période de cinq ans.

«Je suis convaincue que ça va mettre en lumière certaines pratiques, croit Lise Thériault. Il n'est pas normal d'avoir le contrôle d'une région ou le contrôle d'un chantier et de ne pas permettre à certains travailleurs de travailler. Et il n'est pas normal non plus d'imposer un nombre supérieur de travailleurs sur un chantier. [...] On va suivre ça avec beaucoup d'attention.»

De son côté, la FTQ-Construction entend contester certaines dispositions de la loi notamment auprès du Bureau international du travail.

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NDLR: Une correction a été apportée à cet article après la mise en ligne.

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